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Le Canada renouera avec la tradition des Casques bleus

Jusqu'à 600 soldats canadiens seront mis à la disposition des Nations unies dans le cadre d'un nouveau Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOP) doté d'un budget de 450 millions de dollars sur trois ans.

Un texte de François Messier

Les détails de cette nouvelle approche fédérale ont été présentés vendredi par les ministres de la Défense, Harjit Sajjan, des Affaires étrangères, Stéphane Dion, de la Sécurité publique, Ralph Goodale, et du Développement international, Marie-Claude Bibeau, lors d'une conférence de presse à la base aérienne de Bagotville.

Les ministres n'ont pas dévoilé à quel endroit ni à quel moment ces troupes seront déployées. Cela fera vraisemblablement l'objet de discussions lors d'une conférence sur les missions de paix de l'ONU qui se tiendra à Londres les 8 et 9 septembre.

Selon le ministre Dion, le PSOP constitue une approche intégrée qui permettra de mieux coordonner les questions de politique étrangère, de défense, de développement et celles concernant la sécurité nationale. Le Canada aura ainsi une « voix plus forte sur la scène internationale ».

Ottawa espère également « s'attaquer aux causes et aux effets des conflits » et « prévenir leur escalade ou leur récurrence » en travaillant sur « sur l'alerte précoce, la prévention des conflits, le dialogue, la médiation et la consolidation de la paix, ainsi que l'autonomisation des femmes dans la prise de décisions pour la paix et la sécurité ».

Commentant l'annonce en début d'après-midi, le premier ministre Trudeau a affirmé que la création du PSOP constitue une « reconnaissance du fait que le Canada doit être engagé et être un acteur positif dans le monde dans les années à venir. »

« C'est ce à quoi les Canadiens s'attendent, c'est ce que le monde attend du Canada », a-t-il plaidé, avant d'assurer que le gouvernement agira de façon responsable dans les choix de déploiement qu'il fera, en prenant le temps d'évaluer les risques encourus et en fixant des objectifs clairs. 

Des missions de plus en plus complexes

Selon le ministre Sajjan, l'armée canadienne pourra ainsi fournir non seulement des troupes au sol dans le cadre de différentes missions, mais aussi des officiers pour des postes de commandement, du transport aérien, des ingénieurs, des médecins ou des formateurs pour des forces armées ou policières.

Le gouvernement étudie « où et comment le Canada peut avoir l'impact le plus significatif », non seulement sur un pays, mais sur toute une région. 

« La nature des conflits dans le monde change. Ils deviennent plus complexes que jamais », a prévenu le ministre de la Défense. « Dans le passé, les opérations de maintien de la paix consistaient à soutenir une paix négociée entre des ennemis, en venant s'insérer entre eux pour préserver la stabilité. Malheureusement, ce n'est plus le cas. » 

« Il ne peut y avoir de développement s'il n'y a pas de paix », a pour sa part déclaré la ministre Bibeau, qui a beaucoup insisté sur la nécessité de venir soutenir l'éducation des enfants dans le monde et l'importance de soutenir le rôle des femmes comme « agentes de changement, de développement et de paix ».

Le ministre Goodale a pour sa part souligné que le Programme des missions internationales des policiers affectés au maintien de la paix avait été renouvelé pour cinq ans, avec un budget de 46,9 millions de dollars pour les trois prochaines années. Un contingent maximal de 150 policiers pourra ainsi être déployé à l'étranger.

La volonté du gouvernement Trudeau de réengager le Canada dans des missions de l'ONU n'est pas une surprise. Elle avait été clairement affichée lors de la dernière campagne électorale, et figure dans les lettres de mandat des ministres concernés.

Une « manipulation » de l'armée, dénoncent les conservateurs

En entrevue à ICI RDI, le porte-parole du Parti conservateur en matière de défense, Pierre Paul-Hus, a fustigé l'approche canadienne. Selon lui, le gouvernement Trudeau se sert des Forces armées canadiennes pour promouvoir sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

« Le but premier de ça pour nous est de donner une bonne image aux Nations unies pour essayer de regagner un siège. Mais est-ce que c'est une priorité pour le Canada, est-ce que c'est une priorité internationale actuellement? Moi je crois que non », a-t-il fait valoir.

Selon lui, les Canadiens veulent protéger leur pays et travailler avec les autres pays de l'OTAN pour combattre la menace terroriste, et non pas intervenir dans « des endroits dangereux », où le Canada n'a « aucun intérêt ».

« Est-ce que les Canadiens l'ont demandé? Non. Est-ce que c'est besoin du Canada en ce moment d'être impliqué dans des missions des Nations unies plus ou moins claires ou dangereuses? Non », a-t-il asséné. 

Interrogé plus tôt à ce sujet, le ministre Dion avait plaidé que le seul lien à faire entre la création du PSOP et la volonté du Canada d'obtenir un siège au Conseil de sécurité consistait à marquer l'idée que « le Canada est de retour » sur la scène internationale. 

« Il faut travailler avec l'ONU. Non pas que l'ONU est une institution parfaite, elle a toutes sortes de problèmes. Mais si on veut l'améliorer, il faut y être, y compris au Conseil de sécurité. Alors tout ça est un ensemble qui se tient. »

Des missions en Afrique?

Selon CBC, qui cite des sources onusiennes, le Canada a pratiquement été exclu de la conférence de Londres parce qu'il n'avait pas pris d'engagement ferme sur un nombre de troupes qu'il est prêt à fournir. Selon deux de ces sources, le pays ne figurait pas dans une liste préliminaire des pays invités. 

Le ministre Sajjan est récemment revenu d'une tournée africaine qui l'a amenée en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et en République démocratique du Congo (RDC). Il avait déclaré au retour qu'une annonce sur le réengagement du Canada dans les missions de l'ONU serait faite prochainement.

Il avait souligné qu'à son avis le terme « opérations de soutien à la paix » était plus approprié que celui de « maintien de la paix » pour décrire le travail qui devait être fait en Afrique. Les missions dans ces pays sont plus dangereuses aujourd'hui qu'à une autre époque, avait-il souligné.

Des Casques bleus de l'ONU sont actuellement déployés dans huit pays africains, les opérations les plus importantes étant celles en cours en RDC et au Mali. 

Les Nations unies souhaiteraient également que le Canada participe à une mission d'observation du cessez-le-feu en Colombie, où le gouvernement et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) viennent de conclure un accord de paix.

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