Dès que The Weeknd est monté sur scène à 21 h 20, dimanche, les milliers de spectateurs présents au festival Osheaga l'ont accueilli avec une clameur immense. Je me disais à ce moment que pour les organisateurs, cet accueil devait ressembler davantage à un soupir de soulagement.

Un texte de Philippe Rezzonico

Contre vents et marées… Pardon, contre vents, pluie, averses, orages et temps froid pour la saison (17 degrés Celsius à 22 h, un 6 août!), cette 12e présentation du populaire festival sur un nouvel emplacement aura quand même été un succès sur le plan musical.

Je dis « quand même », car sur papier, cette programmation 2017 ne semblait pas alléchante outre mesure. Solide, certes, mais pas renversante. Sauf que le succès d’un festival, c’est sur les planches que ça se mesure. Pas sur papier. Et sur cet aspect, le nombre d’artistes et de groupes (Lorde, Cage the Elephant, Justice, Belle and Sebastian, Foster the People, Tove Lo, The Districts, The Lemon Twigs, etc.) qui ont répondu aux attentes était plus que considérable.

Le « quand même », en définitive, vaut aussi pour l’organisation. Bien sûr, il y a du peaufinage à faire pour l’an prochain sur divers aspects. Mais mis à part l’évidence des longues distances à parcourir sur le site, je n’ai croisé que des milliers de personnes avec le sourire durant le week-end, sauf pendant les déluges de vendredi.

Gagné d’avance

J’étais de ceux qui se disaient que The Weeknd comme tête d’affiche en clôture, ce n’était pas l’idée du siècle deux mois après son passage au Centre Bell. Au contraire, ça a été très payant. Le Torontois Abel Tesfaye est plus brûlant qu’un fer à repasser cette année.

La plus grosse foule du festival était sur place pour sauter à l’unisson et chanter à tue-tête tous ses succès. D’entrée de jeu, Starboy, qui pourrait résumer le statut actuel de l’artiste, met le feu avec des éléments pyrotechniques générés par une structure triangulaire qui surplombe la scène.

Avec ses chansons qui parlent de sexe ou de gloire éphémère, The Weeknd, qui arbore désormais une coupe de cheveux moins extravagante, touche une corde sensible chez ses admiratrices. Pas vu beaucoup de messieurs aux premières loges…

Party Monster, Six Feet under, Sidewalks : tout ce qu’il a interprété avec une excellente voix a touché la cible. Particulièrement Earned It, du film 50 Shades of Grey, ainsi que I Can’t Feel My Face et I Feel It Coming, cette dernière, couronnée d’un feu d’artifice. Ça ressemblait pas mal à un sans-faute pour les amateurs de ce genre musical.

L’âme d’Alabama Shakes

À 20 h 20, dès les premières notes de Future People, le charme a opéré. Normal. Il est impossible d’être amoureux de musique et de ne pas aimer Alabama Shakes et sa chanteuse Brittany Howard.

Voix dégoulinante de soul qui déplace des montagnes et guitariste accomplie, Howard n’est rien de moins que la lointaine descendante de Sister Rosetta Tharpe, la pionnière américaine du gospel et du blues au féminin. Blues, soul et effluves country colorent et charpentent les Dunes, Guess Who et autres Miss You (quelle voix!) interprétées par Howard et son groupe émérite.

Comment résister à l’écoute de Be Mine, Don't Wanna Fight et Gimme All Your Love? Impossible. Alabama Shakes y a mis du cœur et touché le nôtre. Magnifique.

Tegan and Sara

Je savais déjà que je n’allais rester que quelques minutes pour Tegan and Sara, car il n’était pas question de rater The Lemon Twigs. N’empêche, je suis resté assez longtemps pour voir les problèmes de micro des jumelles Quinn et noter que les images que l’on voyait défiler sur l’écran durant Back In Your Head et How Come You Don’t Want Me rappelaient le visuel éclatant de Jain vu la veille.

Les Canadiennes ont fait le pari il y a quelques années d’élargir leur public et de passer graduellement du folk rock alternatif à la pop électro. Comprendre : elles ont délaissé les guitares pour les claviers. Après Drove Me Wild, je savais que je n’aimerais plus autant les frangines que dans le passé.

