La mérule pleureuse, un champignon qui détruit les maisons, continue de prendre de l'ampleur au Québec. Alors que des propriétaires se sentent abandonnés par la province, un couple a réussi à faire bouger les autorités.

Maxime Boivin et Marie-Hélène Cauchon, de Saint-Marcellin, près de Rimouski, ont vécu une année extrêmement chargée après la diffusion d’un reportage à La facture, l’an dernier, montrant leur maison ravagée par la mérule pleureuse.

Ce champignon s’attaque d’abord au bois avant de s’étendre jusque dans la maçonnerie. Les conditions étaient réunies, dans la maison du couple, pour favoriser le développement de la mérule : noirceur, humidité et manque de ventilation.

Le bâtiment devait être détruit, mais ils n’avaient pas les 50 000 $ exigés pour que la démolition se fasse de façon sécuritaire.

En un an, le couple a accordé une cinquantaine d’entrevues, a déposé une pétition à l’Assemblée nationale, et il est maintenant sur le point de former une association pour que sa voix porte davantage.Maxime Boivin a aussi rencontré de nombreux politiciens, dont le ministre québécois de la Sécurité publique, Martin Coiteux. M. Boivin a demandé au ministre que les victimes des ravages du champignon soient reconnues comme des sinistrés, au même titre que celles touchées par les inondations, la pyrite ou la pyrrhotite.

Le gouvernement n’arrête pas de me répéter : "Quand vous serez des milliers, on va vous aider." Eh bien, nous, on tente de se regrouper pour montrer qu’il n’y a pas juste M. Boivin de Saint-Marcellin qui vit cette problématique-là.

Maxime Boivin

D’autres victimes, un même drame

Marie-Andrée Trudel, de Saint-Tite, en Mauricie, se bat contre ce cancer du bâtiment depuis plus de deux ans. Sa maison devra également être démolie. Mais pour repousser l’échéance, cette mère de famille monoparentale brûle régulièrement les champignons qui se développent dans son sous-sol. Voici comment elle s'y prend :

Mme Trudel n’a pas les moyens de partir avec ses deux enfants et ses animaux, dont deux chevaux.

« On reste dans une demeure pendant des années en sachant qu’on va tout perdre. Ça veut dire que moi, je ne peux pas me racheter de meubles, parce qu’il va falloir que je les jette. [...] Toute ma vie est mise sur le stand-by à cause d’un champignon. C’est épouvantable », explique Marie-Andrée Trudel.Elle a intenté une poursuite de 429 000 $ contre l'ancien propriétaire et un entrepreneur dont les travaux auraient provoqué des infiltrations d’eau. Elle croit que ces infiltrations seraient responsables du développement de la mérule.Le biochimiste Patrick Champagne, expert en qualité de l’air, inspecte de plus en plus de maisons contaminées par le féroce champignon. Il en voyait auparavant une par mois; il en voit maintenant une ou deux par semaine.

Il y a nettement une augmentation très importante des cas de mérule, d’après ce qu’on a pu voir.

Patrick Champagne

Maxime Boivin, lui, a commencé à répertorier les maisons contaminées et, depuis 2010, il en a recensé environ 170. Si tous les propriétaires touchés dévoilaient la contamination, il y en aurait beaucoup plus, croit-il.Il s’est donné pour mission non seulement de recenser tous les cas, mais aussi d’aider les familles aux prises avec la mérule.

On est en contact avec des familles à Val-d’Or, à Saint-Félicien, aux Îles-de-la-Madeleine, en Gaspésie, au Saguenay; partout au Québec.

Maxime Boivin

Des progrès encourageantsAlors que Marie-Andrée Trudel attend toujours un jugement, Maxime Boivin et Marie-Hélène Cauchon ont remporté une première victoire politique. En réponse aux démarches du couple, le gouvernement du Québec a formé un comité dont le mandat est de documenter le problème et de faire des recommandations. C'est la Société d’habitation du Québec (SHQ) qui supervise ce comité.

Le phénomène de mérule pleureuse est tout nouveau au Québec. C'est pour ça que le gouvernement a décidé d'utiliser le cas de Saint-Marcellin pour en faire un projet-pilote.

Robert Verret, directeur du développement et de l'expertise en habitation à la SHQ

M. Verret assure que le comité rendra son rapport dans les prochains mois. Entre-temps, il confirme que, pour l’instant, « il n’y a aucun programme de dédommagement pour les victimes de la mérule pleureuse ».

Quant à Maxime Boivin et Marie-Hélène Cauchon, leur maison de Saint-Marcellin a été démolie sous haute surveillance, aux frais de l’État. Le couple a assisté, très ému, à sa démolition, comme le montrent ces images :

Même s’il est heureux de cette première avancée, M. Boivin ne compte pas abandonner sa bataille. Le gouvernement devra faire plus que cela, croit Marie-Hélène Cauchon. Il devra cerner véritablement la problématique et informer les familles, ajoute-t-elle.

Il va falloir [que, sur le plan] de la réglementation, ça soit vraiment encadré pour la décontamination, la démolition et l’achat de maison.

Marie-Hélène Cauchon

Marie-Hélène Cauchon et Maxime Boivin veulent que toutes les victimes de la mérule reçoivent non seulement de l’aide pour la décontamination et la démolition, mais aussi pour le déménagement et le soutien psychologique.

Récemment, leur rêve de voir grandir leur petite Anne-Ève au bord du lac à Saint-Marcellin a été ravivé, grâce à des entreprises de la région qui ont proposé de les aider à reconstruire leur maison à moindres coûts. Ils pourraient avoir une nouvelle demeure dès la fin de juillet prochain, trois ans après le début de cette saga.

Par contre, ils ont toujours une hypothèque de 100 000 $ pour une maison qui n’existe plus.

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