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Le cancer du bâtiment se propage au Québec

Un champignon dévastateur, de plus en plus répandu au Québec, attaque la maison d'un jeune couple de Rimouski. La mérule pleureuse est si sournoise et féroce que la maison doit être démolie. Au bord de la ruine, le couple doit assumer seul les coûts énormes de cette mésaventure.

Un texte d'Esther Normand à La facture

En juin 2014, Maxime Boivin et sa conjointe, Marie-Hélène Cauchon, planifient des travaux pour accueillir leur premier enfant.

M. Boivin aperçoit des taches blanches dans le vide sanitaire (espace entre le terrain et le bâtiment, dans le sous-sol). Il fait appel à un laboratoire spécialisé afin d'effectuer des tests. Les résultats sont troublants. La mérule pleureuse, un champignon redoutable dont il n'a jamais entendu parler, attaque sa maison. Le couple doit l'évacuer rapidement.

Ils ne savent plus à quel saint se vouer. L'assureur refuse de les indemniser, et Québec dit non à toute forme d'aide. Ils sont pris avec leur maison, qu'ils doivent continuer de payer.

Pour voir l'inspection du sous-sol sur votre appareil mobile, cliquez ici.

De plus en plus de cas

Patrick Champagne, biochimiste et expert en qualité de l'air, précise que la mérule pleureuse, surnommée le cancer du bâtiment, est répandue en Europe, mais qu'elle se propage de plus en plus au Québec. L'expert traitait un ou deux cas par année. Aujourd'hui, il en voit un ou deux par mois.

M. Champagne, à qui La facture a demandé d'inspecter le vide sanitaire de la maison, constate que la mérule y a trouvé les conditions idéales : obscurité, humidité et manque de ventilation. Par contre, il ne peut pas déterminer quand ni comment elle est arrivée à cet endroit.

Selon Jocelyn Morency, l'un des rares avocats au Québec qui a représenté des propriétaires aux prises avec ce champignon, la mérule peut dormir pendant longtemps et se réveiller lorsqu'il y a des conditions particulières.

La jurisprudence a déjà reconnu que la présence d'un germe qui se manifeste beaucoup plus tard est un vice caché, explique-t-il. Selon l'avocat, le propriétaire doit arriver à démontrer qu'il n'est pas responsable de l'apparition du champignon, puisqu'il n'a fait aucuns travaux depuis qu'il a acheté la maison.

Photo : ICI Radio-Canada

Les cages de bois à l'origine du problème?

Dans le vide sanitaire, l'expert Patrick Champagne fait un constat important. Des cages de bois qui supportent la maison sont posées directement sur le sol. Le bois capte l'eau, ce qui favorise le développement de microbes. De plus, un isolant empêche le bois de sécher. « C'est évidemment très important. On voit que le bois est complètement recouvert. Ici, on a du bois qui est pourri », constate l'expert.

C'est l'ancien propriétaire qui a demandé à un entrepreneur d'installer les cages de bois. Pour déterminer si cela a favorisé le développement de la mérule, Maxime Boivin et Marie-Hélène Cauchon devront aller en cour.

Par ailleurs, le gouvernement refuse qu'ils brûlent la maison pour éviter que la mérule se propage. Ils devront donc prendre des mesures exceptionnelles pour la démolir. Le coût de l'opération : 50 000 $.

Maxime Boivin e Marie-Hélène Cauchon. Photo : ICI Radio-Canada

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