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Le carfentanil, cette drogue qui tue un nombre inconnu de Canadiens

Elle est 10 000 fois plus puissante que la morphine, elle sert à endormir des bisons et des éléphants et, depuis quelques mois, elle tue des hommes et des femmes, ici au Canada. Combien? On ne le sait pas encore. Aucun test assez performant n'a encore été développé pour détecter la présence de carfentanil dans le sang. Sauf en Alberta.

Entouré de bœufs musqués et de caribous sur un immense terrain près de Calgary, le professeur en médecine vétérinaire Nigel Caulkett explique toutes les précautions à prendre avant de faire une injection de carfentanil.

Des vêtements de protection, des gants et, à portée de main, de la naloxone, l’antidote en cas de contamination.

« Un millilitre de carfentanil, c’est assez pour endormir un bison », dit-il.

Nigel Caulkett a commencé à utiliser du carfentanil dans les années 80. Il s’en est servi pendant des années pour anesthésier des animaux quand il avait besoin de les déplacer ou d’effectuer différents tests.

Je sais à quel point cette drogue peut être dévastatrice. Le fait qu’on puisse maintenant se la procurer dans la rue, c’est terrifiant.

Nigel Caulkett, professeur en médecine vétérinaire, Université de Calgary

Pour l’instant, des policiers ont retrouvé du carfentanil dans les rues de quatre provinces canadiennes : en Colombie-Britannique, en Alberta, au Manitoba et, tout récemment, en Ontario.

La drogue, bon marché, arrive au Canada de pays comme la Chine.

Selon le détective de la police d’Edmonton, Guy Pilon, aucun consommateur de drogues ne cherche à acheter spécifiquement du carfentanil. Mais comme la substance est très puissante et peu coûteuse, elle est souvent mélangée à d’autres drogues ou opioïdes, avant d'être vendue.

Résultat : les utilisateurs ne savent même pas qu’ils en consomment. Et là, pour les chances de survie, c’est la roulette russe.

Impossible de connaître le nombre de morts

Pour l’instant, il est impossible d’établir l'ampleur des ravages du carfentanil au pays.

Seule l'Alberta a développé un test assez performant pour détecter la présence d’une infime quantité de drogue dans le sang.

Le test fonctionne depuis le début de l’automne et, pour l’instant, il a déjà permis de confirmer que 15 personnes avaient succombé au carfentanil dans la province.

Le toxicologue en chef de l'Alberta, Graham Jones, croit que ce nombre pourrait grimper en flèche, au fur et à mesure que d’autres cas de surdoses seront réexaminés.

On pourrait se rendre compte que des dizaines et des dizaines, et peut-être même une centaine de personnes sont mortes à cause du carfentanil.

Graham Jones, toxicologue en chef de l’Alberta

Et ça, ce n’est qu’en Alberta. En Colombie-Britannique, la province la plus touchée par la crise des opioïdes, un test devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines. Et là aussi, les résultats pourraient révéler un grave problème de santé publique.

« Il n’avait aucune chance de s’en sortir »

L’une des 15 victimes confirmées du carfentanil est Darrel Tchir, un jeune homme de 24 ans, père d’un petit garçon de trois ans.

Ses parents savaient qu'il consommait de la marijuana et quelques pilules de temps en temps, mais jamais de drogue aussi puissante que du carfentanil.

Ils ont entendu parler de la drogue seulement après sa mort en octobre. « Il n’avait aucune chance de s’en sortir », raconte sa mère Wendy, les larmes aux yeux. 

Trois semaines avant que Darrel ne fasse une surdose, je lui avais fait promettre de ne jamais toucher à du fentanyl et il m’avait juré qu’il n’en prendrait pas.

Wendy Fleming, mère de Darrel

Le 4 octobre, son fils a été trouvé mort dans la maison d’un de ses amis.

« Personne n’est à l’abri. Ça peut arriver à tout le monde », conclut-elle.

Avec la collaboration de Briar Stewart et de Terry Reith de CBC.

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