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Le dernier présumé criminel de guerre nazi au pays

Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Canada n'a plus qu'un seul dossier de criminels de guerre nazis allégués. Il s'agit d'Helmut Oberlander, qui s'est vu retirer la citoyenneté canadienne pour une quatrième fois il y a quelques semaines.

Un texte de David Savoie, à Désautels le dimanche

C’est en 1995 que le gouvernement canadien a tenté pour une première fois de retirer la citoyenneté canadienne à Helmut Oberlander.

Fin juillet, soit 22 ans plus tard, le Canada lui a retiré sa citoyenneté pour une quatrième fois, et l'homme compte faire appel.

Helmut Oberlander était membre d'un Einsatzkommando, un groupe d'extermination dans les territoires occupés qui est en partie responsable de la mort de plus de 2 millions de personnes, principalement des juifs. Il dit avoir été interprète entre 1941 et 1943 et assure n'avoir jamais participé aux assassinats.

Son avocat, Ronald Poulton, croit en l'innocence de son client.

« Il avait 17 ans quand une unité allemande est venue dans sa région de ce qui était l'Ukraine, et il a été forcé de se joindre à eux en tant que traducteur et c'est tout ce qu'il a fait », soutient l’avocat. Il affirme qu’il n’y a jamais eu de preuves qu'Helmut Oberlander a pris part à des crimes de guerre.

Justice Canada confirme que ce cas est le dernier à être traité en lien avec des crimes qui auraient été commis durant la Seconde Guerre mondiale.

« Ce dossier et tout le reste de la trentaine de dossiers montrent un effort énorme, où les autorités canadiennes ont agi avec une détermination décisive pour prendre toutes les mesures possibles », affirme le directeur de la Section canadienne sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, Terry Beitner.

Depuis les années 80, la section qu'il dirige s'est penchée sur plus de 1850 dossiers. Des démarches juridiques ont été entreprises dans une trentaine de cas. Quatre personnes ont fait face à des accusations criminelles au Canada et une autre a été extradée.

« Le dernier chapitre »

« Oberlander est probablement le dernier chapitre du livre noir des criminels nazis au Canada, affirme Richard Marceau, conseiller politique principal du Centre consultatif des relations juives et israéliennes. Pour cette raison, dit-il, il faut montrer que tous les criminels de guerre nazis, tous ceux qui ont commis ou qui ont été associés à des crimes de guerre ou à des crimes contre l’humanité n’ont pas leur place au Canada. »

Pour Sidney Zoltak, un survivant de l’Holocauste, il s’agit, avec ce dernier cas, d’obtenir une certaine forme de justice. « Je ne pense pas qu’on peut attendre un résultat juste, c’est trop tard pour ça », explique-t-il. L’homme de 86 ans, qui est arrivé au Canada en 1948, voudrait tout de même avoir des explications du gouvernement ou encore des excuses.

Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu'est-ce que l'histoire retiendra des efforts du Canada pour chasser les criminels de guerre du pays?

L'historien Frank Chalk, de l'Université Concordia, a travaillé sur la question des génocides et de l'Holocauste.

« Nous, les Canadiens, avons raté une occasion de créer une dissuasion future contre les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre, les futurs génocides par notre échec à poursuivre de façon vigoureuse les criminels de guerre qui vivent chez nous. Je crois que je peux dire, avec une certaine autorité, que lorsque des tueurs potentiels savent qu'ils vont être poursuivis jusqu'au bout du monde, ils y pensent à deux fois avant de commettre ces actions », soutient l’historien.

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