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Le « cimetière des ennemis », reposer face à sa patrie nord-coréenne

De petites pierres tombales, tournées vers le nord, marquent l'endroit où sont enterrés des soldats nord-coréens dans le « cimetière des ennemis », en Corée du Sud.

Il faut savoir où chercher pour arriver jusqu’à ce cimetière situé à Paju, à quelques kilomètres de la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Le panneau d’entrée est difficilement visible de l’autoroute. Il nous a fallu faire demi-tour, car nous étions passés tout droit.

Et ce jour-là, nous n’avons pas été les seuls à nous perdre. « Ça nous a pris pas mal de temps avant de trouver cet endroit », lance Lee Jeong-woo.

Elle est venue de Gimpo, une municipalité au nord de Séoul, accompagnée de son mari qui mitraille le site avec son appareil photo. Le cimetière accueille environ une centaine de visiteurs chaque mois. En déambulant entre les sépultures, Lee Jeong-woo soupire : « Ils étaient tous si jeunes, dans la vingtaine, peut-être la trentaine. Certains étaient même encore des adolescents! »

Plus de 700 soldats nord-coréens reposent à Paju. La plupart avaient combattu durant la guerre de Corée, qui a tué des millions de personnes de 1950 à 1953. Il y a aussi les dépouilles d’espions ou d’agents de la Corée du Nord. Comme celle du responsable de l’explosion du vol Korean Air 858, en 1987.

Seulement 40 morts sont identifiés. Les autres pierres tombales sont anonymes. Plusieurs surplombent en fait des fosses communes dans lesquelles on retrouve surtout des restes humains.

Obligation de sépulture décente

Le « cimetière des ennemis », situé tout près de la rivière Imjin bordée de barbelés et de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées, est unique en Corée du Sud. Il est divisé en deux lots. Il a été créé en 1996, quand Séoul s’est vu obligé de donner une sépulture décente aux soldats ennemis comme le stipule la Convention de Genève. Les corps étaient jusqu’alors enterrés un peu partout en Corée du Sud.

Un moine bouddhiste vient régulièrement, de son propre chef, prier pour le repos des âmes ici.

Des ennemis d'aujourd'hui... et de l'époque

Lee Jeong-woo explique qu’elle a entendu parler pour la première fois de ce cimetière, unique au pays et quelque peu confidentiel, il y a quelques années seulement, lorsque Séoul a commencé à remettre à Pékin les corps de soldats chinois enterrés à Paju.

Durant la guerre de Corée, la Chine s’était engagée auprès des Nord-Coréens face aux Sud-Coréens appuyés, eux, par les États-Unis.

Lee Jeong-woo se souvient avec effroi de ce conflit. Elle dit que ça lui fend le cœur d’y repenser et qu’elle ne cesse de répéter à ses fils qu’ils ne comprennent absolument pas l'horreur que c'était.

La Sud-Coréenne assure qu’elle compatit avec les Nord-Coréens. Elle enchaîne : « Si seulement le régime [de Kim Jong-un] cessait de préparer la guerre, nous, en Corée du Sud, on pourrait aider la population là-bas, notre pays se porte mieux depuis le conflit, et on pourrait vivre heureux des deux côtés ».

Et le bruit de bottes, provoqué par les tensions qui ont monté d'un cran dans la péninsule, l'inquiète surtout pour ses petits-enfants. L’un d’eux fera bientôt son service militaire qui est obligatoire au pays.

Les deux Corées sont toujours techniquement en guerre, depuis l'armistice de juillet 1953.

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