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« Le Canada n’a pas à choisir entre pipelines et éoliennes », dit l’ambassadeur de France

L'ambassadeur de France est venu à Vancouver avec une tâche spéciale, celle de sensibiliser les décideurs de l'Ouest canadien à leur rôle contre les changements climatiques dans l'ère post-COP21.

Un texte de Anne-Diandra Louarn

C'est une année particulière pour les ambassadeurs de France partout dans le monde. Depuis la signature de l'accord survenu à Paris en décembre 2015, ils incarnent la voix de la France d'après COP21 à l'étranger, celle qui est censée concrétiser le texte adopté par 196 nations pour répondre au défi du changement climatique.

Parmi eux : Nicolas Chapuis, ambassadeur de France au Canada, dont la tâche s'apparente à un jeu d'équilibriste entre l'est et l'ouest du pays, entre le secteur des énergies fossiles qui craint de voir ses emplois disparaître et celui des renouvelables qui veut une plus grande place.

« Il ne s'agit pas de choisir entre pipelines ou turbines à éoliennes. La question n'est pas celle de l'exclusion, mais plutôt de la transition. Aujourd'hui sur la planète, les deux tiers de notre électricité est produite grâce à l'énergie fossile. À la COP21, les États se sont engagés à inverser cette proportion d'ici à 2050 », a expliqué Nicolas Chapuis depuis Vancouver, où il est venu assister à la conférence Globe 2016.

Éduquer les décideurs canadiens sur ce qu'ils peuvent faire

Selon lui, l'enjeu pour le Canada est d'entamer cette transition énergétique sans détruire les emplois liés aux énergies fossiles. « Cela doit se faire en formant des professionnels, en requalifiant ceux qui quitteront les emplois extractifs... » Mais aussi en changeant les mentalités. « Le Canada est surtout exportateur de ressources naturelles, plus que consommateur. Traditionnellement, le family business c'est l'extraction, donc il faut maintenant chercher à vendre autre chose », ajoute-t-il.

Et c'est sur ce point que l'ambassadeur entre en scène. Pour lui, concrétiser l'accord de Paris passe par la pédagogie. Jusqu'à la COP22 de Marrakech en décembre prochain, il va s'attacher à expliquer l'accord de Paris, cibler les obstacles qui émergent et leur trouver des solutions, inciter, promouvoir tout ce qui pourrait permettre sa mise en oeuvre dans les meilleurs délais. Son public principal : les décideurs du monde des affaires.

La France « ne donne de leçons à personne »

Bien que l'image du Canada ait, de son propre aveu, beaucoup évolué depuis l'arrivée du gouvernement Trudeau, il faut, dit-il, dépasser les dissensions Est-Ouest au pays pour aller plus loin sur la scène internationale.

« Le Canada a besoin de plus d'horizontalité et pas que sur les questions énergétiques, sur l'ensemble des domaines. Par exemple, nous venons de passer une étape importante dans l'accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada. L'un des enjeux de cet accord, c'est justement l'horizontalité, c'est-à-dire de permettre à quelqu'un qui est installé à Vancouver de pouvoir travailler plus librement avec le Québec et réciproquement », explique-t-il.

Plus d'horizontalité pour ne pas perdre l'élan de la COP21 et parler d'une seule voix. Des difficultés auxquelles se heurtent tous les pays signataires de l'accord de Paris, y compris la France, qui accumule les couacs sur les questions environnementales ces dernières semaines. Prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, quasi-abrogation de la loi pollueur-payeur, polémique sur la construction d'un aéroport en zone protégée... les débats sont aussi enflammés de l'autre côté de l'Atlantique. Pas facile pour les ambassadeurs du pays hôte de la COP21 de faire valoir leurs arguments d'unité à l'étranger.

« Tous les pays ont leurs difficultés, avoue Nicolas Chapuis. La France ne donne de leçons à personne, elle a accepté d'organiser la COP21 alors qu'à l'époque personne ne voulait le faire. Nous avons réussi un accord qui même une heure avant d'être conclu faisait l'objet de nombreux doutes. Nous avons donc réussi l'impossible parce qu'impossible n'est pas français. Mais nous parlons aujourd'hui au nom de 196 nations qui ont signé l'accord et nous devons maintenant convertir cela en actes. Tous sans exception », conclut-il.

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