Six ans après la promesse du Québec de doter toutes les classes des écoles publiques de tableaux numériques interactifs (TNI), de nombreux enseignants n'y ont toujours pas accès et ils ne peuvent pas utiliser le nouveau matériel pédagogique.

Un texte de Marie-France Bélanger

Deux jeunes enseignantes qui exercent le métier depuis quelques années ont accepté de nous parler de leur quotidien sans TNI. Toutes deux sont titulaires d’une classe et travaillent dans une école primaire en milieu défavorisé de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Elles préfèrent qu’on ne révèle pas leur identité parce qu’elles sont en début de carrière et qu’elles ont pris l’initiative de nous parler sans demander d’autorisation.

Les deux jeunes femmes ont été étonnées de constater que leur classe n’était pas équipée de TNI. « La formation des enseignants à l'université se fait avec les TNI. Donc on apprend à enseigner avec cet outil-là », dit l’une d’elle.

Ces deux jeunes enseignantes ont dû se replier vers les méthodes plus traditionnelles, comme le papier, le crayon et le tableau vert. « On n'a aucun accès à internet, à des vidéos », se désole-t-elle. L’absence de TNI les prive aussi de nouveau matériel pédagogique. « Toutes nos maisons d'édition construisent le matériel en fonction qu'on va avoir un TNI. Donc, tout ça, moi, je ne peux pas l'exploiter en tant qu'enseignante ».

L’une d’elles raconte qu’elle est réduite à « quêter » les TNI de ses collègues lorsque les élèves de celle-ci sont occupés à faire autre chose. Par ailleurs, les jeunes femmes soulignent que l’absence de TNI les empêche d’utiliser une foule de ressources. « On est donc obligés de construire nous-même notre matériel à partir de ce qu’on trouve à l’école... souvent des vieilleries », dit l’une d’elle.

À leur avis, leurs élèves, tout particulièrement ceux qui ont des difficultés d’apprentissage, sont désavantagés par la situation. « Le TNI est une façon de soutenir l’apprentissage de ces élèves », soutient l’une des enseignantes. « Il y a tout un aspect du monde qu'ils ne peuvent pas voir. Ils sont pénalisés par rapport à d'autres. »

Des cas qui ne sont pas isolés

Leur cas n’est pas unique à la CSDM : 40 % des classes ne sont pas équipées. Ce pourcentage est plus élevé que la moyenne provinciale, qui est de 20 %, selon le ministère de l’Éducation. Comme la CSDM compte environ 7000 enseignants, c’est donc dire que plusieurs centaines d’entre eux sont dans la même situation que les deux jeunes femmes interviewées.

La CSDM explique ce taux d’implantation par les conditions particulières à la CSDM, notamment la présence d'amiante et de tableaux noirs patrimoniaux ainsi que la liberté laissée aux écoles pour acheter d'autres types de technologies.

À quand un TNI?

Les deux jeunes enseignantes que nous avons rencontrées rêvent d'obtenir un TNI prochainement. Mais elles ne se bercent pas d’illusions. Leur école ne fera l’acquisition que d’un seul tableau numérique. « Si un tableau est acheté chaque année, ça peut prendre 5, 6, 7 ans pour équiper toutes les classes de l'école ».

En plus, elles expliquent qu’il y a moins d’engouement au sein de leur établissement pour acheter des TNI, compte tenu de leur coût d’acquisition et d’entretien.

Réactions

Le vice-président de l'Alliance des professeurs de Montréal, Martin Bibeau, dit n’avoir reçu qu’une seule plainte d’enseignant au sujet de l’absence de TNI dans leur classe.

« Ou bien les gens sont satisfaits ou bien ils ne savent pas qu’ils peuvent nous interpeller », dit-il.

L’Alliance, qui ne défend pas l’idée d’un TNI par classe, invite cependant les enseignants qui souhaitent obtenir un tel outil à faire connaître leurs besoins à leur direction, comme prévu par la convention collective.

« Il faut interpeller la direction par la voix du comité de participation des enseignants aux politiques de l’école, prévu dans notre contrat de travail. Il y a un espace pour influencer les décisions », dit-il.

De son côté, la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, précise que les acquisitions de TNI se poursuivent en vertu de budget consacré aux achats informatiques. Mais elle ne peut préciser si un jour toutes les classes en seront équipées et si oui, quand.

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