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Le gouvernement Merkel survit, sauvé par un accord in extremis sur les migrants

La chancelière allemande Angela Merkel peut de nouveau respirer : la chef du gouvernement a réussi à conclure un accord avec ses alliés de l'Union chrétienne sociale (CSU, droite) sur la délicate question des migrants. Le dossier, empoisonné par le braquage de la CSU, avait failli faire éclater la coalition étatique et menaçait la cohésion politique de l'Europe.

Au centre de la tempête : le refoulement, à la frontière allemande, de tout migrant déjà enregistré dans un autre pays d'Europe. La manoeuvre était réclamée par le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, chef des conservateurs bavarois de la CSU.

Pour Mme Merkel, pas question de céder : elle craignait un effet domino en Europe et la fin de la libre circulation des personnes.

La chancelière, fragilisée depuis une victoire aux allures de défaite lors des plus récentes élections parlementaires, est parvenue à un compromis tard lundi soir. Les migrants déjà enregistrés ailleurs sur le Vieux Continent et qui arrivent en Allemagne seront installés dans des centres de transit, en attendant d'être reconduits vers leur premier pays d'entrée en territoire européen.

Pas question, cependant, que Berlin puisse agir unilatéralement pour renvoyer des migrants. Les retours devront être effectués en vertu d'accords avec les pays concernés.

S'il est impossible de parvenir à un accord, les migrants seraient alors reconduits « à la frontière avec l'Autriche », précise le texte du compris entre le CDU, le parti de Mme Merkel, et la CSU.

Aux yeux de Mme Merkel et de ses partenaires, il s'agit ici d'un plan permettant de préserver la libre circulation, mais aussi d'adopter des « mesures nationales » pour limiter les arrivées de migrants.

« L'esprit de partenariat dans l'Union européenne est ainsi préservé et, en même temps, c'est une étape importante pour ordonner et contrôler l'immigration secondaire. Voilà pourquoi je pense que nous avons trouvé un bon compromis après des négociations ardues et des jours difficiles », a déclaré la chancelière, lors d'une allocution présentée après la rencontre avec la CSU.

« Cet accord très solide, qui correspond à mes idées, me permet de continuer à diriger le ministère fédéral de l'Intérieur », a ajouté M. Seehofer.

Le troisième partenaire de cette coalition, le parti social-démocrate, doit encore dire s'il accepte les termes de l'accord trouvé.

Démissionnera, démissionnera pas?

Le dossier des migrants, qui empoisonne la vie politique allemande depuis l'arrivée de centaines de milliers de personnes, en 2015, devait d'abord connaître un dénouement dimanche.

Mais, coup de théâtre, voilà qu'au sortir d'une rencontre entre dirigeants de la CSU, le ministre Seehofer propose de démissionner de son poste et de son parti, avant de suspendre son geste pour des négociations de la dernière chance.

Ce vaudeville politique, s'il galvanise la droite allemande, elle-même pressée par la montée d'une extrême droite carburant aux arguments anti-migrants, ne semble pas plaire à la population dans son ensemble.

À preuve, un récent coup de sonde indique que si la population est majoritairement favorable à la position de la CSU sur les migrants, elle n'apprécie pas les facéties et l'instabilité gouvernementale.

L'accord arraché lundi doit encore être approuvé par le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le Parti social-démocrate.

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