Cette année, le Canada s'impose comme destination incontournable sur de grands palmarès internationaux. Pour son 150e anniversaire, le pays devrait recevoir des millions de touristes, attirés par ses festivités, sa nature et ses grandes villes. Un engouement auquel les Canadiens eux-mêmes ne devraient pas échapper, selon les prévisions de l'industrie touristique.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Plusieurs listes destinées aux voyageurs placent le Canada au premier rang des endroits à visiter, dont celle du New York Times, qui vante notamment ses « villes cosmopolites » et ses « merveilles naturelles à peine explorées ».

Des louanges auxquelles s'ajoutent celles de la prestigieuse revue Condé Nast Traveler : « C’est une terre d'aventures épiques », qui offre « des paysages à couper le souffle ».

L’éditeur de guides de voyage Lonely Planet attire pour sa part l'attention sur « une excellente cuisine, qui mêle les saveurs du monde entier, et des vins injustement méconnus ».

Un plaidoyer auquel les Canadiens eux-mêmes semblent sensibles : le nombre de Canadiens voyageant au pays cette année devrait augmenter de 3,4 %, prévoit le Conference Board du Canada.

Mais l’argument économique pèse pour beaucoup dans la balance, relève la directrice générale d’Expedia Canada, Lauren Reimer, qui constate déjà une hausse de la demande. « Le dollar est beaucoup plus bas que l’année dernière », fait-elle valoir.

Ottawa et Montréal au cœur des célébrations

C'est dans la région d'Ottawa-Gatineau que la demande touristique intérieure connaîtra la plus forte croissance, indique le Conference Board du Canada, qui prévoit une augmentation de 7 % du nombre de visites d’au moins une nuitée.

« Les festivités du 150e ont fait l’objet de beaucoup de publicité, constate Lauren Reimer. « Les Canadiens ne vont pas se déplacer à Ottawa seulement pendant la fin de semaine de l'anniversaire du Canada. Je pense que ça sera une destination tendance tout l'été », prédit-elle.

Aidée par les célébrations entourant son 375e anniversaire, la métropole québécoise ravit pour sa part à Vancouver le statut de deuxième ville préférée cette année, constate-t-elle.

Tourisme Montréal et les économistes du Conference Board du Canada s'attendent à ce qu'au moins 10,7 millions de visiteurs viennent découvrir la ville. Un sommet depuis les Jeux olympiques de 1976.

Même dans des destinations très courues comme Montréal, les voyageurs allergiques aux mouvements de masse peuvent trouver leur compte, estime Jonathan Taillefer, cofondateur de Hidden Place, une application de voyage pour mobiles qui vise à faire découvrir des joyaux cachés ou appréciés de la population locale.

Montréal reste à ses yeux la ville par excellence pour bien manger, parce qu’elle offre à la fois qualité et variété - mais on peut découvrir sa gastronomie par ses petits restaurants de quartier, plaide-t-il.

Qu’on soit attiré par les expériences gastronomiques, culturelles ou sportives, ou encore par les beautés naturelles ou le nightlife, « c’est possible de vivre des expériences différentes, loin des sentiers battus, en accord avec nos préférences », assure Jonathan Taillefer, fidèle à sa philosophie au cœur de son application.

Les grandes villes ont la cote

Trônant depuis plusieurs années au sommet des villes canadiennes les plus visitées, Toronto reste, cette année encore, la destination privilégiée des Canadiens, spécifie Lauren Reimer.

Après Montréal, Vancouver et Calgary se partagent ensuite les faveurs des visiteurs canadiens, poursuit-elle. Mais les Québécois font bande à part.

Un sondage mené par le CAA-Québec révélait que plus de la moitié des vacanciers québécois comptaient prendre leurs vacances au Québec cette année, alors que 11 % entendaient se tourner vers les autres provinces et territoires.

L’appel des grands espaces... et l'accès gratuit aux parcs nationaux

Mais les Canadiens ne se contenteront pas de visiter les villes. Encouragés par Parcs Canada, ils devraient être nombreux à répondre à l’appel de la nature. En cette année du 150e, l'agence rend gratuit l’accès aux parcs nationaux, aux aires marines nationales de conservation et aux lieux historiques nationaux.

