On apprenait cette semaine que près de 900 travailleurs employés dans les pharmacies auraient perdu leur emploi à la suite des compressions de 400 millions de dollars sur trois ans ordonnées par Québec. Le ministre de la Santé a rétorqué que c'était faux, arguant qu'il s'agissait en fait d'une opération de relations publiques de la part des pharmaciens. Mais qu'en est-il sur le terrain?

Un texte de Louis-Philippe OuimetTwitterCourriel

Il y a six ans, la pharmacienne Judith Choquette a acheté avec ses économies une pharmacie de Longueuil. À la suite des récentes compressions imposées aux honoraires des pharmaciens par le gouvernement québécois, elle affirme qu'elle doit maintenant composer avec un manque à gagner de 100 000 dollars par année.

Judith Choquette a dû réduire ses heures d'ouverture et fermer boutique le dimanche. Elle a aussi congédié des membres de son personnel. « Il y a un commis de plancher qui était à temps partiel [...] et une technicienne qui travaillait une vingtaine d'heures par semaine que j'ai dû remercier... Il y a aussi un livreur à temps partiel. Et tous mes autres employés ont eu une réduction de leurs heures de travail », explique-t-elle.

La pharmacienne affirme que 100 000 dollars constituent une somme importante par rapport à son chiffre d'affaires.

L'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) répète que dans la foulée des compressions décrétées par le gouvernement Couillard, il s'est perdu des centaines d'emplois dans les pharmacies de la province. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a rejeté ces chiffres cette semaine, ce qui offense l'AQPP.

« C'est insultant pour les pharmaciens parce qu'ils le vivent tous les jours. C'est insultant aussi pour les gens qui ont perdu leur emploi », déplore Jean Bourcier, vice-président exécutif et directeur général de l'Association.

Des ristournes des pharmaceutiques?

Afin d'atténuer l'impact des compressions, Québec s'est engagé à lever le plafond des ristournes versées aux pharmacies par les compagnies de médicaments génériques, ce qui n'a pas encore été fait. Les pharmaciens mettent donc de la pression pour que cette mesure entre en vigueur.

Le ministre Barrette a décliné notre demande d'entrevue sur le sujet.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir, qui est aussi médecin, pense que les pharmaciens devraient être mieux rémunérés, mais pas avec des ristournes venant de pharmaceutiques. « Ce dont on a besoin, c'est de mettre fin aux ristournes, parce que les ristournes, et je pèse mes mots, c'est des pots-de-vin qu'on verse aux pharmaciens », affirme-t-il.

Pour l'instant, les pharmaciens n'envisagent pas de refiler la facture aux clients en augmentant le prix des médicaments. Ils souhaitent plutôt renégocier leurs honoraires avec le gouvernement du Québec.

L'AQPP n'écarte pas certains moyens de pression.

Plus d'articles

Commentaires