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Le chef autochtone qui veut redéfinir un traité centenaire

Le grand chef de la nation Mushkegowuk Jonathan Solomon est convaincu que ses ancêtres n'ont jamais consenti au Traité numéro 9 de la baie James dans sa forme écrite.

Un texte de Martine Laberge

L’air aguerrit et le sourire aux lèvres, le grand chef de la nation Mushkegowuk Jonathan Solomon sort de la salle où il vient de prononcer un discours de 45 minutes : « Ça ressemble plus à un sermon qu’à un discours! », avoue le grand chef.

L’allusion est intéressante. L’homme est convaincu de ce qu’il avance et il livre son discours avec une passion contagieuse.

Le descendant d’un des signataires

Le grand chef de la nation Mushkegowuk vient d’une longue lignée de chefs sur la côte ouest de la baie James. Son arrière-grand-père, Andrew Wesley, a signé le traité en inscrivant un x près de son nom le 3 août 1905 à Fort Albany.

Le grand chef Solomon s’est toujours questionné : pourquoi son arrière grand-père a simplement inscrit un X alors qu’il savait écrire son nom en syllabique : « Ça restera un mystère à tout jamais », déplore-t-il.

Une chose n'est cependant pas un mystère pour lui : la signification du traité, telle que comprise et transmise de génération en génération.

Les Autochtones allèguent que la version expliquée oralement par les représentants des gouvernements diffère en certains points de celle écrite, qu'ils ne pouvaient pas lire, car le texte était rédigé en anglais.

Le grand chef fait référence à une clause spécifique du traité, la clause selon laquelle le gouvernement peut disposer des terres selon ses besoins, par exemple en matière d’exploitation des ressources naturelles.

Jonathan Solomon se souvient des aînés de sa communauté, qui répétaient l’histoire de la signature chaque fois qu’ils en avaient l’occasion.

À un point tel que, durant des années, plusieurs faisaient la sourde oreille : « On avait de la difficulté à croire ce qu’ils nous racontaient. Un des impacts de la colonisation, c’est d’avoir miné la confiance en nos moyens et nos traditions. Il était plus facile de croire la version des autorités. »

Une découverte révélatrice

La découverte en 1995 du journal intime de Daniel MacMartin, un des commissaires qui a visité les communautés autochtones du nord de l’Ontario en 1905 et 1906, est un moment décisif dans la quête du grand chef Solomon pour faire reconnaître la version orale du Traité numéro 9.

Daniel MacMartin était l’un des trois commissaires représentant les gouvernements provincial et fédéral, responsables de présenter le traité aux peuples autochtones. Dans son journal, M. MacMartin décrit ce qu’il voit et entend lors des discussions.

Selon le Grand Chef Solomon, Daniel MacMartin ne fait jamais mention de la clause selon laquelle les Autochtones acceptent de renoncer aux terres revendiquées par le gouvernement pour ses besoins.

Il parle plutôt du droit des autochtones de continuer à pêcher et à chasser comme leurs ancêtres, sans jamais ajouter la phrase qui figurait pourtant dans le traité écrit et qui précisait que leur droit à la chasse et à la pêche pouvait être retiré selon les besoins du gouvernement.

Le journal de Daniel MacMartin contient aussi un autre élément central, selon le grand chef. « Le commissaire écrit clairement que les Autochtones ont accepté les termes de l’entente tels que dictée, et non tels qu’écrits », soutient Jonathan Solomon. Il s’agit selon lui d’une nuance très importante.

Quel impact?

Le grand chef Solomon affirme qu’il y a aujourd’hui un mouvement qui réclame la reconnaissance des termes du traité de la tradition orale.

Il croit que la découverte du journal vient confirmer l’autorité des Autochtones sur leur territoire et leur droit d’autoriser ou non le développement des ressources naturelles sur ce territoire.

La Nation Mushkegowuk a d’ailleurs entamé un processus de révision du traité avec le gouvernement provincial et espère que le gouvernement fédéral se joindra aux discussions : « La bataille est loin d’être gagnée », reconnaît le grand chef.

Mais pour Jonathan Solomon, les Autochtones sont sur la bonne voie en vue de faire respecter leurs droits et leur interprétation du traité.

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