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Le bilan s'alourdit en Haïti après le passage de Matthew

Alors que le bilan de l'ouragan Matthew ne cesse de s'alourdir en Haïti - 877 morts, selon la dernière compilation -, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) lance un premier appel de fonds pour recueillir plus de 9 millions de dollars.

Cette somme servira à fournir de toute urgence de l'eau, des abris, des installations sanitaires et des médicaments à quelque 50 000 Haïtiens qui ont subi le passage de cet ouragan, plus particulièrement dans le sud-ouest du pays, indique la directrice des communications pour le Québec à la Croix-Rouge canadienne, Myrian Marotte.

Cet appel n'est vraisemblablement pas le dernier que lancera l'organisation : selon elle, plus de 1 million d'Haïtiens ont été touchés à divers degrés par Matthew et 350 000 d'entre eux auront besoin d'une assistance humanitaire à terme. 

Faire un don « est le moyen le plus efficace de venir en aide », a plaidé Mme Marotte lors d'une conférence de presse donnée vendredi à la Maison d'Haïti de Montréal, en compagnie de nombreux représentants de la diaspora haïtienne. « C'est ce qui nous permet de nous procurer exactement ce dont on a besoin sur le terrain. »

« C'est beaucoup plus facile pour nous de déployer un système d'assainissement de l'eau. On se met à côté d'une source qui n'est pas potable, mais on la traite et on la distribue sous forme de citerne, a-t-elle expliqué. On ne réglera pas le problème en envoyant de l'eau à partir d'ici. Ça coûterait cher en transport et en logistique, et ça prendrait beaucoup de temps. » 

Pour l'heure, l'organisation travaille avec son partenaire local, la Croix-Rouge haïtienne, pour voir au plus pressant. « On distribue des bâches, des couvertures, des tablettes de purification de l'eau, des contenants pour de l'eau, des kits pour se reconstruire un abri de façon urgente », a dit Mme Marotte.

« Parallèlement à tout ce travail, on continue les évaluations pour pouvoir procéder à un soutien à moyen et à long terme, parce qu'on sait que les besoins vont être immenses au cours des prochaines semaines et des prochains mois », a poursuivi Mme Marotte.

Pour l'heure, le gouvernement Trudeau a versé 300 000 $ en réponse à cet appel de fonds. L'administration Coderre a avait aussi annoncé un don de 60 000 $ à la Croix-Rouge canadienne jeudi soir.

Aux côtés de Mme Marotte, de nombreux représentants d'associations regroupant des Montréalais d'origine haïtienne sont venus dire à tour de rôle qu'ils solliciteront aussi des dons pour financer la reconstruction d'infrastructures, dont des écoles et des dispensaires, qu'ils ont aidé à bâtir dans la région la plus touchée au fil du temps.  

Plusieurs de ces constructions « sont parties avec l'eau ou le vent », a indiqué Franz Benjamin, président du conseil de la Ville de Montréal, lui-même d'origine haïtienne. Les associations qui avaient financé leur construction sont « durement éprouvées » par cette épreuve.

Un bilan de 842 morts

Selon le dernier décompte confirmé par les autorités locales, 842 personnes ont perdu la vie, noyées, emportées par des coulées de boue ou frappées par des débris emportés par le vent.

La Direction de la protection civile, qui met plus de temps à centraliser les listes de victimes, avance plutôt un bilan officiel de 278 morts et de 61 500 déplacés.

L'accès au sud-ouest du pays est considérablement compliqué du fait que le seul pont reliant la région à la capitale, Port-au-Prince, a été emporté. Les infrastructures routières sont endommagées à plusieurs endroits.

Plusieurs villes sont privées d'électricité et isolées en raison de pannes de communications cellulaires, et de nombreuses plantations de bananiers et de manguiers ont été totalement ravagées.

Dans le département du Sud, qui compte 700 000 habitants, 80 % des habitations ont été endommagées et 11 000 personnes ont trouvé refuge dans des abris de fortune, selon les autorités locales.

Jérémie est l'une des villes les plus touchées par le passage de Matthew. La destruction y est « massive », selon la FICR. « L'eau et l'électricité ont été coupées, et les services médicaux ne fonctionnent plus. Les communications sont très limitées », indique Ines Brill.

« Environ 80 % des bâtiments sont rasés. Toutes les lignes téléphoniques et électriques sont coupées. Les gens seront bientôt à court de nourriture et d'argent », selon le directeur de CARE Haïti, Jean-Michel Vigreux.

Les Cayes a aussi subi de lourds dommages. L'eau et les vivres sont rares dans les abris. Dans un des hôpitaux de la ville, la plupart des médecins, contraints eux aussi à se réfugier, manquaient encore à l'appel il y a quelques heures. Le terminal de l'aéroport a subi des dommages, mais la piste n'aurait pas été trop endommagée.

À Chantal, le maire parle de 90 morts. « Nous n'avons plus rien pour survivre, toutes les cultures ont été arrachées, tous les arbres fruitiers sont à terre. Je n'ai pas la moindre idée de la façon dont nous allons reconstruire », affirme son adjoint, Marc Soniel Noël.

À Les Anglais, première localité frappée par l'ouragan, un représentant du gouvernement central, Louis Paul Raphaël, évoque « plusieurs dizaines » de morts. Les communications n'ont pas encore été rétablies.

À Port-à-Piment, quelques kilomètres plus loin, le maire, Jean-Raymond Pierre Louis, dit que 25 personnes ont été tuées. À Roche-à-Bateau, un peu plus au sud, le bilan est de 24 morts.

À Cavaillon, à une vingtaine de kilomètres au nord des Cayes, les autorités recensent neuf morts, dont trois enfants. Les maisons ont été très endommagées. « De l'eau, de la nourriture, des vêtements, nous avons besoin de tout cela », dit une résidente, Roosevelt Espérance.

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