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Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, est suspendu

Québec suspend le chef du Service de police de la Ville de Montréal, Philippe Pichet, et nomme Martin Prud'homme à titre d'administrateur temporaire et de directeur intérimaire du SPVM. Il sera « chargé de redresser la situation qui met en péril le bon fonctionnement du SPVM ».

Un texte de Justine Boutet

M. Prud'homme, qui est présentement directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), entreprend son nouveau mandat dès maintenant, et ce, jusqu'au 31 décembre 2018.

Philippe Pichet, lui, est suspendu avec salaire.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a pris ces décisions à la lumière des conclusions du rapport du commissaire Michel Bouchard sur les pratiques en vigueur à la division des affaires internes du SPVM et sur la gestion du corps de police. Les détails de ce rapport ont été rendus publics mercredi après-midi.

Dans un point de presse conjoint avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le ministre Coiteux a indiqué que son premier critère de sélection d’un administrateur provisoire était de choisir une personne qui n’avait « aucune aspiration » à prendre la tête du SPVM. Il cherchait une personne qui pouvait assurer « uniquement une transition ».

Selon M. Coiteux, Martin Prud’homme représente le « candidat idéal » pour développer avec la Ville de Montréal « la police de demain ».

« Il a su mener une importante réorganisation au sein [de la SQ]. Il a clairement démontré qu’il possède à la fois une vision de ce que devrait être la police, et il a tout le leadership nécessaire pour implanter des changements d’envergure », a dit le ministre.

Valérie Plante a expliqué que son administration allait travailler avec M. Prud’homme au cours des prochaines semaines pour trouver un nouveau chef du SPVM par intérim et « assurer une bonne transition ».

« Je rappelle mon engagement à m’assurer que les Montréalais puissent compter sur le meilleur service de police qui soit, et que je ne ménagerai aucun effort pour y arriver », a indiqué la mairesse.

Pendant son nouveau mandat au SPVM, Martin Prud'homme sera remplacé par son adjoint, Yves Morency, à titre de directeur général par intérim de la SQ. M. Prud'homme reprendra ensuite son poste, qui a d'ailleurs été renouvelé, mercredi, pour un nouveau mandat de cinq ans.

Conclusions du rapport Bouchard

Le rapport Bouchard recommande au ministre de la Sécurité publique de « mettre un terme au climat de tension et de suspicion qui s’est installé au sein du SPVM et de procéder au redressement de la situation ».

Le commissaire estime qu’il est prioritaire pour le ministère de procéder à une révision de la Loi sur la police.

Le rapport conclut qu’« un important défi se dresse devant la direction de ce service de police afin de regagner la confiance des troupes et celle de la population ».

Le rapport révèle entre autres que « plusieurs allégations criminelles qui auraient dû être enquêtées, ne l’ont pas été », a dit le ministre Coiteux. Ces allégations n’ont pas été signalées au ministère de la Sécurité publique, comme l’exige la Loi sur la police.

Le rapport fait aussi état de traitement préférentiel envers des gens soupçonnés d’inconduite.

« Plusieurs enquêtes ont été bâclées, et [...] des informations importantes étaient délibérément soustraites du rapport d’enquête afin d’éviter à certains policiers d’être poursuivis devant les tribunaux ou devant les instances disciplinaires », a souligné Martin Coiteux.

Le document dénote aussi un climat tendu au SPVM.

Rappelons que Philippe Pichet est devenu chef du SPVM en août 2015. Son mandat à la tête des quelque 4000 policiers de Montréal devait normalement se terminer en 2020.

Pichet garde le silence

Philippe Pichet a été convoqué ce midi à l’hôtel de ville pour une rencontre privée avec le directeur général de la Ville, Alain Marcoux.

Selon nos sources, la rencontre a duré environ cinq minutes. M. Pichet a alors appris qu’il était suspendu, sans obtenir beaucoup d’explications.

M. Pichet avait l’intention de rencontrer les médias. Mais puisque sa suspension entre en vigueur immédiatement et qu’il n’a plus d’autorité au SPVM pour une période d’au moins 12 mois, il a préféré garder le silence.

Des policiers que nous avons rencontrés près du quartier général du SPVM sont sous le choc après ces révélations. Certains sont par ailleurs bouleversés d’apprendre que le gouvernement a choisi le directeur général de la SQ pour diriger le SPVM de façon temporaire. Ils envisagent une période d’adaptation.

De son côté, la Fraternité des policiers et policières de Montréal, qui a déjà demandé la démission de M. Pichet par le passé, affirme prendre « acte des mesures annoncées » mercredi et offre « sa pleine collaboration pour redresser le SPVM ».

Dans un communiqué, son président, Yves Francoeur, soutient « qu’il était temps que le SPVM s’engage dans un processus pour regagner la confiance du public et des policiers et policières, fortement ébranlée au courant des dernières années ».

La Fraternité souhaite rencontrer rapidement Martin Prud’homme. « Un travail colossal attend monsieur Prud’homme, dit M. Francoeur. Un plan de redressement clair, précis et concret doit être mis en œuvre dans les meilleurs délais. »

Un rapport « assez dur », selon Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard, en entrevue à Radio-Canada, a qualifié la situation actuelle au sein du SPVM de « très, très sérieuse ». Une situation, selon lui, « qui peut miner la confiance des citoyens du Québec envers une institution aussi importante qu'un grand corps de police comme celui de Montréal ».

« Le climat général dans le SPVM est assez difficile. Il était préférable d’avoir quelqu’un de l’extérieur », poursuit M. Couillard, à propos du choix de M. Prud'homme pour reprendre les rênes du SPVM.

« Une tutelle déguisée », selon le PQ

Le Parti québécois (PQ) voit les choses d’un autre œil et remet en question la pertinence de nommer un haut gradé de la SQ au SPVM.

« Il y avait un corps de police déstabilisé quant à sa direction. Il y en a maintenant deux », a déclaré le porte-parole du PQ en matière de Sécurité publique, Pascal Bérubé, lors d’un point de presse mercredi après-midi.

« On décide de transférer le directeur de notre police nationale au SPVM, dit-il.  Pourquoi avoir refusé de choisir un civil à la tête du SPVM? C’est incroyable! »

Il soutient que la rivalité entre la SQ et le SPVM n’existe « pas seulement dans les émissions de fiction », mais qu'elle est bien « réelle ». Cette rivalité, poursuit-il, « est parfois à la source de plusieurs des égarements qu’on a vus ».

Pascal Bérubé croit aussi qu’il s’agit d’une mise en tutelle « déguisée », parce qu’à titre d’administrateur provisoire, M. Prud’homme devra se rapporter directement au ministre de la Sécurité publique.

De son côté, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, est d’avis que la nomination de Martin Prud’homme « pour le moment, pourvu que ce soit temporaire, pourvu que ce soit rien de permanent, on peut vivre avec ça ». Mais il ne s’arrête pas là.

« Le problème avec ce genre de nomination, poursuit-il, c’est qu’on ne sort pas du petit cercle de haut-officiers qui gravitent alentours des mêmes cercles de pouvoirs policiers, qui expliquent pourquoi aujourd’hui on a tant de problèmes à la fois à la Sûreté du Québec […] à la fois au Service de police de la Ville de Montréal, à la fois à l’UPAC. »

Avec les informations de Pascal Robidas

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