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Le comportement de Harper « indigne » de sa fonction, accusent Trudeau et Mulcair

Le premier ministre sortant, Stephen Harper, doit arrêter de brandir le niqab pour marquer des points politiques, a lancé son adversaire libéral, Justin Trudeau, mercredi matin.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

La veille, le chef conservateur a dit « examiner » la possibilité d'obliger les fonctionnaires à offrir des services publics à visage découvert s'il était réélu, laissant ainsi entendre qu'il pourrait aller plus loin que ce qu'il a promis jusqu'ici.

Interrogé sur ce scénario, M. Trudeau, qui faisait campagne à London, en Ontario, a condamné les propos de son adversaire.

« C'est un autre exemple qui montre que M. Harper fait tout ce qu'il peut pour détourner l'attention du fait qu'après 10 ans d'échec de son approche économique les Canadiens veulent du changement, a soutenu le chef libéral. Ses priorités ne sont pas à la bonne place. »

Une position partagée par le Nouveau Parti démocratique, qui a accusé le premier ministre sortant, au-delà de la question du niqab, d'avoir un style de gouvernance visant à opposer les Canadiens les uns aux autres. C'est un « comportement indigne d'un premier ministre », a lui aussi jugé le chef de la formation, Thomas Mulcair.

Évoquant la loi issue du projet C-24, qui permet de révoquer la citoyenneté de certains criminels ayant une double nationalité, il a accusé son rival de « faire campagne sur le dos des minorités ».

« Le rôle d'un premier ministre est de bâtir des ponts d'un groupe ethnique à l'autre, d'une province à l'autre, d'une religion à l'autre, a-t-il soutenu. Stephen Harper ne fait que nous rappeler pourquoi il ne mérite pas d'être premier ministre du Canada ». Il « continue de se livrer à un jeu dangereux, qui divise, pour tenter de faire oublier son bilan », a jugé M. Mulcair.

Le Bloc québécois a lui aussi critiqué la position des conservateurs dans ce dossier, mais pour des raisons fort différentes. Cela relève de « l'opportunisme pur et total », a déclaré Gilles Duceppe, relevant que le gouvernement Harper avait eu « quatre ans pour régler » la question en déposant un projet de loi, mais qu'il ne l'avait pas fait.

Si le Parti conservateur le propose maintenant, c'est pour « marquer des points », a-t-il affirmé, « pas par principe ».

Les conservateurs martèlent leur message

Dans l'entretien accordé mardi à CBC, Stephen Harper a cité le Québec en exemple et évoqué le projet de loi stipulant que les services gouvernementaux dans la province devaient être offerts et reçus à visage découvert, déposé à l'Assemblée nationale en juin dernier.

En point de presse, il a répété ses propos de la veille, prenant la peine à deux reprises, en autant de phrases, de souligner que l'initiative législative québécoise était issue d'un gouvernement libéral.

« Le gouvernement du Québec - le gouvernement libéral du Québec - a déposé un projet de loi devant l'Assemblée nationale, qui demande qu'on révèle l'identité quand on livre ou on reçoit des services publics, c'est aussi simple que ça », a-t-il rappelé.

Stephen Harper a également affirmé que son gouvernement disait « la même chose depuis des mois maintenant ».

En mars dernier, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, avait pourtant exclu d'interdire aux fonctionnaires fédéraux de porter le niqab. Le seul critère, avait-il dit, est d'être « capables de faire le travail ». On ne peut pas imposer une telle interdiction dans la vie privée ou même dans un milieu de travail, avait-il ajouté.

L'Alliance de la fonction publique du Canada estime qu'une telle interdiction contreviendrait aux conventions collectives et à la Charte des droits et libertés. Le syndicat, qui représente la majeure partie des fonctionnaires fédéraux, y voit une tentative de détourner l'attention des compressions budgétaires, qui, elles, ont eu des conséquences fâcheuses pour « des millions de Canadiens ».

Quoi qu'en disent leurs rivaux, les conservateurs n'entendent pas changer de stratégie. Peu après l'appel de Justin Trudeau, ils mettaient en ligne sur YouTube une série de trois publicités accusant le chef libéral d'être« déconnecté des valeurs et priorités des Québécois ». L'une d'entre elles cible spécifiquement la position du chef libéral sur le niqab. « Justin juge que la majorité des Québécois n'a pas raison », peut-on y lire.

Les conservateurs, qui contestent un jugement de la Cour d'appel fédérale sur la validité d'une directive interdisant le niqab, ont également annoncé qu'ils déposeraient, dans les 100 jours suivant leur éventuelle réélection, un projet de loi interdisant la prestation du serment de citoyenneté avec le visage couvert.

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