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Le blues incendiaire de Joe Bonamassa pour oublier le froid au Centre Bell

Il y a 20 ans, Lie to Me, le premier disque du jeune prodige du blues Jonny Lang, alors âgé de 16 ans, était au sommet du palmarès Billboard des nouveaux artistes. Joe Bonamassa? Il n'avait pas encore mis en marché un seul disque sous son nom.

Deux décennies plus tard, Jonny Lang s’apprête à jouer au Commodore Ballroom de Vancouver, dans quelques jours, le 29 novembre. Une salle de 995 places. Joe Bonamassa? Il a désormais 30 albums à son actif et a attiré 4000 spectateurs, lundi soir, au Théâtre du Centre Bell.

L’ironie, c’est que Joe Bonamassa a été, lui aussi, un jeune prodige. À 12 ans, l’Américain avait déjà une guitare en mains. En 1989, il a fait la première partie d’une vingtaine de concerts de B.B.King qu’il qualifie de mentor. C’est d’ailleurs à peu près à cette époque qu’il a joué pour une première fois à Montréal.

« J’avais 13 ou 14 ans quand je suis venu pour la première fois à Montréal, a-t-il rappelé à la foule. On venait voir le Grand Prix Player’s du Canada, quand le sport automobile était commandité par les cigarettiers. J’ai aussi joué devant une dizaine de personnes à 13 ou 14 ans au Club Soda, lors du Festival de jazz. Alors, d’avoir 4000 personnes ici un lundi soir... Merci beaucoup. »

De 1991 à 1996, soit de 14 à 19 ans, Bonamassa a joué au sein de Bloodline, aux côtés des fils de Miles Davis, de Robby Krieger (Doors), de Sammy Hagar (Van Halen) et de Berry Oakley (Allman Brothers). C’est néanmoins quand il a décidé de travailler seul, au tournant du siècle, qu’il a commencé à se faire un nom. Lentement, mais sûrement.

Sûrement, car le blues, voire le blues rock, n’est pas nécessairement le genre de musique qui offre le plus de visibilité dans le nouveau siècle qui appartient essentiellement à la pop adolescente, au hip-hop et à l’électro. C’est peut-être pour cela qu’aucun des quatre premiers disques de Bonamassa n’est apparu sur un palmarès de 2000 à 2005. Pas grave, le jeune homme se doutait que c’était la scène qui allait lui apporter ses lettres de noblesse.

Classe de maître

Lundi soir, Bonamassa a joué d’entrée de jeu cinq pièces de son plus récent disque (Blues of Desperation). Et ça ressemblait par moments à une classe de maître de guitare.

This Train, lancée à fond la caisse, était magnifiée d’un solo d’inspiration Chuck Berry, dans le bas du manche de la Fender. Blue of Desperation a eu droit à un duel guitare/basse aux effluves lourdes à la Metallica entre Bonamassa et son bassiste Michael Rhodes. La finale de No Good Place for the Lonely, jouée avec une Gibson dorée, était au départ agrémentée d’un solo vif et économe à la Buddy Guy, avant de se conclure dans une cascade de notes digne de Stevie Ray Vaughan.

Quant à How Deep this River Runs, nous étions carrément sous l’influence d’Eddie Van Halen, rayon approche de guitare. Le doigté et la fluidité de la main gauche de l’Américain sur le manche de sa guitare n’ont d’égal que la souplesse et la puissance de sa main droite.

Avec Bonamassa, presque chaque chanson laisse transparaître une influence du passé, preuve qu’il a assimilé tout ce qui s’est fait de meilleur. Mais sans jamais que cela soit de l’usurpation, car le chanteur-guitariste qui vient d’avoir 40 ans affiche sa propre personnalité par l’entremise de ses compositions originales.

Et il sait aussi imposer sa marque de commerce quand il reprend les classiques d’Albert King Breaking up Somebody’s Home et Angel of Mercy, chaque fois avec une Gibson Flying V, auxquels il ajoute une touche de soul avec l’aide de ses choristes et de ses cuivres (trompette et saxophone).

Vous avez remarqué l’énumération des différentes guitares. C’est voulu. Un concert de Bonamassa se veut aussi un défilé de quelques-uns des modèles de six cordes électriques les plus mémorables de l’histoire du rock et du blues. Ce n’est qu’à la 10e chanson qu’on a revu pour une première fois une guitare utilisée plus tôt dans la soirée.

Et les gens qui jouent avec Bonamassa connaissent le tabac : Reese Wynans (claviers, orgue), qui a joué avec Stevie Ray Vaughan, Hank Williams fils et Buddy Guy; Anton Fig, le batteur durant 29 ans à l’émission de fin de soirée de David Letterman qui a aussi enregistré avec Bob Dylan et Rosanne Cash; Lee Thornburg (trompette), ex-membre de Supertramp et de Tower of Power; ainsi que l’excellent bassiste Michael Rhodes, qui a autant de personnalité que de talent. Du gros calibre.

Je salue la qualité d’écoute de la foule qui buvait les notes émises par les guitares de Bonamassa comme du petit lait et réservait ses bravos et hourras au terme des interprétations.

Et, sans surprise dans ce spectacle de 2 heures et 10 minutes où l’on n’a pas eu souvent l’occasion de reprendre son souffle, cela s’est terminé en force avec l’enchaînement de Boogie with Stu (Wynans a volé le show), de Last Kiss et de How Many More Times : deux chansons de Led Zeppelin et l’un des titres (Last Kiss) les plus vitaminés du répertoire de Bonamassa. Comme pétarade finale, c’était digne de mention.

Comme l’on fait des centaines d’artistes depuis des décennies, Bonamassa s’est présenté au rappel vêtu d’un chandail du Canadien de Montréal… et on a entendu des huées. Ça va mal pour le Bleu-blanc-rouge ces temps-ci.

« La ferme!, a rigolé le guitariste. Ils m’ont fait un modèle unique », exhibant au dos son nom et le numéro 77, pour son année de naissance.

Bon, les applaudissements ont repris lors de l’interprétation de Hummingbird, de Leon Russell, qui a bouclé exactement le genre de concert incendiaire et pétaradant que l’on avait besoin en ce lundi soir d’automne aux accents d’hiver.

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