Des prélèvements confirment ce que redoutait la Direction de la Santé publique : le fentanyl est bel et bien implanté à Montréal. Les autorités sont en état d'alerte pour éviter une crise semblable à celle vécue en Colombie-Britannique, où 914 personnes ont perdu la vie l'année dernière.

« Une augmentation des cas de surdoses, une augmentation des cas de décès, la présence de fentanyl confirmée... Pour nous, ça indique qu’on passe à une autre étape de notre plan », a indiqué la chef médicale à la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP), Dre Carole Morissette.

Depuis le 1er août 2017, les données du Bureau du Coroner du Québec font état de 12 décès par intoxication probable et au moins 24 surdoses dans la région de Montréal.

Devant ce constat plus alarmant que prévu, la DRSP a lancé une initiative de surveillance dans le cadre de laquelle elle a analysé des échantillons d’urine fournis sur une base volontaire par des consommateurs de drogues dures. Les résultats préliminaires de ces analyses ont confirmé que plusieurs d'entre eux avaient consommé du fentanyl à leur insu.

La DRSP recommande donc de former davantage d'intervenants sur le terrain, comme des policiers, des pompiers, et des travailleurs sociaux.

Plus tôt cette semaine, le maire de Montréal, Denis Coderre, a par ailleurs indiqué qu'il rencontrerait mardi prochain le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la DRSP.

« J'envisage de parler à tous ceux qui sont concernés par cette situation, c’est un travail continu, et de voir quels sont les outils nécessaires pour assurer qu’on puisse être en mode prévention », a déclaré le maire.

Élargir l'accès à la naloxone

La DRSP conseille également de permettre l'utilisation de la naloxone, utilisée pour neutraliser les effets des opioïdes, sans la condition d'avoir d'abord suivi une formation.

Actuellement, un règlement gouvernemental des services préhospitaliers empêche un citoyen ordinaire de se procurer l'antidote et de l'administrer à autrui, même si cette personne est en état de surdose.

« On voudrait l'élargir le plus possible à tous les endroits où il y a possibilité de surdoses. C'est un peu comme l'épipen, c'est le même modèle de règlement qui permettra, on l’espère très bientôt, de passer à cette prochaine étape », a expliqué la Dre Morissette.

Rendre la naloxone accessible même en dehors des milieux qui interviennent auprès de personnes dépendantes est particulièrement important puisqu'une surdose peut survenir n'importe où. Parmi les usagers des drogues dures, on retrouve notamment des consommateurs récréatifs et les travailleurs de la construction.

Le fentanyl est aussi de plus en plus utilisé par les trafiquants pour « couper » les autres drogues, dont le prix est souvent bien plus élevé.

« Avant c'était surtout dans les opiacés, comme l’héroïne ou les pilules contrefaites d’oxycodone, mais maintenant ça va se retrouver dans toutes sortes de drogues à Montréal, on en a retrouvé dans la MDMA, dans le PCP, dans la cocaïne », précise Ange Desaulniers, employée de l'organisme Méta d'Âme, qui vient en aide aux personnes dépendantes des opioïdes.

Le SPVM, la Sûreté du Québec, et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sont d'ailleurs sur le pied d'alerte pour tenter de mettre la main au collet des vendeurs de stupéfiants qui ont recours à cette pratique.

Montréal espère surtout réussir là où Vancouver a échoué, c'est-à-dire à déployer un plan efficace à temps pour éviter des centaines de décès liées aux surdoses de fentanyl.

Avec les informations d'Ève Couture

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine