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Le bois d’œuvre dans l’ALENA, est-ce réaliste?

Ottawa a déjà envoyé le signal à Washington : une renégociation de l'ALENA doit inclure le bois d'oeuvre. C'est certainement ce que voulaient entendre plusieurs joueurs de l'industrie canadienne. Mais quelles sont les véritables chances de réussite?

Un texte de Marc Godbout

À elle seule, la gestion du dossier du bois d’œuvre coûte au moins 30 millions de dollars par année aux contribuables… et ce, pour une année d’accalmie! Rien à comparer avec les dizaines de milliards de dollars en pertes qu’a dû essuyer l’industrie canadienne.

Dans le domaine du litige commercial, aucun autre désaccord avec les États-Unis n’a généré autant d’emplois que celui du bois d’œuvre. Avocats, lobbyistes, négociateurs et conseillers, ils sont des centaines à s’activer des deux côtés de la frontière.

À quelques semaines de nouvelles sanctions américaines contre l’industrie canadienne du bois d’œuvre, le climat est tendu.

Le gouvernement Trudeau veut saisir l’occasion après plus de 35 ans de conflits consécutifs : obtenir le libre commerce du bois d’œuvre lors de la renégociation de l’ALENA que demande Donald Trump. La nouvelle ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, prépare le terrain.

Nous avons commencé à expliquer à la nouvelle administration ce besoin.

Chrystia Freeland

Cette affirmation est déjà une petite victoire pour l’industrie québécoise, qui a fait des pieds et des mains pour convaincre le gouvernement Trudeau de militer en faveur de la libéralisation du commerce du bois d’œuvre.

Des obstacles aux négociations

Mais la bataille est loin d’être gagnée, au moment où souffle un fort vent de protectionnisme aux États-Unis.

Au facteur Donald Trump s’ajoute le très puissant lobby du bois d’œuvre américain, qui a tout intérêt à générer des litiges. En période de conflits, le prix du bois a tendance à augmenter.

Sous tous les présidents que j'ai connus, ils ont un accès direct à la Maison-Blanche et un contrôle parfois malsain sur les législateurs.

Gordon Ritchie, ancien négociateur commercial

Plusieurs experts, comme Luc Bouthillier du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, font preuve de réalisme face à l’idée d’intégrer le bois d’œuvre dans l’ALENA.

« Il faut essayer tout en étant conscient des limites de cette grande ambition qui est contre-intuitive dans le discours américain. »

Selon le professeur, il faut déjà se préparer à un refus et penser à un « plan B ».

Un atout... peut-être

Au sud de la frontière, les mises en chantier ont atteint l’an dernier leur plus haut niveau depuis 2007 et on s’attend à une progression durable de la construction résidentielle américaine.

Or, les États-Unis ne sont pas autosuffisants en bois d’œuvre, et c’est notamment cette carte qu’entend jouer le Canada.

C'est dans l'intérêt non seulement de l'économie canadienne, mais de l'économie américaine. Alors arrêtons de dissiper nos énergies dans du chamaillage commercial.

Luc Bouthillier, Département des sciences du bois et de la forêt, Université Laval

Ottawa fait le pari de pouvoir convaincre Donald Trump qu’il a peut-être intérêt à opter pour la libre circulation du bois pour mener à bien son programme économique. Le président vise une croissance de 3,2 % par an et la création de 25 millions d’emplois sur 10 ans.

Mais vouloir mettre fin à l’éternel différend est une chose, mais y arriver en est une autre.

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