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Le cri du coeur d'un exportateur face au protectionnisme américain

Les douanes américaines n'ont pas attendu Donald Trump et ses idées pour resserrer les frontières. En ce jour de sommet des « trois amigos », c'est ce protectionnisme que déplore Claude Helwani, propriétaire de Tricots Liesse. Il dénonce l'inaction d'Ottawa dans ce dossier, qui lui coûte cher, et craint le pire pour son usine de tricot circulaire, la dernière du genre au Canada, et ses 180 employés.

Un texte de Sophie Langlois

Depuis quelques années, les douanes américaines imposent parfois le plein tarif à des marchandises pourtant jugées exportables en vertu de l'ALENA, donc sans tarif, par le gouvernement canadien. C'est exactement ce qui s'est passé pour des marchandises expédiées par Tricots Liesse, à qui les autorités douanières américaines réclament 8 millions de dollars.

Claude Helwani travaille au sein de cette entreprise du quartier Notre-Dame-de-Grâce depuis 1969. Il a tout fait dans l'usine avant de devenir associé en 1983, puis propriétaire en 1991.

L'homme d'affaires montréalais n'a jamais demandé de subvention. Il a construit une nouvelle usine de teinture en 1998, puis l'a agrandie quelques années plus tard pour intégrer la fabrication du tricot. Le tout sans aide.

Les accords de libre-échange avec les États-Unis, et ceux ensuite avec le Mexique, ont fait exploser les ventes de l'entreprise, qui atteignaient 70 millions de dollars en 2004.

Tricots Liesse a réussi à survivre aux invasions de produits asiatiques bon marché en optant pour la qualité, plutôt que pour la quantité. Elle a fait du tissu haut de gamme pour maillots de bain et vêtements de sport, par exemple.

Aujourd'hui, 90 % de sa production est exportée aux États-Unis et 180 personnes travaillent dans cette usine de tricot circulaire, qui est la dernière du genre au Canada.

Des problèmes à compter de 2010

En 2010, une erreur sur un formulaire d'exportation freine son élan. « Tout d'un coup, les douanes américaines ont décidé de me faire la vie très, très, très difficile », affirme-t-il.

Pour exporter sous l'ALENA, la marchandise doit être 100 % nord-américaine.

Le textile jouit toutefois d'une exception. Si le fil de viscose, par exemple, doit être acheté en Chine parce qu'il n'est presque plus produit en Amérique du Nord, on peut exporter le tissu avec un formulaire différent, surnommé « TPL » pour Tariff Preference Levels.

En 2010, Tricots Liesse reconnaît, de bonne foi, s'être parfois trompée de formulaire. L'exportateur fait les corrections pour l'année ciblée et prend l'initiative de corriger aussi les quatre années précédentes.

Après avoir mené sa propre vérification, le gouvernement canadien délivre les certificats d'admissibilité à l'ALENA pour les cinq années concernées, de 2006 à 2010. Mais les douanes américaines les rejettent et réclament le plein tarif, rétroactivement, pour quatre des cinq années.

Tricots Liesse, qui évalue son erreur à 40 000 $ sur cinq ans, est maintenant poursuivie pour 6,7 millions de dollars américains, soit 8 millions de dollars canadiens.

« Comment peuvent-ils me taxer comme si mon tissu vient de la Chine? Il ne vient pas de la Chine, il est fait au Canada. Il a été tricoté et teint à Montréal, donc il rencontre les statuts et les termes de l'ALENA », s'insurge M. Helwani.

Tricots Liesse bafouée, selon un avocat

Vincent Routhier, un avocat spécialisé dans le droit international et les droits de douane, est d'accord avec M. Helwani. « Tricots Liesse est bafouée par l'interprétation restrictive des douanes américaines », soutient l'expert.

« L'exportateur est bafoué par des décisions des douanes américaines qui ne reconnaissent pas le système des TPL », déclare-t-il.

Pour l'avocat, c'est une façon de restreindre la portée de l'ALENA, car cela limite l'accès aux marchés américains. M. Routhier croit que, dans les mêmes circonstances, une société américaine serait mieux traitée par les autorités canadiennes et mexicaines, ce qui crée un « défaut de réciprocité ».

L'espoir de voir les libéraux au pouvoir

Claude Helwani espérait qu'avec l'élection des libéraux, il aurait une oreille plus attentive à Ottawa. Mais depuis six mois, il n'a même pas eu d'accusé de réception.

Il profite de la tenue du Sommet des leaders nord-américains pour demander à Ottawa d'intervenir auprès de Washington.

« On ne vient pas demander de l'aide financière. On ne demande absolument rien. Ça ne vous coûte rien de parler à Obama. Mais si on mettait 180 personnes au chômage, ça va vous coûter beaucoup plus. Mais on ne veut pas faire ça », affirme M. Helwani, ajoutant que cela le détruirait de devoir aujourd'hui arrêter de travailler dans cette usine après y avoir consacré de nombreuses années de sa vie.

La réponse du gouvernement Trudeau

Radio-Canada aurait aimé savoir ce que fait le gouvernement canadien quand les certificats d'admissibilité à l'ALENA qu'il délivre sont rejetés par les douanes américaines.

La ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, refuse depuis le 20 juin de répondre à nos questions sur ce protectionnisme américain.

Après une semaine d'attente, son bureau nous a envoyé une réponse. « Le gouvernement du Canada est activement engagé dans la recherche de solutions pour résoudre ce problème avec l'administration américaine », a-t-il répondu.

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