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Le Canada doit se mobiliser contre les crimes haineux, disent des défenseurs des droits

Des groupes de défense des droits des musulmans, des Autochtones, des Noirs et des juifs au Canada réclament un meilleur financement et une plus grande mobilisation des corps de police afin de lutter plus efficacement contre les crimes haineux, qui étaient en hausse de 5 % au Canada en 2015, selon Statistique Canada.

S'appuyant sur les données compilées par les corps de police du pays, Statistique Canada affirme que 1362 crimes motivés par la haine d'un groupe identifiable ont été rapportés en 2015, soit 67 de plus que l'année précédente.

En réaction à ces données, des représentants du Conseil national des musulmans canadiens, du Conseil canadien des femmes musulmanes, du forum Faire face au racisme anti-noir, du Jewish Family Services et du Congrès des peuples autochtones se sont rassemblés en conférence de presse mardi, à Ottawa.

Pour Khalid Elgazzar, vice-président du Conseil national des musulmans canadiens, il faut mieux financer les enquêtes policières portant sur les crimes haineux et mieux compiler les données à ce sujet, afin de mieux comprendre le phénomène.

M. Elgazzar, qui sollicite l'intervention de tous les ordres de gouvernement à cet égard, se dit peu surpris par cette hausse du nombre de crimes haineux. Il considère que ces chiffres ne représentent que la pointe de l'iceberg. Selon lui, une bonne partie des crimes ne sont pas rapportés à la police parce que les victimes craignent d'être victimisées davantage si elles dénoncent ce qu'elles ont vécu.

De surcroît, dit M. Elgazzar, ces victimes se taisent parce qu'elles doutent que la police puisse faire quoi que ce soit. Une situation qui illustre le manque de confiance de certains groupes envers les forces de l'ordre, selon lui.

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Ralph Goodale, considère la hausse du nombre d'incidents « profondément troublante » et estime qu'elle illustre la nécessité d'être vigilant, collectivement parlant.

Il affirme que le gouvernement investit de l'argent pour combattre le racisme et protéger l'infrastructure des communautés ethniques ou religieuses à risques. M. Goodale laisse de plus entrevoir qu'il pourrait accorder plus d'argent pour la recherche et la cueillette de données.

Un « trou noir » en matière d'information

Amira Elghawaby, également du Conseil national des musulmans canadiens, affirme pour sa part que les groupes le plus souvent ciblés par les crimes et incidents haineux vivent dans une sorte de « trou noir », parce que ces situations sont trop peu documentées, quand elles le sont tout court.

Amira Elghawaby réclame aussi des policiers qu'ils tentent de conscientiser la population sur l'importance de rapporter ce genre de crime.

« Et nous voulons plus de transparence de la part de la police : comment détermine-t-elle ce qui doit faire l’objet, ou pas, d’une enquête en matière de crime haineux? », demande Amira Elghawaby. « Et qu’est-ce qui fait en sorte qu’elle porte des accusations ou pas? »

La réalité des Noirs est occultée par les médias, selon une militante

Chelby Marie Daigle, auteure d'un rapport sur le racisme perpétré contre la communauté noire à Ottawa, dénonce ce qu'elle qualifie de « déni » de la société canadienne et des médias en particulier concernant le racisme touchant les Noirs au pays.

De tous les crimes haineux rapportés en 2015, 48 % avaient pour cible des personnes d'une certaine race ou origine ethnique. Et, de ce nombre, les communautés noires subissaient 17 % du nombre total de crimes haineux.

« On ne voit pas que ce sont les Noirs les plus ciblés », se désole Mme Daigle qui avance l'hypothèse qu'experts et journalistes sont portés à faire de l'ensemble des crimes haineux un phénomène distant, l'oeuvre de groupes extrémistes ou d'individus influencés par la rhétorique et les politiques de Donald Trump.

Or, dit-elle en substance, nous Canadiens devons comprendre que ce sont des gens parmi nous - souvent des jeunes en apparence ordinaires - qui commettent ce genre de crimes. Ce n'est que lorsque nous nous serons « approprié » la responsabilité de ce problème que nous pourrons imposer aux institutions et aux policiers de rendre des comptes, dit-elle.

Pour cette auteure et militante, la solution passe par la recherche pour tenter de comprendre les motivations et les causes qui se trouvent derrière les crimes haineux. « Sinon, prévient-elle, ces crimes vont se perpétuer. »

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