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Le jeu vidéo pour soutenir l'enseignement de l'histoire

Chacun à leur écran, une vingtaine d'élèves font une visite virtuelle de la bibliothèque d'Alexandrie au temps de Cléopâtre. Les personnages et la reconstitution leur permettent de l'explorer à leur guise. Dans une autre classe, un groupe de 20 élèves reçoit un cours magistral sur le même sujet à l'aide de matériel didactique conventionnel.

Un texte d’Anne-Louise Despatie avec la collaboration de Yannick Donahue

Le professeur de didactique Marc-André Éthier, de l'Université de Montréal, a préparé un test auquel tous les élèves vont ensuite répondre. La visite virtuelle est l'une des 75 capsules que l'entreprise Ubisoft a fabriquées à partir de matériel préparé pour le jeu Assassin’s Creed Origins.

L'expérience s'est répétée dans huit écoles secondaires (une seule école publique). Chaque fois, les élèves qui ont reçu le cours de l'enseignant ont obtenu de meilleurs résultats au test.

Évalués avant de recevoir la formation, les élèves des deux groupes avaient une note moyenne de 22 %. Une fois l’exercice terminé, les élèves provenant du groupe expérimental ont considérablement augmenté leur score à l’examen final, passant de 22 % à 41 %. Cependant, les élèves du groupe témoin l’ont augmenté davantage, avec une moyenne de 55 %.

Dans les deux cas, on remarque que les élèves ont bénéficié d’un réel apprentissage.

Se concentrer sur l’essentiel

« L'enseignant réussit mieux avec ses élèves que le jeu vidéo tout seul. Ce que l'on voit pour l'instant, c'est qu'il y a une interaction en classe qui permet au prof de mettre l'accent sur ce qui est important. Ainsi, les élèves retiennent mieux que si on présente tout comme étant de même importance », explique Marc-André Éthier.

Le chercheur considère tout de même que la visite virtuelle peut être un outil didactique intéressant. « C'est un atout supplémentaire [pour l'enseignant], mais on peut enseigner sans ça, c'est sûr. Si on a ça en plus, on est en mesure d'imager et de mieux illustrer la réalité qu'on veut montrer », dit-il.

Le jeune Samuel Zuquim donne raison au chercheur. Amateur de jeux vidéo, l'élève de deuxième secondaire au Collège Jean-de-Brébeuf, à Montréal, estime qu'en visitant la bibliothèque d'Alexandrie, il est facile de se perdre et d'être attiré par des détails peu importants.

L'élève dit préférer un bon enseignant à qui on peut poser des questions.

Une première

Pour la première fois, Ubisoft met ce matériel et les reconstitutions à la disposition du grand public et des enseignants qui pourraient y voir un outil pédagogique.

« C'est de donner accès à tout le savoir que nous-mêmes, développeurs, avons acquis pour recréer l'Égypte antique. En travaillant avec des consultants et des historiens, on essaie de recréer ces mondes perdus le plus fidèlement possible », explique le directeur créatif d'Assassin's Creed Origins, Jean Guesdon.

Il ajoute : « Depuis des années, on a des retours de spécialistes qui disent c'est super, mais en tant que jeu, on ne peut pas l'exploiter. Et donc, on s'est dit comme mission de marque, on veut rendre l'histoire accessible au plus grand nombre ».

Jean Guesdon voit dans cette innovation une suite logique des efforts déployés auparavant par l’entreprise.

« Le Discovery Tour – le tour guidé interactif – est l’aboutissement d’une démarche, précise le directeur créatif. Cette notion de transmission d’information et de savoir à propos de l’histoire est présente depuis le début de la marque, depuis dix ans déjà. Depuis Assassins 2, en 2009, on avait une encyclopédie dans le jeu. C’est-à-dire que vous passiez à côté de Notre-Dame, et il y avait une fiche qui venait de se débloquer dans les menus que vous pouviez aller consulter à loisir. »

L’expérience d’un enseignant

Jean-Pascal Tremblay, un enseignant qui a participé aux tests, admet volontiers avoir aimé son expérience.

M. Tremblay dit très bien se voir apporter une console à l’école, l’intégrer dans ses classes, faire des présentations à partir de cet appareil et faire jouer un élève avec le tour guidé pendant que ses camarades l’observent. Il pourrait alors donner des compléments d’information et poser des questions, imagine-t-il.

« C’est plus immersif, parce que même si on est un très bon raconteur en avant, un très bon orateur, ce n’est jamais aussi immersif que les images qu’on voit dans le jeu. On a une belle représentation de la bibliothèque d’Alexandrie. […] Ça donne le pouls du jour, la vie était comment à cette époque-là. C’est bien de le raconter, mais quand on a des images qui supportent ça… Les élèves, c’est sûr que le visuel est très important, et la qualité des graphiques aide beaucoup. C’est vraiment un outil que j’intégrerais dans mes classes », dit-il.

Les visites seront incluses dans le jeu qui est présentement sur le marché. Une mise à jour sera disponible à la fin du mois pour ceux qui le possèdent déjà. Pour ceux qui ne voudraient que découvrir l'Égypte antique, ils pourront se procurer ce tour guidé interactif pour une vingtaine de dollars.

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