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Le Canada travaille à réduire le nombre d'enfants migrants détenus, insiste Ottawa

Le gouvernement canadien prend des mesures pour réduire davantage le nombre d'enfants migrants détenus avec leur famille dans des centres de détention, a tenu à préciser le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale, jeudi.

Un texte de Benjamin Shingler, de CBC News

« Les chiffres sont bas au Canada, et ils sont en baisse », a indiqué le ministre à CBC News.

En réalité, le nombre d'enfants en détention a certes légèrement diminué sous le gouvernement libéral, mais une légère hausse s'observe cette année.

« Nous travaillons très fort pour s’assurer que notre système est aussi sécuritaire qu'il doit l'être, mais aussi humain et compatissant », a ajouté M. Goodale, jeudi.

Le traitement des demandeurs d’asile au Canada est « clairement meilleur » qu’aux États-Unis, a-t-il assuré, tout en reconnaissant que les façons de faire peuvent encore être améliorées.

Les défenseurs des droits de la personne demandent depuis des années au Canada d'éliminer la pratique consistant à retenir les demandeurs d'asile dans des centres de détention entourés de barbelés et ressemblant à des prisons à sécurité moyenne.

Au cours des trois dernières années, ce sont plus de 595 mineurs qui sont passés par ces centres de détention. Du nombre, 43 n'étaient pas accompagnés d'un adulte, indique l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

La politique américaine « déchirante »

Les États-Unis ont adopté en avril une politique visant à séparer les enfants de leurs parents après avoir traversé la frontière depuis le Mexique. Plus de 2000 enfants ont été touchés par la mesure.

Le président Donald Trump a brusquement renversé sa politique, mercredi, face à la pression internationale.

M. Goodale a qualifié la pratique des États-Unis de « déchirante », faisant écho aux commentaires du premier ministre Justin Trudeau.

« Vous pouvez à peine imaginer l'angoisse que vivent les parents, et puis vous mettre dans la peau d'un enfant de 4 ans », a lancé Ralph Goodale, jeudi matin, à l'émission Daybreak.

« Comme le premier ministre l'a dit, c'est tout simplement incorrect, et ce n'est pas ainsi que nous nous conduisons au Canada », a-t-il réitéré.

Au Canada, la détention n'est utilisée que lorsque les autorités craignent la fuite d’un migrant, s'il ne peut pas être identifié ou s’il y a un danger pour le public.

En novembre dernier, M. Goodale a publié une directive ministérielle à l'intention de l'ASFC afin de garder les enfants hors de la détention et de garder les familles ensemble autant que possible.

Il y a deux ans, le gouvernement fédéral a annoncé un plan de 138 millions de dollars pour améliorer la situation, notamment par des rénovations dans trois centres d'immigration situés à Toronto, à Vancouver et à Laval.

Nouvelles mesures à venir

L'ASFC annoncera des solutions de rechange à la détention au cours des prochaines semaines, comme la détention dans la collectivité, qui permet aux familles de vivre en liberté avec l'obligation de se rapporter régulièrement aux autorités.

Ralph Goodale a également déclaré qu'il entend présenter un projet de loi afin d’assurer une meilleure surveillance du traitement des détenus dans les centres de détention.

Rachel Kronick, professeure de psychiatrie à l'Université McGill, a passé six mois à mener des recherches au centre de détention de Laval, ce qui lui a permis de conclure que l'environnement y est « totalement inadapté aux enfants ».

« Les enfants sont détenus dans des prisons de sécurité moyenne où ils sont constamment surveillés par des gardes, où leurs effets personnels sont confisqués, où ils n'ont pas une éducation adéquate ou n'ont pas accès à ce dont ils ont besoin pour un développement normal », indique-t-elle.

Le gouvernement fédéral a fait des efforts pour changer la politique afin de réduire le nombre d'enfants détenus, reconnait Mme Kronick, mais davantage pourrait être fait, selon la professeure.

Mme Kronick fait partie d'un groupe d'experts réunis à McGill cette semaine pour une conférence sur la détention des migrants. Le groupe a préparé une déclaration conjointe appelant à la fin de la détention des enfants migrants au Canada.

« Nous devons rester conscients que nous aussi faisons du mal aux enfants, et nous ne les protégeons pas assez », lance-t-elle tout de même, avant d'ajouter que selon elle, ce qui se passe aux États-Unis est beaucoup plus troublant.

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