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Le congédiement de l'entraîneur-chef d'Athlétisme Canada continue de faire jaser

Athlétisme Canada a causé une certaine surprise au début du mois de décembre en relevant de ses fonctions son entraîneur-chef, celui sous qui le pays venait d'enregistrer les meilleurs résultats olympiques de son histoire.

Un texte de Jean-François Chabot

Sous la férule de Peter Eriksson, le Canada a obtenu sa meilleure récolte dans des Jeux olympiques non boycottés, soit six médailles. Ce qui lui a été reproché ne touche pas les résultats, mais plutôt la manière de conduire les opérations.

Rencontré à la veille du Grand Prix d'athlétisme de Montréal, le coordonnateur des communications de la Fédération québécoise d’athlétisme, Laurent Godbout, n’a pu que constater le choix d’Athlétisme Canada.

« Une évaluation a été faite par Athlétisme Canada, qui a interviewé au-delà de 120 personnes directement engagées dans des processus avec M. Eriksson. À la sortie de cette évaluation, les gens d’Athlétisme Canada ont pris leur décision. Ce n’est pas à moi de juger si la décision est bonne ou mauvaise. »

Godbout s’empresse de dire que ses relations professionnelles avec Eriksson ont toujours été cordiales.

« Ce que je peux dire, c’est que dans mes relations avec M. Eriksson, il n’y a jamais eu de problèmes. Est-ce que des entraîneurs ou des athlètes ont eu des choses à dire là-dessus? Ça, c’est un autre point de vue. »

Certaines personnes rencontrées ont affirmé hors micro qu’Eriksson avait tendance à y aller avec de gros sabots tout en s’attribuant la paternité des succès. À trop vouloir tirer la couverture de son bord, on peut se faire des ennemis.

« N’empêche que l’équipe canadienne a très bien paru à Rio. Mais il ne faudrait pas tout attribuer au travail de M. Eriksson, ni que c’est totalement attribuable à d’autres facteurs. C’est une combinaison de facteurs qui a conduit à la réussite du Canada à Rio. Il y aura, on l’espère, d’autres bons résultats au cours des quatre prochaines années d’ici les Jeux de Tokyo 2020 », a renchéri M. Godbout.

Ce dernier y est ensuite allé d’une allusion à peine voilée pour justifier le renvoi d’Eriksson qui, soit dit en passant, s’est déjà trouvé une nouvelle niche avec le programme À nous le podium.

« Athlétisme Canada a choisi d’aller dans une autre direction. C’est son choix. C’est un peu comme une équipe de hockey. Il y a parfois des équipes qui sont au 1er rang et qui congédient leur entraîneur. Le Canada est la 8e nation mondiale en athlétisme, et Athlétisme Canada a pensé qu’il serait possible de faire mieux avec une autre structure et avec d’autres personnes en place. »

Le point de vue des athlètes

Ceux avec qui il a été possible d’aborder le sujet n’ont pas semblé vouloir trop se mouiller. Ou bien les décisions se prenaient trop loin au-dessus de leur tête, ou bien leurs préoccupations ne dépassent pas leur quête de résultats personnels.

Charles Philibert-Thiboutot, spécialiste de 1500 m, s’est quand même dit surpris par le renvoi d’Eriksson.

« C’est surprenant. Je pense qu’il avait beaucoup aidé dans le cycle olympique pour développer un programme de soutien financier aux athlètes. Mais c’est sûr que Peter est une personne qui n’a pas la langue dans sa poche. Il n’était pas la personne la plus politically correct. Il disait son point de vue haut et fort. Malheureusement, il y avait des gens qui n’étaient pas à l’aise avec ça. »

Philibert-Thiboutot estime malgré tout qu’Eriksson a fait du bon boulot au sein d’Athlétisme Canada et qu’il a sûrement sa place comme gestionnaire des ressources de financement avec À nous le podium.

Annie Leblanc, spécialiste du demi-fond, est étonnée par le changement de structure et de direction à Athlétisme Canada. Cette diplômée de l’Université de l’Oregon (NCAA) pense qu’il faut donner une chance au coureur. « Après tout, ces gens-là doivent savoir ce qu’ils font. Personnellement, j’aime mieux rester en dehors de tout cela et laisser le programme aller de l’avant. »

Même son de cloche de la part de la sprinteuse Farah Jacques.

« Personnellement, ça ne me touche pas trop. Je trouve que c’est partout pareil. Ça change tout le temps. On change de directeur ou de personnel. Mais c’est aussi pour nous une occasion de voir la façon de voir d’une autre personne. Peut-être que cette façon de faire sera meilleure pour nous », a admis la spécialiste du 200 m.

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