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Le Canada mis en cause dans la mort alléguée de 27 civils en Irak

Une attaque aérienne menée par le Canada contre le groupe armé État islamique aurait tué 27 civils, selon des allégations contenues dans un document interne du Pentagone. Cette allégation vient d'un peshmerga, soldat des forces kurdes, proches alliés du Canada.

Un texte de Marie-Eve Bédard

Le document a été rendu public par le groupe Airwars, un collectif à but non lucratif basé au Royaume-Uni, qu'il a lui-même obtenu d'un blogueur américain à la suite de multiples demandes d'accès à l'information. Pour le directeur d'Airwars, Chris Woods, les informations qu'il renferme sont importantes.

45 allégations de frappes

La frappe en question impliquait un CF-18 canadien. Elle est survenue le 21 janvier dernier, au nord de l'Irak. Les Forces armées canadiennes étaient au courant, mais elles ont attendu jusqu'à la semaine dernière, soit sept mois plus tard, avant de révéler les allégations et l'enquête subséquente. Et ce, sans offrir plus de détail.

Grâce au document de 14 pages, qui répertorie 45 allégations de frappes de la coalition ayant entraîné des victimes civiles, on sait maintenant que le tir canadien visait un tireur et une position de mitrailleuse lourde du groupe armé État islamique. Elle est survenue à la jonction de Kisik, au nord-est de l'Irak, relativement près de Mossoul.

Au même moment, les peshmerga kurdes lançaient une importante offensive au sol dans le secteur pour reprendre le contrôle d'une route aux mains de l'EI.

Dans un courriel à Radio-Canada, le capitaine Kirk Sullivan, porte-parole des Forces armées canadiennes, maintient que rien ne prouve les allégations contenues dans le document et qu'il s'agissait d'une cible militaire légitime.

Sans confirmer qui était la source des allégations ni si elle avait été interrogée, le capitaine Kirk ajoute qu'il s'agissait d'une source de seconde main.

« La source de cette allégation a entendu parler de ces victimes potentielles par l'entremise d'une personne interposée. Le ministre de la Défense nationale en poste à cette époque en a été informé. L'examen a précisé qu'il n'y avait pas de motif valable de croire que des pertes civiles avaient été subies », ajoute-t-il.

Le Canada estime ne pas être obligé d'enquêter

Le document interne du Pentagone révèle également que le Canada a clairement établi auprès des militaires américains responsables de l'enquête qu'il considère n'être en aucun cas dans l'obligation de faire sa propre enquête sur de telles allégations. « À noter que l'opinion juridique du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC) est que, selon le droit des conflits armés, il n'y a aucune obligation pour les Forces armées canadiennes de mener une enquête », peut-on y lire.

Le document du Pentagone soulève de sérieuses questions quant à la rigueur des enquêtes qui sont menées par le Commandement central américain (CENTCOM), selon Chris Woods, d'Airwars. Il souligne que 80 % des allégations ont été rejetées en 48 heures à peine. La difficulté d'accès au terrain ne peut servir d'excuse.

Pour voir le document sur votre appareil mobile, cliquez ici.

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