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Le chef Giovanni Apollo visé par des allégations d’inconduite sexuelle

Sept personnes qui ont côtoyé le chef Giovanni Apollo ont témoigné d'un comportement inapproprié, que ce soit dans les restaurants ou sur des plateaux de tournage. On parle d'abus de pouvoir, de harcèlement sexuel, de propos vulgaires, ou encore d'intimidation. Trois d'entre elles disent aussi avoir subi des attouchements de nature sexuelle, ce que nie le principal intéressé.

Un texte de Pascal Robidas

Chef de renommée internationale, Giovanni Apollo est un homme d'affaires et une personnalité de la télé québécoise. Depuis une dizaine d'années, le public a pu le connaître comme restaurateur et comme collaborateur à des émissions qui ont été diffusées à ICI Télé, en plus d'avoir animé ses propres émissions à V Télé.

Radio-Canada a recueilli les témoignages de sept personnes qui ont demandé à ce que leur identité soit protégée. Nous avons choisi d’utiliser des noms fictifs. Elles disent avoir subi ou avoir été témoins d’un comportement inapproprié dans divers contextes professionnels.

Comportement douteux sur des plateaux

Il y a quelques années, Carolanne rêvait de faire carrière dans le milieu de la télévision. Selon son témoignage, Giovanni Apollo souhaitait lui présenter des gens du milieu. Quelque temps après avoir fait sa connaissance, elle affirme avoir subi des attouchements sur un plateau de tournage.

Tour à tour collaborateur, invité, animateur, Giovanni Apollo a participé à plusieurs émissions de cuisine à ICI Télé et V Télé.

Des témoignages font également foi de plusieurs épisodes de propos vulgaires, inappropriés et de nature sexuelle, tant dans les salles de maquillage que sur les plateaux de tournage. Ces comportements auraient été réguliers.

Une ancienne collaboratrice, Jolyanne, est encore dégoûtée de son expérience de travail.

« Je me souviens que c’était vraiment tous les jours. Ça n’arrêtait pas. Je me souviens d’une fois plus intense où il était entré dans la salle de maquillage. Il avait dit comment il prendrait en doggy style, comme une chèvre, la maquilleuse. Il expliquait son rêve. Tout le monde était là et c’était super malaisant. »

Une autre femme, Roxanne, qui a travaillé pour Giovanni Apollo, parle de harcèlement sexuel et d'abus de pouvoir. « Il prenait beaucoup de place. Il pouvait faire pleurer quelqu’un en l’engueulant pour ensuite te dire que t’étais juste bonne pour sucer. C’est psychologiquement difficile de te faire engueuler par ton animateur et ensuite de te faire dire 2-3 heures après des commentaires déplacés sur ton physique, des habitudes sexuelles, peu importe », renchérit Roxanne.

Un ancien membre de l'équipe de production d’une émission à laquelle participait Giovanni Appollo, Jean-François, affirme que la précarité d'emploi incitait les gens à se taire pour ne pas se mettre à dos l’animateur.

Des plaintes adressées à un producteur et à un diffuseur

Karlof Galovsky était producteur au contenu et au développement à V Télé quand Giovanni Apollo animait une émission à l'antenne. Il affirme à Radio-Canada avoir reçu plusieurs plaintes de nature sexuelle de la part de femmes qui travaillaient directement avec Giovanni Apollo. Elles réclamaient une intervention immédiate du diffuseur.

« J'avais offert aux plaignantes de rencontrer la haute direction avec l'animateur, mais elles ne voulaient pas. Tout ce que je pouvais faire, c'était d'en parler à mes supérieurs immédiats. J'en avais aussi parlé à l'équipe de production. Mais tout le monde avait peur de lui. Je ne pouvais pas aller plus loin », se souvient-il.

Une ex-productrice déléguée, France Racine, affirme avoir rapporté les agissements de Giovanni Apollo à ses patrons de la maison de production et au diffuseur V Télé, les jugeant suffisamment graves.

V Télé affirme d'ailleurs qu'elle a exigé du producteur des actions immédiates.

Tous les autres producteurs ou diffuseurs contactés - dont Radio-Canada - avancent n’avoir reçu aucune plainte de même nature.

