Le 2 février est le jour de la marmotte. D'où vient cette appellation et que valent les marmottes pour prévoir la météo?

Un texte d'Ève Christian

Leur réveille-matin doit bien être réglé, car c’est toujours le 2 février que les marmottes vedettes émergent de leur sommeil et se pointent le nez dehors à la recherche de leur ombre. Il faut dire que cette date tombe presque exactement entre le solstice d'hiver et l'équinoxe de printemps.

Selon la tradition, qui relève beaucoup plus du folklore que de la science, notre avenir météorologique dépend de leur comportement à la sortie de leur tanière.

Si elles ne voient pas leur ombre, elles restent à l’extérieur, car elles croient que le pire de l'hiver est passé et que le temps chaud approche. Si elles voient leur ombre, elles seront tellement effrayées qu’elles retourneront rapidement se réfugier dans leur trou pour dormir encore six semaines...

De la Chandeleur au jour de la marmotte

Autrefois, le 2 février c’était le jour de la Chandeleur. Cette fête chrétienne, qui arrive 40 jours après Noël, soulignait la présentation au Temple de l’Enfant Jésus par sa mère Marie. Une procession aux chandelles était souvent organisée pour célébrer cette journée.

Selon une traduction libre, la légende de la Chandeleur statuait que si la Chandeleur est belle et dégagée, l'hiver aura un second souffle. Mais si la Chandeleur amène nuages et pluie, l'hiver s’en va et ne revient plus.

Au Moyen-âge, en Europe, une légende indiquait que les hérissons prédisaient l'arrivée du printemps suivant le temps qu'il faisait ce jour-là. Mais, selon les régions ou les pays, l'animal prévisionniste était soit un ours, un loup ou une loutre.

Grâce aux colons européens qui ont traversé l’Atlantique pour s'installer en Pennsylvanie, il y a plus de 200 ans, cette tradition s’est amenée sur le continent nord-américain. En l'absence de hérissons, c'est à la marmotte qu'on a confié le soin de prédire l'arrivée du printemps.

Pour les colons, il était important de savoir si l’hiver perdurerait parce que, vers la fin de la saison froide, leurs réserves diminuaient et ils attendaient anxieusement l'arrivée du printemps pour semer et récolter. Et pour connaître ce moment, ils observaient la fin de l'hibernation d'un animal.

Cependant, cette tradition semble mal s’exporter, car en Europe, à cette date, le pire de l'hiver est souvent passé, ce qui n’est pas le cas avec nos hivers canadiens et, contrairement au hérisson européen, notre marmotte s'éveille rarement d’elle-même en février, même s’il y a des redoux.

Météorologiquement parlant

L’expression de cette tradition se basant sur l'ombre de la marmotte est relativement logique. Pensons-y bien.

En hiver, un ciel dégagé signifie souvent qu’un anticyclone arctique recouvre la région. Donc, l'air froid et sec laisse présager que l'hiver perdurera. Le temps nuageux est en lien avec une dépression qui, souvent, apporte de l'air plus doux et humide, laissant croire que l’hiver tire à sa fin.

Évidemment, il n’y a aucun rapport entre le temps qu'il fait le 2 février et celui qu’il fera dans les semaines à venir!

Les marmottes célèbres

Phil, la plus célèbre de toutes les marmottes, habite dans une petite ville de la Pennsylvanie, Punxsutawney, à 135 km au nord-est de Pittsburgh. Depuis 1887, cette journée est l'occasion pour des festivités monstres dans la région.

Cet immortel Phil – il paraît que la marmotte est née au 19e siècle et qu’elle tiendrait sa longévité d’un élixir magique – est bichonnée et nourrie toute l'année par un groupe de gentlemen en habits noirs et hauts-de-forme qui sont chargés de perpétuer cette tradition. D'après eux, toutes les autres marmottes sont des imposteurs.

Rappelez-vous le film sorti en 1993, Le jour de la marmotte, avec Bill Murray, où on retrouvait Phil, cette célèbre vedette animale.

Certaines villes d'Amérique du Nord se sont servies de la popularité de cette légende pour en faire un événement médiatique et attirer les gens dans la région, à une période de l'année plutôt calme pour le tourisme. C’est le cas pour Val d’Espoir, en Gaspésie, où, depuis 2009, on attend impatiemment les prédictions de Fred.

En Ontario, à Wiarton, entre la baie Georgienne et le lac Huron, on retrouve Willie. Cette marmotte albinos tiendrait son don de clairvoyance du fait qu’elle est née exactement sur le 45e parallèle, à mi-chemin entre l’équateur et le pôle Nord. Les ancêtres de Willie sont probablement les initiateurs de cette tradition au Canada qui a commencé en 1956.

Depuis 1987, en Nouvelle-Écosse, c’est le siffleux Sam de la communauté micmaque de Shubenacadie qui livre son pronostic. Pour une meilleure mise en scène touristique, Sam passe l'année dans une maison spécialement chauffée et est nourri, ce qui l'empêche d'hiberner. En raison de son emplacement géographique, c'est la première marmotte de l'Amérique du Nord à livrer sa prévision.

L’accord des marmottes

Il arrive bien souvent que ces marmottes célèbres n’aient pas de consensus et on comprend facilement pourquoi. Le fait ou non de voir leur ombre dépend du temps qu’il fait au-dessus de leur tanière… qui ne sont pas situées dans la même région. Ça relèverait du hasard que la température soit la même partout!

Cependant, les promoteurs de l'événement prétendent que la prévision de ce rongeur (je préférerais utiliser le mot prédiction!) est juste entre 75 % et 90 % du temps.

Ce que contredisent des études menées par des organisations plus scientifiques. Sur 30 à 40 années à l’étude pour 13 villes canadiennes, Environnement Canada conclut que les prévisions de la marmotte se sont avérées justes dans 37 % des cas.

De son côté, le Centre américain de données climatologiques (National Climatic Data Center) indique une efficacité de 39 %.

À titre de référence, sachons que, mathématiquement parlant, le hasard donne un taux de précision de 33 %.

Conclusion : il vaut mieux ne pas se fier aux marmottes. La météorologue est beaucoup plus fiable!

DERNIÈRE HEURE : Encore cette année, il n'y a pas consensus des marmottes (pas surprenant : les conditions météo ne sont pas les mêmes partout!).

Phil, la marmotte « officielle », celle qui a toujours l'heure juste, comme l'affirment ceux qui la bichonnent et s'en occupent depuis 1887, est sortie de sa tanière ce matin à Punxsutawney (Pennsylvanie) et a vu son ombre. Selon la tradition, elle annonce donc que l'hiver se poursuit pendant encore six semaines. La marmotte de Wiarton en Ontario, Willie, est d'accord avec Phil.

Par contre, la marmotte gaspésienne Fred et la néo-écossaise Sam s'entendent pour dire que le printemps sera hâtif étant donné qu'elles n'ont pas vu leur ombre.

Qu'en sera-t-il au juste? Le froid perdurera-t-il encore longtemps? L'avenir le dira (et non les marmottes, ni la météorologue).

Et le printemps 2018 arrivera officiellement, quoi qu'il advienne, le 20 mars à 12 h 15 HAE.

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