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Le cannabis, une solution à la crise des opioïdes?

Un organisme qui fait la prévention des surdoses offre depuis quelques mois du cannabis pour soulager les utilisateurs de drogues dures qui fréquentent son site d'injection de Vancouver. Des experts voient dans cette initiative une piste de solution à la crise des opioïdes, qui a tué 1422 personnes l'an dernier en Colombie-Britannique.

Un texte de Chantal Srivastava, à Désautels le dimanche

L’Overdose Prevention Society est née en septembre 2016, dans l’illégalité et dans l’urgence, alors que les sites d’injections légaux de la province n’arrivaient plus à faire face à la crise.

Les usagers ont tout d’abord été accueillis clandestinement pour s’injecter ou pour fumer sous la supervision de bénévoles à l’affût des surdoses. Mais, depuis quelques mois, finie la clandestinité. L’organisation a désormais pignon sur rue et a même été récompensée, l’automne dernier, par la ville de Vancouver pour services rendus.

Dans le cadre du programme de remplacement des opiacés High Hopes, Sarah Blyth propose depuis quelques mois des produits dérivés du cannabis. « High Hopes, c’est notre programme de médecine alternative, explique la cofondatrice de l'Overdose Prevention Society. Notre but, c’est d’offrir des options dans l’espoir d’éviter l’usage des drogues qui tuent les gens sur la rue. »

C’est en découvrant que certains vétérans utilisent la marijuana pour soigner leurs traumatismes que Sarah Blyth a eu l’idée d’offrir des joints, des muffins et des jujubes au cannabis. « Ça ne marche pas pour tout le monde, mais ceux pour qui ça fonctionne sont très chanceux », raconte-t-elle.

Sous la loupe des chercheurs

Des chercheurs du British Columbia Center on Substance Use surveillent de près le projet High Hopes. Dans un premier temps, ils ont l’intention de recueillir des données pour documenter l’utilisation de la marijuana à des fins thérapeutiques par les usagers du centre d’injection. Ils veulent tout d’abord savoir quel type de produits est consommé, et avec quels résultats. Mais leur objectif ultime est d’aller plus loin.

Pour l’épidémiologiste M.J. Milloy, le simple fait de documenter les travaux de Sarah Blyth et les bienfaits qu’en tirent les usagers de son centre d’injection est important pour faciliter la mise en place d’interventions qui ont fait leurs preuves pour réduire les surdoses fatales.

Selon lui, le cannabis pourrait être une arme de plus pour lutter contre ce qu’il considère comme étant la pire catastrophe de santé publique depuis la crise du SIDA.

Cette avenue commence également à être explorée par des producteurs de cannabis à des fins thérapeutiques, comme la société Hydropothecary dans l’Outaouais québécois.

Jusqu’à tout récemment, Terry Lake de Hydropothecary était ministre de la Santé en Colombie-Britannique. Et il considère aujourd’hui que le cannabis à des fins thérapeutiques peut jouer un rôle dans la crise des opioïdes.

« Une étude américaine révèle que le nombre de prescriptions d’opioïdes est moins élevé dans les états où le cannabis est légal. Et ça vaut aussi pour le nombre de décès par surdose », souligne-t-il.

À Vancouver, des résultats préliminaires montrent également que ceux qui suivent un traitement à la méthadone ou au suboxone persévèrent davantage s’ils utilisent en même temps du cannabis.

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