Lorsqu'il était au Vatican en 2014, Barack Obama a offert au pape François des semences venant du jardin de la Maison-Blanche. Un cadeau qui est venu avec une invitation à visiter le potager présidentiel dans la capitale américaine.

Une analyse de Yanik Dumont Baron

C'est dans cette cour arrière que se sont réunies 11 000 personnes mercredi pour accueillir le pape François aux États-Unis. Et puisque tout prend une tournure politique à Washington, l'image maraîchère se prête bien à cette seconde rencontre entre deux des personnages les plus influents de la planète.

En bon jardinier, le président a voulu montrer ses meilleures récoltes au pontife. Des produits qui devraient bien plaire au pape François. Après tout, les deux ont des goûts semblables dans bien des domaines : lutte contre le climat changeant, contre les inégalités économiques, main tendue aux immigrants, aux démunis.

Les fruits les plus visibles viennent d'une collaboration sur la question cubaine. Les États-Unis ont tout juste relâché une série de restrictions sur le commerce avec l'île communiste. Obama et Raul Castro se parlent au téléphone, ils pourraient bien se croiser à New York la semaine prochaine.

Mais dans ce jardin politique, certains des légumes préférés du pape poussent moins bien. Les efforts de réforme du système de l'immigration, par exemple, sont ralentis. Bloqués. Avec Donald Trump en tête, les républicains ne sont pas encore sûrs de la place à faire aux millions de gens qui cherchent une vie meilleure aux États-Unis.

Sur la vaste question de la lutte contre les changements climatiques aussi, les républicains agissaient un peu comme de la mauvaise herbe qui s'obstine. Ils n'aiment pas ce que dit le président.

Et même le pape François est écorché. Le représentant républicain Paul Gosar, un catholique, a boycotté la visite papale au Congrès. « Quand le pape choisit d'agir et de parler comme un politicien gauchiste, il peut s'attendre à être traité comme tel [...] Il est ridicule de présenter de la science douteuse comme un dogme catholique. »

Bien sûr, le pape François et le président Obama ne s'entendent pas sur tout. La Maison-Blanche aurait d'ailleurs froissé le Vatican en invitant des militants transgenres et un prêtre gai à la cérémonie d'accueil du pape.

Au sujet du mariage des couples homosexuels, de l'avortement, le pontife est plus près des élus républicains. Pour eux aussi, le passage du pape François sera l'occasion de faire valoir les points qu'ils ont en commun avec l'Église catholique.

Mais c'est probablement le président qui va profiter le plus de cette visite. Charlie Kupchan, l'un de ses conseillers, disait espérer que « l'autorité morale » du pape François « aidera à faire avancer plusieurs éléments que nous avons placés bien en haut de notre liste de priorités ».

Dans un sens, l'aura qui entoure le pape François rappelle celle dans laquelle baignait Barack Obama en 2008, juste après son élection. Il est porteur d'espoir, de changements inclusifs. Une saveur qui ne colle plus vraiment au président, usée par six ans et demi de pouvoir.

Pour le jardinier Obama, le pape François représente de grands rayons de soleil. Après son passage, la Maison-Blanche espère de bonnes récoltes.

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