Si les Canadiens sont de plus en plus plurilingues en raison de l'immigration, on observe aussi un déclin du français au pays.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Les données du Recensement de 2016 dévoilées aujourd'hui par Statistique Canada démontrent que le Canada est de plus en plus diversifié sur le plan linguistique. En 2016, 22,9 % des Canadiens ont déclaré comme langue maternelle une langue autre que le français ou l’anglais, comparativement à 21,8 % en 2011.

Par ailleurs, 2,4 % des Canadiens ont déclaré avoir plusieurs langues maternelles.

Le nombre de personnes qui parlent plus d'une langue à la maison est aussi en hausse. Environ 19,4 % de la population a déclaré utiliser au moins deux langues à la maison. Cette proportion était de 17,4  % en 2006.

Par contre, le fait que le pays est de plus en plus multilingue – en raison des hauts taux d’immigration ­– ne semble pas se faire au détriment des deux langues officielles. « On remarque un phénomène de cohabitation des langues », explique Jean-François Lepage, sociologue et analyste de recherche principal du Centre de la statistique ethnoculturelle, lange et immigration.

Langues officielles et autres langues

En 2016, dans l’ensemble, 98,1 % de la population canadienne se déclarait capable de soutenir une conversation dans au moins une langue officielle en 2016, et 93,4 % des Canadiens parlaient l'anglais ou le français à la maison au moins sur une base régulière.

L’augmentation du plurilinguisme au Canada est principalement due à l'utilisation de plus en plus fréquente des langues officielles en combinaison avec une langue immigrante. « Ce sont des tendances que nous observons depuis plusieurs recensements », explique M. Lepage.

L’immigration, facteur de croissance des langues immigrantes

Plus de 7,3 millions de personnes ont déclaré parler une langue immigrante sur une base régulière à la maison.

Le tagalog (+35 %), l'arabe (+30 %), le persan (+26,7 %), l'hindi (+26,1 %) et l'ourdou (+25 %) ont connu les plus fortes croissances, tandis que le nombre de personnes parlant une langue chinoise a crû de près de 17 %. L’italien, le polonais, l’allemand et le grec poursuivent leur décroissance. Cette tendance s’explique surtout par les différentes vagues d’immigration au fil des décennies.

« Les sources d’immigration ont beaucoup changé depuis les années 1980, ce qui fait que les langues sont de plus en plus diversifiées », explique Jean-François Lepage.

Les provinces de l’Atlantique ont notamment connu une forte croissance des personnes parlant l’arabe, qui devient la première langue immigrante dans trois de ces provinces.

Au Canada hors Québec, 48,1 % des personnes de langue maternelle tierce parlent principalement l’anglais et seulement 1,1 % des personnes de langue maternelle tierce parlent le français à la maison. « L’anglais a une force d’attraction chez les immigrants », dit M. Lepage, tout en ajoutant que les immigrants au Québec ont toutefois davantage tendance à adopter le français comme langue parlée à la maison.

Au Québec, le français est parlé par 47,9 % des personnes de langue maternelle tierce (29,4 % comme langue principale et 18,6 % comme langue secondaire).

Langues immigrantes dans les grandes villes

Comme en 2011, les langues immigrantes prennent de plus en plus de place dans les grandes régions métropolitaines au pays.

Un peu plus de 75 % des Canadiens ayant déclaré parler une langue maternelle immigrante résidaient dans une région métropolitaine de recensement (RMR). La majorité d’entre eux habitent à Toronto, Vancouver et Montréal, mais leur proportion a légèrement diminué depuis 2011.

Les villes d’Edmonton et de Calgary ont connu les plus grandes hausses de population de langue maternelle immigrante, respectivement, 31 % et 28 % de plus. Dans l’ouest du pays, ce sont plutôt les langues asiatiques qui connaissent une hausse. Par contre, le pendjabi est désormais la langue immigrante la plus parlée à la maison (222 720 personnes), une augmentation de près de 11 % depuis 2011.

À Montréal, l’arabe est la principale langue maternelle immigrante, suivi de l’espagnol (12,9 %), de l’italien (10,9 %), des langues créoles (6,5 %) et du mandarin (4,2 %).

Recul du français

Le français poursuit son déclin graduel au Québec, tout comme au Canada. « On observe une baisse de la proportion des gens qui ont le français comme langue maternelle et de ceux qui parlent le français à la maison. Par contre, la connaissance de la langue française est stable au Québec », précise M. Lepage.

Au pays, de moins en moins de personnes (21,3 % comparativement à 22 % en 2011) considèrent le français comme leur langue maternelle. De plus, la proportion de Canadiens utilisant le français à la maison a également diminué de 23,8 % à 23,3 %. En 1981, 24,6 % de la population parlait le français le plus souvent à la maison.

Si le nombre de personnes de langue maternelle française est en croissance au Canada, leur poids relatif diminue, en raison du contexte d’immigration élevé.

Le nombre de Canadiens qui peuvent soutenir une conversation en français a de nouveau diminué depuis le dernier recensement. En 2016, 29,8 % de la population canadienne déclarait pouvoir soutenir une conversation en français, comparativement à 31,8 % en 1981.

Moins de Québécois (78,4 %, comparativement à 79,7 % en 2011) ont déclaré le français comme langue maternelle et la proportion de la population qui parle français à la maison est passée de 87 % en 2011 à 86,4 % en 2016.

L’anglais comme langue maternelle au Québec a connu une hausse de 0,6 % pour atteindre 9,6 % en 2016. La proportion de personnes qui parlent anglais à la maison a toutefois augmenté de 1,5 % depuis 2011, pour atteindre 19,8 %. Par ailleurs, 6,6 % des Québécois ne parlent que l’anglais.

À Montréal, depuis 2011, la proportion de personnes parlant uniquement le français a diminué de 1,2 %. Le nombre de personnes ayant le français comme langue maternelle a légèrement augmenté (de 934 260 en 2011 à 953 600 en 2016), mais leur proportion a diminué. Ce sont surtout les langues tierces qui ont eu un impact sur la proportion des langues maternelles sur l’île.

La francophonie ailleurs au Canada

La proportion de personnes qui parlent le français à la maison à l’extérieur du Québec est demeurée relativement stable dans la majorité des provinces.

Par contre, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon sont les provinces qui ont vu la plus grande augmentation de personnes qui parlent le français à la maison. Le mouvement de population interprovincial serait l’un des facteurs expliquant cette hausse.

Un nouveau sommet de bilinguisme

Le taux de bilinguisme français-anglais a atteint 18 % (6,3 millions de personnes) au Canada en 2016, comparativement à 17,7 % (5,8 millions de personnes) en 2011.

Cette hausse est particulièrement attribuée aux augmentations vécues au Québec, ainsi que dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nouveau-Brunswick et le Yukon.

Le taux de bilinguisme est demeuré pratiquement inchangé au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique.

Le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario regroupent près de 86 % des personnes bilingues, un chiffre qui n’a pas changé depuis le dernier recensement. Le Québec compte à lui seul plus de 3,6 millions de personnes bilingues en 2016, une augmentation de 8,8 % depuis 2011.

Autres langues

Enfin, 228 770 personnes parlent une langue autochtone le plus souvent à la maison, une hausse de 7,4 % depuis le dernier recensement (213 000 personnes en 2011). La hausse est particulièrement marquée auprès des jeunes de 14 ans et moins.

Les langues autochtones les plus parlées sont l’inuktitut (39 025 personnes), l’ojibwé (13 855 personnes), et l’oji-cri (11 780 personnes).

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