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Le départ de Pierre Moreau, numéro 2 des libéraux, laisse un vide

La malchance joue un rôle, parfois un grand rôle dans le succès d'un gouvernement. C'est pourquoi le départ subit de Pierre Moreau - que tout le monde souhaite le plus court possible - laisse le gouvernement Couillard affaibli au moment où il espérait justement se relancer.

Une analyse de Michel C. Auger animateur de Midi info

Ce n'est pas pour rien qu'on avait envoyé le pompier en chef du gouvernement à l'Éducation. Le premier ministre reconnaissait qu'on avait trop coupé en éducation et qu'il fallait réinvestir sans quoi on risquait de voir les chaînes humaines et autres manifestations de grogne se multiplier.

M. Moreau avait aussi d'autres qualités. Il était devenu, avec le temps, le véritable numéro deux du gouvernement. Une force tranquille à la table du Conseil des ministres, qui livrait la marchandise quand on lui confiait des dossiers explosifs comme la réforme des pensions, mais qui pouvait également calmer le jeu quand cela était nécessaire.

C'est une présence comme la sienne qui donnait assez de sécurité au premier ministre pour prendre certains risques, comme de nommer une verte recrue comme Dominique Anglade au poste stratégique de ministre de l'Économie.

Mais ses réactions aussi maladroites que trop optimistes à la vente de Rona ou à l'abandon des poursuites contre Air Canada et en faveur des anciens employés d'Aveos ont vite montré combien ce risque était grand.

C'est d'autant plus évident qu'on dirait que depuis le début de 2016, le gouvernement se fait malmener sur presque tous les dossiers : l'aide à Bombardier, Aveos, Air Canada, sans oublier Rona, Pétrolia et Anticosti.

Quand le premier ministre lui-même semble faire peu de cas d'un contrat valide et signé en bonne et due forme, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça fait désordre.

Avec le résultat qu'il ne se passe pas une journée sans que l'opposition - tous partis confondus - trouve une nouvelle raison de tirer à boulets rouges sur un gouvernement qui semble soudain avoir du mal à se donner un message cohérent.

Tout ceci avait commencé bien avant la maladie de M. Moreau. Mais il reste que le premier ministre ne croit pas pouvoir compter sur une grosse réserve de talent sur l'arrière-ban du Parti libéral. Pour relancer le gouvernement, il a donc dû appeler à la rescousse des anciens adversaires de l'ADQ ou de la CAQ et même certains ministres laissés de côté et qui ont repris du service.

Et pour remplacer M. Moreau, on a donc Sébastien Proulx, fort de trois semaines d'expérience à la tête d'un ministère qui se voit confier l'Éducation, tout en gardant ses responsabilités à la Famille.

Personne ne doute du fait que M. Proulx ait un talent naturel pour la politique. Il l'avait amplement démontré dans son court passage comme leader parlementaire de l'ADQ en 2007-2008. Mais de là à se faire confier le deuxième plus important budget de l'État moins d'un mois après avoir accédé au Conseil des ministres en dit long sur le talent que M. Couillard voit dans son caucus.

Le gouvernement Couillard 2.0, issu du remaniement, devait nous conduire dans la partie la plus facile du mandat - celle où l'austérité fait place aux « vallées verdoyantes des excédents budgétaires ».

En lieu et place, on a nettement l'impression d'un gouvernement qui est moins solide qu'avant et qui aura donc plus de mal à résister aux tirs groupés de l'opposition.

Un seul joueur qui manque ne peut certainement pas expliquer l'ensemble de la situation. Mais sans dire que le gouvernement Couillard a l'air du Canadien sans Carey Price, il reste qu'en politique comme dans le sport, il y a de ces joueurs, comme Pierre Moreau, qui sont bien difficiles à remplacer.

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