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Le Festival de jazz de Montréal annule SLĀV et s'excuse

Après une semaine de controverse, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) a décidé d'annuler toutes les représentations du spectacle SLĀV.

Dans un bref communiqué, l'équipe du Festival se dit « ébranlée et fortement touchée par tous les témoignages reçus ».

La décision a été prise de commun accord avec Betty Bonifassi, chanteuse et créatrice du spectacle qui utilisait des chants d'esclaves afro-américains. Par ailleurs, aucune représentation n'a eu lieu depuis le 29 juin, moment où Mme Bonifassi a annoncé s'être fracturé la cheville.

Plusieurs réactions et rebondissements

Dès l'avant-première, le 26 juin, une centaine de manifestants ont dénoncé ce qu'ils considéraient comme étant l'appropriation culturelle de cet héritage noir par des créateurs blancs – la chanteuse Betty Bonifassi et le metteur en scène Robert Lepage – devant le Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

D'autres protestations se sont fait entendre. Ainsi, le chanteur californien Moses Sumney a annulé sa participation du 3 juillet au FIJM pour organiser un « contre-événement ».

Le groupe de Montréal Nomadic Massive a quant à lui profité de son passage sur la plus grosse scène du festival pour envoyer un message de tolérance. « Faites mieux », lisait-on en plusieurs langues lundi soir sur leurs t-shirts.

Plus tôt mercredi, une pétition signée par plus de 1500 personnes, dont Radio-Canada a obtenu copie, exigeait notamment le retrait du spectacle.

Les signataires – des groupes d'artistes visuels, des auteurs, des travailleurs communautaires, des universitaires – se disaient « choqués que la production se basant sur des chansons d’esclaves afro-américains soit coordonnée par un groupe de personnes blanches, jouée par un groupe majoritairement blanc et présentée par le Festival international de Jazz de Montréal au Théâtre du Nouveau Monde ».

Parmi ceux qui ont dénoncé le manque de diversité au sein de la production figure le rappeur et historien Webster. Cet artiste a servi de conseiller aux créateurs de SLĀV, mais il affirme s'être dissocié de la production après avoir assisté à l'avant-première.

En entrevue sur ICI Première, mercredi, Webster s'est dit satisfait de l'annulation de SLĀV. Selon lui, le Festival a pris acte du malaise que provoquait le spectacle.

« En une semaine, j'ai l'impression que le Québec a vécu – excusez l'anglicisme – un "crash course" en inclusion, en diversité, en représentativité, affirme Webster. Ça fait des années qu'on en parle, mais il semble qu'on n'est pas tant écouté. Ça demeure dans la théorie. »

Webster ajoute que cette expérience doit maintenant faire en sorte qu'il y ait une meilleure représentativité dans l'univers médiatique et culturel du Québec.

Volte-face du FIJM

S'il défendait cette production d'Ex Machina la semaine dernière, le festival dit maintenant vouloir « poursuivre sa mission », dont « créer un rapprochement entre les diverses communautés par le biais d’une programmation musicale multiculturelle ». Pour l'heure, les organisateurs ne souhaitent pas s'exprimer davantage. Une conférence bilan est prévue le 16 juillet.

Le Théâtre du Nouveau Monde « prend acte » de la décision du FIJM et indique qu'il s'occupera maintenant de rembourser les détenteurs de billets. « Le TNM est sensible aux réactions qui ont été exprimées. Bien que l’annulation soit un échec pour l’acte créateur, il aura permis de débattre sur la place publique un important enjeu de notre société », affirme le TNM dans un communiqué.

Pour sa part, la maison de production de Robert Lepage, Ex Machina, dit « comprendre la position » du FIJM, mais refuse d'ajouter tout autre commentaire pour l'instant. Robert Lepage promet toutefois « de réagir à la controverse [...] d’ici la fin de la semaine », peut-on lire dans un communiqué publié mercredi par Ex Machina.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, affirme qu'elle respecte la décision des organisateurs du festival, qui ont agi, selon elle, pour le bien de leur organisation et de la population montréalaise. Du même souffle, elle affirme qu'elle comprend la démarche artistique « bien documentée » des créateurs, « qui ont fait un travail en profondeur ».

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