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« Le général Amherst va prendre le bord. Out! » - Denis Coderre

Le maire de Montréal a affirmé clairement mercredi son intention de rebaptiser la rue Amherst, nommée en hommage au général Jeffery Amherst qui, a souligné le maire, voulait « exterminer les Autochtones ».

« Je vous annonce que le prochain chantier [dont] je vais m’occuper personnellement, c’est le général Amherst. Il va prendre le bord. Out! », a lancé Denis Coderre sous les applaudissements de l’assistance.

Il s’exprimait lors d’un événement soulignant le 10e anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il annoncé à l’occasion que la Ville avait redessiné ses armoiries et son drapeau en y intégrant un pin blanc pour refléter la contribution des Premières Nations à l'histoire de Montréal.

En point de presse, M. Coderre a ajouté que « [Jeffery Amherst] a peut-être été un grand militaire, mais on savait ce qu'il voulait faire : exterminer les peuples autochtones. Quand on parle de réconciliation, il faut reconnaître des faits. »

Présent également à l’évènement, le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a affirmé qu’« il y a des pages de notre histoire collective qu'il nous faut tourner, qu'il nous faut oublier. C'est dans cet esprit-là que l'intention de la Ville d'enlever le nom Amherst est de notre côté très bien accepté. »

Sans donner de date quant au changement à venir, le maire de Montréal a laissé entendre que la rue pourrait porter le nom d’un chef autochtone et pourrait aussi être rebaptisée au nom de la « réconciliation ».

Denis Coderre a également rappelé que les femmes ne sont pas représentées à leur juste valeur dans la toponymie montréalaise, même si elles « ont joué un rôle de premier plan ».

Soustraire l’histoire des batailles politiques

Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal, dit comprendre les remises en question et « le regard que porte la société d’aujourd’hui sur certaines figures du passé », mais semble s’inquiéter des décisions politiques à ce sujet.

« Comment régler ces problèmes toponymiques? Est-ce qu’on va le régler avec des coups de barre de politiciens ou ça va être un processus sur lequel tout le monde peut établir sa conscience. On est à quelques semaines des élections, c’est quand même particulier », fait remarquer M. Bumbaru en entrevue à RDI.

Il rappelle qu’ « il y a des mots, des noms de rues qui, à une époque, étaient très naturels et, aujourd’hui, sont totalement problématiques. Des monuments qui étaient faits à une époque où on glorifiait l’histoire, alors qu’aujourd’hui on a une vision beaucoup plus critique, ça ne veut pas dire qu’on veut tout effacer, on veut comprendre davantage et se faire une propre opinion, plutôt que se faire imposer la réponse. »

Qui est le général Amherst?

Jeffery Amherst (1717-1797) a été gouverneur général et commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord de 1758 à 1764. On le considère comme l'un des architectes des victoires de la Grande-Bretagne en Nouvelle-France.

Il était notamment à la tête des soldats britanniques lors de l’expédition contre la forteresse de Louisbourg, en 1758. Après la défaite de Québec, c’est lui qui, le 8 septembre 1760, reçoit la capitulation de Montréal, qui marque celle de la Nouvelle-France.

Mais c’est surtout sa haine des Amérindiens qui l’a rendu tristement célèbre, comme l'explique l’historien spécialiste des questions autochtones, Denis Delâge.

Après la reddition de Montréal, les Amérindiens jugent que la guerre n’est pas terminée et ils continuent de combattre les Britanniques. « Sous le leadership de Pontiac, ils s’opposent à ce que les troupes britanniques remplacent les troupes françaises, explique-t-il. Les Français étaient reçus chez les Amérindiens comme des invités, parce qu’ils n’avaient pas pris possession du territoire – pas effectivement du moins – et ils craignent la venue des Britanniques parce qu’ils sont nombreux et qu’ils peuplent. »

De Pittsburgh à la Nouvelle-Orléans, ils empêchent les bateaux britanniques de remonter le Mississippi.

Des couvertures infestées de variole en guise de cadeaux aux Autochtones

Amherst incite son second, le colonel Henri Bouquet, à utiliser ses ambassadeurs pour contaminer les populations autochtones. Il demande à Bouquet de feindre une négociation avec les chefs autochtones pour leur remettre des cadeaux afin de montrer leur bonne volonté.

« On leur remet des couvertures utilisées par des varioliques en cadeau, en sachant que le microbe de la variole peut subsister dans des étoffes jusqu’à trois mois et, donc, c’est une stratégie pour transmettre la variole aux Autochtones », dit l'historien. « On a les documents qui le prouvent », précise-t-il.

La variole s’est effectivement répandue et elle a même constitué un facteur majeur dans la « défaite relative de Pontiac », qui n’a pas réussi à empêcher les troupes britanniques de s’installer. Ce dernier a dû conclure un traité en 1766.

« Est-ce qu’elle [la variole] venait exclusivement du colonel Bouquet et de ses couvertures ou ne venait-elle pas d’ailleurs? C’est possible, souligne Denis Delâge, mais elle peut avoir plusieurs sources. On ne peut pas faire de lien de cause à effet. »

C'est sensiblement la même version que rapporte l'anthropologue et animateur Serge Bouchard.

Après maintes campagnes infructueuses contre la coalition des nations amérindiennes, Amherst envoie à Bouquet une lettre dans laquelle il l’incite à « infecter les Indiens au moyen de couvertures ayant servi à des vérolés ou à employer toute autre méthode qui pourrait contribuer à exterminer cette race exécrable ».

« Il a tenté effectivement d’empoisonner la confédération de Pontiac, déclare Serge Bouchard. Son idée était d’exterminer par les microbes les nations amérindiennes. »

Au Canada, de nombreux lieux ont été nommés en l’honneur du général :

  • À Montréal, en plus de la rue Amherst, dans le quartier Ville-Marie, il existe une rue du Square Amherst, en arrière du marché Saint-Jacques.
  • Les villes de Gatineau, Sherbrooke, Saint-Bruno-de-Montarville et Trois-Rivières ont elles aussi des rues Amherst.
  • Il y a une municipalité, un canton et un village (Saint-Rémi-d’Amherst) dans les Laurentides, ainsi qu’un lac dans Lanaudière.
  • En Nouvelle-Écosse, on trouve la ville d’Amherst, près de la frontière avec le Nouveau-Brunswick, ainsi que le parc provincial d’Amherst Shore.
  • Il y a le site historique de Port-la-Joye–Fort Amherst, à l’Île-du-Prince-Édouard, et la ville d’Amherstburg, dans le sud de l’Ontario.

Aux États-Unis, on trouve des villes appelées Amherst à New York, au Massachusetts et au New Hampshire.

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