Six animateurs d’émissions de télévision qui ont travaillé directement avec M. Apollo disent ne pas avoir été témoins d’agissements inappropriés de sa part.

D'autres plaintes de son personnel dans ses restaurants

Mélodie a travaillé pendant un an auprès du chef. « La seconde où j'entends son nom, ça me rappelle des mauvais souvenirs », indique-t-elle. Elle se souvient qu’à l’époque, à 21 ans, elle « se sentait vraiment bloquée et ne pouvait pas parler de ce qui se passait » parce qu’elle avait peur.

Elle dit avoir de nombreux souvenirs de gestes de nature sexuelle. Selon son témoignage, il essayait par exemple de l’embrasser dans l’ascenseur. « Quand on travaillait ensemble dans le même bureau, il tirait ma chaise pour mettre sa main sur mes cuisses », se souvient Mélodie.

Giovanni Apollo a ouvert son premier restaurant à Montréal en 2005, puis plusieurs autres par la suite. Il était jusqu’à tout récemment à la barre de La Buvette de la plage de l'Horloge et de la Cabane dans le Vieux-Montréal. Pendant toutes ces années, il a employé des centaines de personnes.

Selon deux autres témoignages, Giovanni Apollo ne se cachait pas pour commenter le physique de ses employées. On lui reproche également des gestes déplacés en milieu de travail.

« C’est une personne qui profite de l’intimité. Il [Giovanni] se permet plus, peut-être. Du moment que personne ne voit », affirme Noémie, qui a travaillé pour lui quelques années.

Elle dit avoir refusé catégoriquement une première fois ses avances, quand elle s'est retrouvée seule dans la voiture d'Apollo Giovanni qui avait insisté pour la raccompagner.

Le chef serait revenu à la charge quelques semaines plus tard, durant un quart de travail.

Sarah, qui a travaillé dans l'un des établissements qui a appartenu à Giovanni Apollo, allègue aussi des attouchements en milieu de travail. « Il a glissé sa main sous ma jupe. Je me retrouve avec la main de mon employeur dans mon entrejambe, sous ma jupe, pendant mes heures de travail. Je suis ébranlée. Je ne sais pas quoi en penser de tout ça », dit-elle.

Selon ce qu’on nous raconte, un climat de peur régnait dans les restaurants du chef Apollo. Sa forte personnalité, imprévisible et colérique, décourageait les employés qui voulaient dénoncer ses agissements.

Si les femmes étaient fréquemment harcelées, les hommes étaient régulièrement intimidés, affirme Éric, un ancien gestionnaire qui a travaillé pour l'un des établissements de Giovanni Apollo.

En 2012, Giovanni Apollo a été accusé de voies de fait sur un employé, Aymeric Halbmeyer. Trois ans plus tard, le restaurateur s’est engagé à garder la paix, il n’a donc pas eu de dossier criminel.

Dans les documents de cour que nous avons consultés, datés du 20 mai 2015, il est indiqué « que la victime a et avait des raisons de craindre pour sa sécurité ».

À la suite de la publication du reportage de Radio-Canada, M. Apollo a écrit sur son compte Facebook qu'il niait « formellement toute agression ou harcèlement de type sexuel » sur une employée « ou qui que ce soit ».

« J’invite donc toute personne qui ferait ce type d’allégation de porter plainte immédiatement à la police afin que la lumière soit faite et qu’aucun doute ne plane à mon sujet », a-t-il ajouté.

Acceptant de réagir à la caméra de Radio-Canada, le chef a répété essentiellement les mêmes propos, reconnaissant qu’il a fait « trop souvent, peut-être », des blagues grivoises et qu’il a « compris » qu’il « ne faut pas faire de ‘’jokes de cul’’, même en milieu de travail ». « Je deviens totalement beige », a dit M. Apollo.

Il a réitéré qu’il réfute catégoriquement la totalité des allégations de nature sexuelle recueillies auprès de nos sources et a invité une fois de plus ceux qui le souhaitent à se plaindre à la police « pour que, définitivement, on règle ça devant la justice ».

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