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Le dossier du bois d’œuvre canadien dans une impasse

Le Canada semble se diriger tout droit vers un nouveau conflit commercial avec les États-Unis dans le dossier du bois d'œuvre, les deux pays peinant à trouver un terrain d'entente à la veille de la date butoir pour la signature d'un nouvel accord.

Alors que la campagne électorale bat son plein au sud de la frontière, les joueurs de l'industrie forestière craignent de nouvelles stratégies américaines pour freiner l'accès du bois canadien au marché des États-Unis.

Les deux candidats à la présidence, la démocrate Hillary Clinton et son rival républicain Donald Trump, se sont montrés réfractaires à l'ouverture des marchés à diverses reprises durant la présente campagne, ce qui engendre un climat défavorable pour Ottawa dans la négociation d'un nouvel accord sur le bois d'œuvre.

Et à l'approche de la date butoir, un autre conflit est inévitable, croit le professeur en politique forestière à l'Université Laval Luc Bouthillier. « On avait un an de grâce pour renégocier l'accord. On n'y est pas parvenu, donc il faut se préparer au pire, c'est-à-dire la cinquième guerre du bois d'œuvre. »

André Tremblay, le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec ne se fait plus d'illusions et se prépare à l'imposition de barrières tarifaires dans les prochains mois sur le bois d'œuvre canadien.

« On sent énormément d'inquiétude sur l'avenir et, bien sûr, les gens se demandent comment ça va aller et avec une taxe de 20-25 %. »

Le porte-parole de la papetière canadienne Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn, a l'impression que la même histoire se répète sans cesse.

« Nous assistons encore une fois à une stratégie de menace du côté américain, de restreindre l'accès à son marché et de le faire avec des quotas ou des taxations », s'indigne-t-il.

L'industrie s'impatiente

Le premier ministre Justin Trudeau a bien essayé de faire pression sur Barack Obama à diverses reprises, mais après des mois de discussions, force est de constater que le dossier piétine et que l'industrie s'impatiente.

La situation est désormais pressante, croit André Tremblay. En juin dernier, le PDG du Conseil de l'industrie forestière du Québec avait réclamé l'aide d'Ottawa pour l'établissement d'un coussin de sécurité allant jusqu'à 5 milliards de dollars pour soutenir les producteurs. Il interpelle aujourd'hui à nouveau la ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland.

« Nos trésoreries sont loin d'être garnies, c'est là qu'on va avoir besoin du gouvernement fédéral, du support financier du gouvernement fédéral pour nous permettre de faire face à la musique, de faire face aux recours judiciaires et aux taxes qu'on aurait à payer. »

Si le gouvernement du Québec a fait savoir qu'il était prêt à soutenir les acteurs de l'industrie forestière en cas de conflit prolongé, la réponse du fédéral se fait toujours attendre.

L'opposition officielle demande elle aussi au gouvernement libéral d'accentuer la pression sur les Américains et de répondre aux demandes de l'industrie.

« Si c'est ça, la porte de secours, il va falloir l'envisager très sérieusement. Comme je vous dis : s'il n'y a rien qui ne se passe, le pire scénario, c'est qu'il n'y ait aucune entente, aucune aide pour soutenir le secteur du bois d'oeuvre », explique le député conservateur de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes.

Un lourd bilan pour le Québec

Le dernier conflit sur le bois d'œuvre a entraîné des milliers de mises à pied au Québec et en Ontario.

Seulement au Québec, l'exploitation de la forêt et les activités de transformation représentent annuellement 8,3 milliards de dollars et 90 000 emplois dans l'économie de la province.

« Tous sont unanimes pour réclamer le libre accès au marché américain et, dans ce contexte, toute forme de mesures compensatoires ou de restrictions au marché serait, bien sûr, synonyme de conséquences importantes pour les régions du Québec », conclut André Tremblay.

D'après les reportages de Catherine Lanthier et de Louis Blouin

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