Alors que des pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles syriens se sont ouverts lundi à Genève, l'UNICEF souligne l'ampleur des traumatismes subis par les enfants du pays depuis le début de la guerre, il y a cinq ans.

Dans un rapport intitulé Pas de place pour les enfants,  publié lundi, l'agence de l'ONU pour l'enfance souligne qu'un enfant syrien sur trois est né après le début du conflit.

Ce sont donc 3,7 millions d'enfants syriens qui vivent les affres de la guerre depuis leur naissance. Parmi eux, 151 000 sont nés en tant que réfugiés dans un pays voisin, comme la Turquie, le Liban ou la Jordanie.

L'UNICEF dit avoir recensé 1500 violations graves commises contre des enfants en 2015, dont 60 % concernent des cas de meurtres et de mutilations causés par l'utilisation d'armes explosives dans des zones peuplées. Un tiers de ces enfants sont morts alors qu'ils étaient à l'école, s'y rendaient ou en revenaient.

Le taux de fréquentation scolaire atteint désormais son plus bas niveau : 2,8 millions d'enfants syriens ne plus scolarisés, dont 700  000 se trouvent dans des pays voisins.

L'agence de l'ONU affirme que les enfants recrutés par l'un ou l'autre des belligérants sont de plus en plus jeunes. La moitié d'entre eux avait moins de 15 ans l'an dernier, alors que cette proportion était de 20 % en 2014.

Qui plus est, ces combattants occupent souvent des postes dangereux au front, alors que ceux recrutés lors des premières années du conflit, souvent âgés de 15 à 17 ans, étaient principalement confinés à des rôles de soutien.

Aujourd'hui, ils sont chargés de transporter et d'entretenir les armes ou sont assignés à des points de contrôle, quand ils ne deviennent pas tireurs d'élite ou bourreaux, comme se plaît à le montrer le groupe armé État islamique.

Au total, 8,4 millions d'enfants, soit 80 % des enfants syriens, sont touchés d'une manière ou d'une autre par la guerre civile et sont dans le besoin, qu'ils se trouvent toujours sur le territoire syrien ou dans un pays limitrophe.

« Cinq années de guerre ont laissé une génération entière d'enfants déracinés, en danger, et dans l'incertitude quant à leur avenir et à l'avenir de leur pays », mentionne le président et chef de la direction d'UNICEF Canada, David Morley.

L'UNICEF, dit-il, demande aux belligérants de « mettre fin aux attaques contre les établissements scolaires et les centres de santé, et de laisser les [...] travailleurs humanitaires venir en aide à ceux et celles qui en ont le plus besoin ».

« Nous demandons également à la population canadienne de continuer de faire preuve de compassion afin de nous assurer que la situation ne sera pas la même dans cinq ans, ni même dans un an. »

L'UNICEF affirme n'avoir reçu que 6 % des fonds demandés pour 2016 afin de venir en aide aux enfants syriens.

Les négociations reprennent à Genève

Le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a ouvert lundi un nouveau cycle de pourparlers intersyriens. Il a rencontré le négociateur en chef du régime de Damas, Bachar al-Jaafari, et doit faire de même mardi avec l'opposition regroupée au sein du Haut Comité de négociations.

« La mère de toutes les questions » consiste à trouver un accord sur une transition politique, a-t-il résumé. Le noeud gordien de ces négociations constitue le sort réservé au président Bachar Al-Assad; le régime n'entend pas négocier à ce sujet, alors que pour l'opposition, il s'agit d'une condition sine qua non à tout accord.

Selon M. de Mistura, les négociations visant à aboutir à une feuille de route doivent se dérouler en trois périodes distinctes. Celle qui s'ouvre aujourd'hui doit se terminer autour du 24 mars et sera suivie d'une pause de 7 à 10 jours. Une seconde ronde de deux semaines aura ensuite lieu, avant une nouvelle pause qui en précédera une troisième.

« D'ici là, nous pensons que nous aurons au moins une feuille de route claire. Je ne dis pas un accord, mais une feuille de route claire, parce que tel est ce que les Syriens attendent de nous », a déclaré M. de Mistura.

Selon M. de Mistura, le seul « plan B » à ces négociations est une reprise de la guerre. « Si durant ces discussions et les prochaines séries nous ne voyons aucune volonté de négocier, nous renverrons la question auprès de ceux qui ont de l'influence, c'est-à-dire la Fédération de Russie, les États-Unis et le Conseil de sécurité », a-t-il dit.

Entre-temps, l'ONU a annulé lundi la livraison d'aide à quatre villes assiégées en Syrie - soit Madaya et Zabadani, assiégées par les forces du régime, ainsi que Foua et Kafraya, encerclées par les rebelles - en raison de problèmes de sécurité, selon le Comité international de la Croix-Rouge.

Selon l'ONU, 240 000 Syriens ont reçu de l'aide humanitaire depuis le début de la trêve, le 27 février.

161 attaques à l'arme chimique répertoriées

Selon l'Association médicale américano-syrienne, des armes chimiques ont été utilisées au moins 161 fois depuis le début du conflit syrien, faisant 1491 morts et 14 581 blessés. Parmi ces attaques, 69 ont eu lieu l'an dernier.

L'organisation, qui dit s'appuyer sur des rapports et des témoignages de médecins et de travailleurs de la santé en Syrie, a recensé 131 autres attaques chimiques possibles, sans avoir réussi à les étayer.

Elle soutient aussi que 77 % des 161 attaques répertoriées ont eu lieu après l'adoption de la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a mis sur pied un cadre de travail pour détruite l'ensemble des armes chimiques déclarées par le gouvernement syrien.

L'association médicale rapporte également que 58 attaques au chlore, soit 36 % de toutes les attaques à l'arme chimique recensées, ont eu lieu après l'adoption de la résolution 2209 du Conseil de sécurité, qui condamne leur utilisation.

L'organisation, qui soutient 1700 travailleurs médicaux dans une centaine de cliniques en Syrie, affirme que son rapport est le plus complet à porter sur le sujet jusqu'ici. Elle dit avoir fait part de ses conclusions à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

L'Association médicale américano-syrienne demande au Conseil de sécurité et à la communauté internationale de trouver les auteurs de ces attaques et de les traduire devant la Cour pénale internationale.

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