The Lemon Twigs

Il m’a fallu un sprint (genre marche olympique, dans mon cas) pour arriver à temps à la scène des arbres tout à l’autre bout de l’île Notre-Dame afin de voir si tout ce que l’on dit de bien sur The Lemon Twigs est justifié.

Prenez deux frères (Brian et Michael D’Addario) multiinstrumentistes (guitares, batterie, claviers), tous deux capables de chanter, et imaginez un croisement entre les Faces (pour l’attitude), The Beatles (pour les harmonies durant I Wanna Prove To You et How Lucky I Am), Queen (pour les influences de Haroomata), Pete Townshed (pour les grands écarts de Michael en interprétant As Long As We’re Together), Iggy Pop, Jeff Beck et Ronnie Wood (pour la dégaine en général) et vous aurez une petite idée de ce duo qui était accompagné d’un claviériste et d’une bassiste.

Par moments, j’avais l’impression de voir une version 2017 du Rocky Horror Picture Show tellement les garçons sont déjantés. Mais en dépit de toutes les références que l’on peut faire en les voyant, ils ont quelque chose qui n’appartient qu’à eux. S’ils peuvent nous pondre deux ou trois grandes chansons, ils seront peut-être les sauveurs espérés du rock.

Le partage

Whitney ou Phantogram? C’était ma question existentielle à 15 h 25, les deux groupes se produisant au même moment. Comme la scène de la vallée faisait face à la scène verte que The Districts venait de quitter, Whitney a eu mon vote.

Le groupe américain du chanteur-batteur Julien Ehrlich et du guitariste Max Kakacek propose un amalgame musical qui prend ses racines dans la country, la musique folk et la soul. Irrésistible à l’oreille, on a parfois l’impression d’entendre un groupe issu des années 1970, tant dans le fond que la forme. Ce qui est logique, quand on sait que les jeunes musiciens citent les influences des regrettés Levon Helm et Allen Toussaint.

N’empêche, après un quart d’heure, j’ai pris la direction de la scène de la montagne, histoire de voir Phantogram, le duo new-yorkais formé de la chanteuse Sarah Bartel, vêtue de blanc, et du guitariste Josh Carter, vêtu de noir. Un contraste de tons qui se reflète dans la musique du duo, charpentée à la fois sur le rock et l’électro, quoique c’est l’électro qui gagne à l’arrivée.

Dans le contexte d’un après-midi frais, mais ensoleillé, les Run Run Blood, Don’t Move et autres Mouthful of Diamonds étaient idéales pour planer et se détendre. Il faut toutefois l’admettre que Phantogram manque de tonus.

The Districts

À un moment durant la prestation du groupe The Districts, on a eu l’impression que le chanteur Rob Grote allait se décomposer. Il est comme ça, Grote, quand il s’évertue à extirper toutes les notes de sa guitare en chantant à s’en fendre l’âme. Et ça marche.

Avec leur rock alternatif digne du meilleur cru des années 1990, leurs effluves garage et un soupçon d’épices psychédéliques, The Districts — groupe pourtant né en 2009 —, sait bâtir des chansons avec un minimum d’apport mélodique. Les gars savent aussi frapper fort, notamment avec Violent, une chanson qui porte bien son nom qui sera sur leur nouveau disque à paraître dans quelques jours. Mais quand ils décident de décaper la peinture, ils peuvent être dévastateurs. La finale dissonante n’aurait pas été reniée par Nirvana.

Ho99o9

Quand je suis arrivé au-devant de la scène, Ho99o9 — prononcez « horror » — était en mode explosion atomique. Les cheveux de theOMG ruisselaient de partout et la combinaison orange d’Eaddy, similaire à celle des prisonniers aux États-Unis, était trempée.

Le mélange de hip-hop et de hardcore à la sauce industrielle était l’antidote parfait aux groupes aseptisés et incolores. Je n’ai vu que le dernier quart d’heure, mais cela laissait présager une excellente journée. Ce qui a été le cas.

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