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Le Canada et le Mexique prêts à modifier l'ALENA

Le Canada et le Mexique pourraient accepter de rouvrir l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) conclu avec les États-Unis, un accord commercial qualifié par Donald Trump en campagne électorale comme étant « l'un des pires qui soient ».

« Si les Américains veulent parler de l'ALENA ou d'autres arrangements commerciaux, on est toujours ouvert à avoir des discussions », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse, jeudi, à Sydney, en Nouvelle-Écosse.

Mercredi, la ministre des Affaires étrangères du Mexique, Claudia Ruiz Massieu, avait déclaré à CNNque l'accession de M. Trump à la Maison-Blanche faisait réfléchir à la possibilité de « moderniser » le traité « d'une manière qui soit encore plus avantageuse pour les trois pays signataires ».

La ministre Ruiz Massieu a cependant prévenu qu'il n'était pas question pour le Mexique de renégocier l'accord, insistant sur le terme « moderniser ».

Selon M. Trudeau, ces discussions devraient cependant avoir pour objectif de « regarder comment on peut améliorer les bénéfices pour les travailleurs, les citoyens, pour la croissance économique ».

En campagne électorale, M. Trump avait plaidé qu'il voulait renégocier l'ALENA au profit des États-Unis, dans une perspective de protectionnisme. « C'est un désastre », avait-il dit de l'ALENA lors d'un passage en Pennsylvanie, ajoutant qu'il comptait obtenir des améliorations substantielles à cette entente.

Le Canada souhaite ouvrir le marché du bois d'oeuvre

Mercredi, l'ambassadeur du Canada à Washington, David MacNaughton, avait soutenu que le Canada était prêt à écouter l'administration Trump si elle demandait à renégocier l'accord. Il avait cependant refusé de spéculer sur les gains que le Canada chercherait à obtenir à la table de négociations.

Il a cependant souligné que le Canada souhaiterait ouvrir le marché du bois d'oeuvre, un secteur exclu de l'accord sous sa forme actuelle.

En entrevue à CBS, à la fin du mois de septembre, Donald Trump envisageait d'imposer des tarifs pouvant empêcher des constructeurs automobiles de fabriquer au Canada des voitures destinées au marché américain.

« Nous sommes escroqués par tous ces pays », avait-il dit, en évoquant non seulement le Canada, mais aussi le Mexique, également partenaire au sein de l'ALENA.
« Nous avons besoin de commerce équitable, pas de libre-échange », avait-il ajouté.

M. Trump a également mentionné la possibilité d'invoquer l'article 2205 de l'ALENA pour que les États-Unis se retirent de l'entente s'il n'obtenait pas gain de cause.

L'aval du Congrès nécessaire

En entrevue à Radio-Canada mercredi, le politologue Frédérick Gagnon a rappelé que M. Trump ne pourra pas agir seul dans ce dossier, puisque l'ALENA a été adopté par le Congrès. Les républicains y sont majoritaires, mais la plupart d'entre eux sont plutôt favorables au libre-échange.

« Les élus républicains contrediraient M. Trump sur cette question et voteraient contre l'abrogation de l'ALENA, si le Congrès en venait à voter là-dessus », pense M. Gagnon, qui est directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

M. Trudeau a par ailleurs dit qu'il s'était entretenu mercredi soir avec Donald Trump. « L'appel a été court, mais c'est un démarrage fort de ce qui va être une relation constructive », a-t-il déclaré.

Il dit avoir réitéré l'importance des relations entre le Canada et les États-Unis, mais aussi qu'il est impatient « de continuer à travailler à la promotion des intérêts canadiens et des opportunités pour tous, et que nos deux pays ont beaucoup à réaliser ensemble ».

M. Trudeau a également confirmé jeudi avoir invité M. Trump à faire une visite officielle au Canada dans les meilleurs délais. Le principal intéressé n'a rien confirmé, mais il a aussi invité M. Trudeau à faire une nouvelle visite à Washington.

Les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont totalisé 670 milliards de dollars américains, l'an dernier. Ceux entre les États-Unis et le Mexique se sont élevés à 531 milliards de dollars américains, en 2015 toujours.

La conclusion de l'ALENA entre Ottawa et Washington remonte à 1989. Le Mexique s'était joint à l'entente cinq ans plus tard.

Donald Trump doit entrer en fonction le 20 janvier. Mais le Mexique compte discuter de l'ALENA avec l'équipe de transition du président élu et ce, avant même l'arrivée officielle de M. Trump à la Maison-Blanche.

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