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Le gigantesque défi de préserver les langues autochtones

On compte au pays plus d'une soixantaine de langues autochtones. Plusieurs d'entre elles sont sérieusement menacées. Certaines ne comptent qu'une poignée de locuteurs. Portrait de la situation tantôt inquiétante, tantôt encourageante au Yukon.

Un texte de Madeleine Blais-Morin

Une chose frappe dans la classe de langue autochtone de l’école primaire Selkirk, à Whitehorse. Même les enfants non autochtones apprennent le tutchone du Sud, une des langues parlées au Yukon.

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Le tutchone du Sud, comme les six autres langues autochtones du Yukon encore parlées, ne compte que très peu de locuteurs. Selon les experts, moins d'une centaine de personnes ont l'une ou l'autre de ces langues comme langue maternelle.

Même l'enseignante, Linda Harvey, a appris le tutchone du Sud sur le tard. Sa mère avait choisi de lui parler uniquement en anglais. « Elle m’avait dit qu’elle ne voulait pas qu’on me batte ni qu’on me fasse du mal », raconte l'enseignante.

Un choix forcé, selon André Bourcier, un linguiste qui étudie les langues autochtones du Yukon depuis des années. « C’était une nécessité, explique-t-il. Il fallait que les enfants soient capables de parler anglais. Puis on arrive avec les missionnaires et les pensionnats autochtones, où non seulement c'est nécessaire, mais en plus on va le forcer. »

Le choc de la ruée vers l’or

Comme ailleurs au pays, les pensionnats autochtones ont sciemment cherché à briser le lien de transmission culturelle entre les générations. Pour tuer l'Indien chez l'enfant.

Mais il faut dire qu'au Yukon, un autre événement avait déjà eu l'effet d'un coup de tonnerre. À la toute fin du 19e siècle, les chercheurs d'or ont envahi la région. Dawson City est née. En deux ans, elle comptait 30 000 personnes. Les Autochtones devenaient ainsi une minorité sur le territoire.

La promesse d’une loi

Selon la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, il y a « péril en la demeure quand vient la question des langues autochtones ». Le gouvernement Trudeau a promis l’adoption d’une loi d’ici la fin de son mandat.

Mais comment reconstruire ce qui a été détruit? Est-ce réaliste, notamment au Yukon, où si peu d'Autochtones parlent encore couramment leur langue?

André Bourcier constate que le contexte est en train de changer. « Il y a plus de jeunes Autochtones maintenant qui s'intéressent à leur langue ancestrale que j'en ai jamais vu avant. Le besoin de reprendre possession de leur passé est très très présent. »

L’enseignante Linda Harvey remarque elle aussi un changement. Selon elle, les enfants qui apprennent leur langue à l'école encouragent maintenant des parents à en faire autant.

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