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Le grand défi de trouver des enseignants et des suppléants

Il ne manque pas seulement de place dans plusieurs écoles, il manque aussi d'enseignants et de suppléants pour les remplacer lorsqu'ils sont malades. L'une des raisons, c'est qu'on n'arrive pas à attirer les jeunes enseignants et encore moins à les garder. Explications.

Un texte d’Anne-Louise Despatie

Une semaine après la rentrée, la Commission scolaire de Montréal tenait une dernière séance de placement. Elle avait plus de 120 contrats à offrir et cherchait quatre enseignants titulaires.

Venue postuler, l'enseignante Nadira Azzoug s'est étonnée de voir la salle vide. Cependant, elle a une explication : « C'est parce que les gens fuient l'enseignement, fuient la profession. C'est la dégradation des conditions de travail, c'est clair. »

La vice-présidente de l'Alliance des professeurs de Montréal, Elaine Bertrand, estime que la pénurie d'enseignants et de suppléants est pire à Montréal. « Il manque de locaux, il y a des spécialistes qui doivent donner leur cours en poussant un chariot de classe en classe, il n'y a plus de bibliothèque, décrit-elle. Ce qui fait que ce n'est pas intéressant en ce moment de venir enseigner à Montréal. »

Mais d'autres commissions scolaires peinent aussi à recruter des enseignants et des suppléants en nombre suffisant. Dans certaines régions, il y a une concurrence entre employeurs. Les salaires étant les mêmes partout dans les écoles publiques, les conditions de travail sont plus attirantes que d'autres.

« Toutes les commissions scolaires environnantes, on a tous un peu le même problème et nous voulons tous recruter. Il y a une réelle compétition et les gens choisissent davantage. À Montréal, les ponts, les travaux routiers ne nous aident pas en matière de recrutement », explique Mafalda Nobre, coordonnatrice à la dotation pour la Commission scolaire de Montréal.

« Pour la suppléance, nos bassins sont pratiquement vides, on a vraiment besoin d'enseignants qui soient intéressés à travailler pour nous », ajoute Mme Nobre.

Des facteurs multiples

Les raisons qui expliquent cette difficulté à recruter sont nombreuses : l'augmentation du nombre de classes, comme l'ajout de maternelles 4 ans, et la diminution des ratios profs-élèves.

Il faut également considérer l'augmentation de clientèle, mais aussi le décrochage des jeunes enseignants qui commencent leur carrière sans le soutien nécessaire.

Le professeur Thierry Karsenti, de l'Université de Montréal, a mené deux recherches auprès d'eux afin de savoir pourquoi ils abandonnent et comment les garder.

Des commissions scolaires commencent à réagir et à mettre en place des mesures particulières pour mieux soutenir les nouveaux enseignants.

Par exemple, la Commission scolaire de Laval a une équipe responsable de l'intégration de ses nouveaux enseignants.

« On leur offre des formations professionnelles et on leur donne aussi du temps pour s'adapter à leur école. Au Québec, il faut repenser la tâche des nouveaux enseignants : leur donner de l'aide particulière et ne pas leur donner simplement les classes les plus difficiles sans les appuyer », constate Thierry Karsenti.

La CSDM et la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) ont également des mesures d'accompagnement pour les enseignants qui commencent leur carrière.

Trois semaines après la rentrée, la CSMB complète l'embauche de ses enseignants, parce qu'elle a fait face à une augmentation record de près de 2600 nouveaux élèves inscrits cet automne. Une hausse dont l'ampleur était difficilement prévisible. Ce chiffre signifie l'ajout d'une quinzaine de classes et d'autant d'enseignants.

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