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Le juge a mis la cause de Jian Ghomeshi en délibéré

À Toronto, le procès de Jian Ghomeshi a été ajourné au 24 mars, mais on ignore si le juge sera prêt à rendre son verdict à cette date. L'ancienne vedette de CBC est accusée d'avoir agressé sexuellement trois femmes et d'avoir vaincu la résistance de l'une d'elles par l'étouffement en 2002 et 2003. La Couronne et la défense ont résumé leurs positions respectives lors des plaidoiries finales jeudi.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Dans son réquisitoire, la Couronne a d'abord invoqué les conventions de la société dans les rapports entre personnes : « leur intégrité, leur sécurité physique et leur dignité humaine sont d'une importance capitale ».

Elle a ensuite mentionné les contextes dans lesquels se produisent des agressions physiques et des relations sexuelles non consensuelles, comme « les touchers non désirés » ou « les étreintes menaçantes ».

Elle a souligné en ce sens que les trois plaignantes n'ont jamais consenti à être empoignées, frappées, giflées ou étranglées par Jian Ghomeshi et que ce qu'elles ont fait ensuite en sa compagnie n'enlève rien à ce qu'elles avaient vécu. « Vous devez tenir compte du contexte de leur agression de façon séparée », a-t-elle dit en s'adressant au juge.

Le procureur Michael Callaghan a ajouté que chacune des trois femmes a réagi à sa façon en fonction de son expérience et de sa personnalité pour rationaliser ce qu'elles ont toutes vécu. La Couronne a ainsi expliqué les raisons pour lesquelles les plaignantes ont attendu une dizaine d'années avant de porter plainte.

Recours à la jurisprudence

Me Callaghan a rappelé que le Code criminel ne prévoit pas de délai pour déposer une accusation d'agression sexuelle contre quelqu'un. Il a ajouté que la jurisprudence montre que le temps écoulé entre un acte illégal et une plainte n'entame en rien la crédibilité de la présumée victime qui dénonce un tel acte.

La Couronne a notamment mentionné la gêne, la peur et le traumatisme pour expliquer le délai pour contacter les autorités. Me Callaghan a reconnu en outre que la troisième plaignante a attendu de lire les déclarations de Lucy DeCoutere dans la presse avant d'aller à son tour au poste de police.

Le procureur a enfin assuré que les trois plaignantes sont des victimes crédibles même si elles ont affiché par moment des trous de mémoire à propos de détails toutefois anodins ou peu pertinents dans le contexte de ce qu'elles avaient vécu aux mains de Jian Ghomeshi.

Long plaidoyer de la défense

Les avocates de Jian Ghomeshi ont au contraire affirmé que les trois plaignantes ont menti dans leurs dépositions à la police, leurs déclarations à la presse et leurs témoignages à la barre, ce qui leur enlève toute crédibilité.

La Couronne ne peut donc prouver au-delà de tout doute raisonnable la culpabilité de son client, selon elle, avec des témoins dont les affirmations étaient « cousues de fil blanc », « incohérentes » et « contradictoires ».

La défense a par exemple relevé que les trois femmes ont omis de révéler d'importantes informations aux détectives, comme le fait d'avoir continué à fréquenter Jian Ghomeshi après leur présumée agression en 2002 et 2003.

Elle a même critiqué la malhonnêteté de Lucy DeCoutere, qui avait dit au procès qu'elle « se sentait comme ces femmes battues qui restent auprès de leur mari ».

Me Marie Henein a expliqué que « ces femmes ne peuvent se comparer à des femmes battues, parce qu'elles ne partageaient rien avec Jian Ghomeshi, ni vie commune ni quoi que ce soit; elles ne l'avaient fréquenté qu'une seule fois avant d'être prétendument frappées ».

Machination entre plaignantes

La défense a ajouté que deux des trois plaignantes se sont en plus engagées dans une collusion contre Jian Ghomeshi. Elle a rappelé que Mme DeCoutere et la troisième plaignante partageaient le même avocat et le même agent de relations publiques.

La défense a précisé que la troisième plaignante n'a contacté la police qu'après avoir lu dans la presse ce qui était arrivé à Lucy DeCoutere.

L'accusation de vaincre la résistance d'autrui par l'étouffement ne s'applique pas dans ce procès selon la défense, parce que la plaignante Lucy DeCoutere a admis qu'elle n'avait pas résisté à Jian Ghomeshi le soir où elle avait été invitée chez lui.

Selon Me Henein, Mme DeCoutere n'a plus un bon souvenir de la séquence des événements qu'elle dit avoir vécus chez lui. Elle a avoué qu'elle était restée chez lui durant une heure après la présumée agression.

La défense a rappelé qu'ils ont continué à s'embrasser sur le divan et qu'elle lui a donné un baiser avant de le quitter.

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