Parcs Canada précise que plus de 90 % des 3,3 millions de commandes en ligne pour la carte d’entrée Découverte 2017 viennent d’ici. Jusqu’à maintenant, l’achalandage a augmenté de 7 % par rapport à la même période l’an dernier, et les réservations de camping ont bondi de 50 %.

« Ça attire beaucoup les familles, dit Lauren Reimer. On voit d'ailleurs cette année une hausse pour les voyages à Banff, en Alberta. »

Le parc national de la Péninsule-Bruce, dans la baie Georgienne, à quatre heures de Toronto, est une région à découvrir, estime Jonathan Taillefer. « Il y a une magnifique grotte avec de l'eau bleue, presque turquoise. La péninsule est fréquentée, mais on peut vivre une expérience complètement différente en passant par des chemins qui le sont moins. Il y plusieurs petits racoins où il y a des joyaux cachés », indique-t-il.

« À Tobermory, il y a un super bel endroit pour faire du snorkelling [de la plongée en apnée], où on peut observer l'épave d'un immense bateau. Avec la lumière du soleil, ça fait un très bel effet. Il y a une microbrasserie et un phare à proximité à visiter », ajoute-t-il.

Le Québec a beaucoup à offrir aussi, dit-il, parlant notamment de la gorge de Coaticook, dans les Cantons-de-l'Est. « Le parc est connu, mais il y a un chemin caché qui propose des vues incroyables. C'est comme un conte de fées, littéralement », décrit-il.

Sentiers du Lover's Leap, à Morin-Heights, sommets du mont Loup-Garou, à Sainte Adèle, site de camping « secret » face à une rivière à L’Assomption, la réserve faunique de Mastigouche, en Mauricie, ou encore le mont Saint-Joseph, en Estrie, le cofondateur de Hidden Place multiplie les suggestions.

Les Canadiens auront de la compagnie

L’an dernier, le Canada a reçu près de 20 millions de visiteurs étrangers venus pour des séjours d’une nuit ou plus - un sommet en 14 ans.

Cette année, leur nombre devrait encore s’accroître. Lauren Reimer invoque notamment la faiblesse du huard.

« Avec l’arrivée de l’administration Trump et son interdiction de voyager, nous voyons vraiment une hausse des voyageurs internationaux au Canada, alors que le nombre de voyages internationaux vers les États-Unis depuis le début de l'année est en baisse », ajoute-t-elle.

Le nombre de visites internationales, en excluant les États-Unis, devrait s’accroître de 8,4 %, d’après les estimations du Conference Board du Canada.

Les Américains eux-mêmes devraient venir en grand nombre. Le nombre de touristes américains devrait augmenter de 5,3 % cette année, après une hausse significative de 9,5 % l’an dernier.

Voyager autrement

« Les Canadiens voyagent de plus en plus, mais aussi de plus en plus souvent, indique Lauren Reimer. Au lieu de faire de grands voyages de deux ou trois semaines, ils prennent des fins de semaine plus longues, surtout les [millénariaux] », observe Lauren Reimer.

Chez les jeunes, le Canada ne suscite pas le même engouement que l’Indonésie, la Thaïlande ou le Nicaragua, indique de son côté Jonathan Taillefer. « Mais ils s’ouvrent les yeux sur la beauté de leur propre pays et sur la richesse des décors qu'il a à offrir, affirme-t-il.

Le retour à la nature est le bienvenu, juge-t-il. « C’est très tendance d'aller faire du camping en gang », note-t-il.

Les types d’hébergement originaux ne manquent pas : il y en pour tous les goûts et tous les âges, lance pour sa part Lauren Reimer. « Les voyageurs peuvent par exemple dormir dans une cabane en haut des arbres dans une forêt du Saguenay, dans un monastère à Saint-Jean de Terre-Neuve ou sur un bateau - un boatel - dans le quartier Harbourfront de Toronto. »

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