À la tribune des Nations unies, rien de moins, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a annoncé que dans un an le gouvernement Trudeau déposera un projet de loi légalisant la marijuana. Dans les circonstances, un an, c'est très peu considérant tout ce qu'il y aura à faire.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi info

 

En politique, il importe que deux choses soient claires : le pourquoi et le comment.

Le pourquoi, il est établi depuis longtemps. Le rapport intérimaire de la commission Le Dain, en 1973, proposait déjà la décriminalisation. Plus récemment, en 2002, un comité du Sénat présidé par le sénateur conservateur Pierre Claude Nolin recommandait la légalisation pure et simple.

Les constats sont connus, la répression ne marche pas, les peines minimales non plus, et on se trouve à entretenir et à professionnaliser un marché noir contrôlé essentiellement par le crime organisé.

Mais, pendant tout ce temps, on a passé beaucoup trop peu de temps à s'occuper du comment. Le gouvernement Trudeau, sans doute pour rassurer les opposants et sceptiques, dit que la légalisation va enlever l'accès à la mari aux moins de 18 ans et que les profits du crime organisé iront ainsi à l'État.

Mais tout ça est plus facile à dire qu'à faire. Avez-vous déjà vu le crime organisé se retirer d'un marché très lucratif pour le donner au gouvernement? Surtout qu'on lui laisse une clientèle de choix : les moins de 18 ans. Que ceux qui croient que ce n'est pas très important aillent faire un tour près d'une cour d'école.

Il y a donc un réseau hautement sophistiqué et organisé qui est en place et qui ne va pas se tasser juste parce que le gouvernement le voudrait. Le crime organisé voudra rester dans le commerce du pot pour deux raisons : d'abord pour les jeunes qui n'auront pas accès à la marijuana légale. Ensuite, parce que la contrebande aura toujours une clientèle chez les adultes, puisqu'ils pourront offrir une marijuana non réglementée à des prix sous ceux de la concurrence légale.

Comme le tabac

Pour s'en convaincre, il suffit de voir la contrebande du tabac, qui, on doit le rappeler, a fait l'objet de l'opération internationale la plus importante de la SQ, il y a moins d'un mois. De toute façon, y a-t-il un gros fumeur qui ne sait pas où se procurer une cartouche d'un produit pourtant tout à fait légal, à une fraction du prix?
Penser que la même chose ne se reproduira pas pour la marijuana est de la pensée magique.

Ce n'est que le premier de tous les problèmes pratiques. Qui fait pousser la marijuana? Qui la met en marché et la vend? À quel niveau sont les taxes - ce qui a un lien direct avec la contrebande? Les provinces voudront aussi leur part des revenus. Comment agencer tout cela avec la part d'Ottawa? Rien de tout cela n'est clair, à un an du
dépôt du projet de loi.

Sans compter les questions de santé publique. Que fera-t-on et quels montants dépensera-t-on pour prévenir les abus? Quel effet la légalisation aura-t-elle sur la consommation? Autant de questions sans réponses, du moins pour l'instant.

En plus, les provinces - qui devront appliquer la loi tant sur les questions d'administration de la justice que de police - n'ont pas été consultées mais on sait déjà qu'elles ont de nombreuses et sérieuses réserves.

Les expériences de légalisation à l'étranger, comme au Colorado, par exemple, ne sont que de peu de secours. Aucun pays de la taille du Canada n'a encore légalisé la marijuana. Rien de mal à être un précurseur, mais à la condition de bien assurer ses arrières.

Avant de décider d'aller de l'avant, le gouvernement Trudeau devrait se souvenir que, dans ce dossier tout particulièrement, le diable est dans les détails. Et avant de légiférer, il y a bien des questions de « détails » qui auront vraiment besoin d'être éclaircies.

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