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Le harcèlement sexuel au travail, répandu mais tabou

Plus du quart des Canadiens affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail, révélait il y a quelques mois un sondage d'Angus Reid. Pourtant, encore une minorité de victimes ont le courage de dénoncer leur harceleur.

Un texte de Laurence Niosi

Selon ce sondage pancanadien mené auprès de 1500 travailleurs, trois fois plus de femmes (43 %) que d'hommes (12 %) disent avoir été harcelées. Au total, un million de Canadiens auraient été harcelés à un moment de leur carrière.

Le Groupe d'aide et d'information sur le harcèlement au travail de la province de Québec (GAIHST), un organisme à but non lucratif qui existe depuis 35 ans, reçoit chaque année autour de 6000 appels.

« On conseille de traiter la situation le plus rapidement possible, car si ça dure dans le temps, ça devient de pire en pire », affirme Sarah Barsalou, avocate pour le GAIHST, en entrevue à Radio-Canada.

L'avocate suggère aux victimes de régler d'abord le problème à l'interne et de voir s'il existe une politique sur le harcèlement au sein de l'entreprise. Le cas échéant, la victime peut porter plainte devant la Commission des normes du travail.

Depuis juin 2004, grâce à une modification de Loi sur les normes du travail, les salariés qui se croient victimes de harcèlement psychologique disposent en effet d'un recours légal accessible. 

Harcèlement non dénoncé

Malgré tout, seulement 8 % des victimes de harcèlement sexuel ont eu le courage de dénoncer leur harceleur, selon le même sondage d'Angus Reid.

Le GAIHST estime que les appels qu'il reçoit ne représentent que la « pointe de l'iceberg ». Les victimes ont peur des représailles, de perdre un emploi ou simplement de ne pas être cru, précise Cindy Viau, conseillère à la direction pour l'organisme.

Les victimes de harcèlement sexuel qui sont mises en arrêt de travail ont par ailleurs beaucoup de difficulté à se faire indemniser par la Commission de la santé et de la sécurité au travail, qui refuse une majorité des cas, faute de preuve, soutient Mme Viau.

Certaines victimes peuvent avoir accès aux prestations de l'assurance-emploi, mais elles doivent renoncer à une bonne partie de leur salaire.

Le GAIHST estime que son travail de sensibilisation est donc loin d'être terminé. La sortie publique de victimes de harcèlement peut également être bénéfique pour d'autres victimes qui n'osent pas dénoncer, croit Cindy Viau. « Je pense que ça donne du courage quand une victime parle, c'est un effet entrainant », dit-elle.

Le sondage d'Angus Reid a été réalisé en ligne en novembre 2014 auprès de 1504 travailleurs canadiens. La marge d'erreur est de moins de 2,5 %, 19 fois sur 20.

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