Retour

Le juge Chamberland présidera l'enquête sur la protection des sources journalistiques

Les membres de cette commission, et le mandat qui lui est formellement confié en vertu d'un décret du Conseil des ministres, a été dévoilé mercredi après-midi par les ministres de la Justice, Stéphanie Vallée, de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et de la Culture et des Communications, Luc Fortin.

Les travaux de la commission, qui tiendra des audiences publiques, sauf exception, pourront remonter jusqu'au 7 mai 2010, date à laquelle la Cour suprême du Canada a rendu une décision-clé « établissant des balises sur les façons et les considérations qui doivent être analysées lorsqu’un mandat visant ou pouvant affecter une source journalistique est en jeu », a précisé Mme Vallée.

Le décret ministériel précise que l'enquête publique ne devra pas « nuire aux enquêtes en cours ou à venir, notamment de nature criminelle, déontologique ou disciplinaire, ainsi qu'aux poursuites judiciaires qui peuvent en découler ». La commission ne pourra donc pas juger de « la légalité des autorisations judiciaires émises » puisque cette question relève des tribunaux.

Mme Vallée a par ailleurs précisé que les juges, y compris les juges de paix, ne pourront être contraints de témoigner, au nom du principe de l'indépendance judiciaire.

Qui sont les commissaires?

Admis au Barreau du Québec en 1972, le juge Jacques Chamberland a travaillé pendant plus d'une quinzaine d'années au cabinet Lavery de Billy avant d'être nommé sous-ministre de la Justice et sous-procureur général du Québec en 1988. Cinq ans plus tard, il a été nommé à la Cour d'appel du Québec. Il a aussi présidé le Comité d'éthique de la recherche de l'Institut de recherches cliniques de Montréal de 2000 à 2010.

Le magistrat est aussi réputé pour l'intérêt qu'il porte aux questions relatives à la protection internationale des enfants et aux conventions de droit international privé devant assurer cette protection. Il participe régulièrement aux travaux de la Conférence de La Haye de droit international privé en cette matière. Depuis 2006, il copréside aussi un comité spécial du Conseil canadien de la magistrature consacré à la protection internationale des enfants.

Guylaine Bachand est une avocate d'expérience spécialisée dans le droit des médias, qui a notamment travaillé pour TVA et Radio-Canada. Le ministre Fortin a assuré que sa nomination a été décidée en collaboration avec les patrons des grands médias du Québec.

Alexandre Matte est quant à lui un ancien directeur du Service de police de la Ville de Québec qui a une expérience reconnue dans le domaine des enquêtes criminelles, selon le ministre Coiteux. Il est actuellement coordonnateur et enseignant au programme de techniques policières du collège Notre-Dame-de-Foy.

Le décret ministériel prévoit que Mme Bachand et M. Matte seront payés 800 $ par jour pour leurs services. Pour M. Matte, cette somme sera amputée d'un montant équivalent à la moitié de la rente qu'il reçoit. M. Chamberland continuera pour sa part de recevoir son salaire de juge à la Cour d'appel du Québec.

L’opposition exprime quelques réserves

La porte-parole du PQ en matière de justice, Véronique Hivon, a déploré le manque de collaboration du gouvernement dans la mise en place de cette commission. « On se réjouit que les médias aient été consultés, que les corps policiers aient été consultés, mais malheureusement nous n'avons pas été consultés sur ces choix-là définitifs pour la présidence et les deux commissaires », a-t-elle dit en point de presse.

Cela étant dit, elle n’a pas critiqué le choix des trois commissaires, souhaitant toutefois que ces personnes travaillent pour l’intérêt général, plutôt que d’agir comme représentants corporatifs.

Le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, a interpellé le gouvernement pour prévoir un(e) remplaçant(e) dans l’éventualité d’un retrait d’un commissaire pour inaptitude ou pour une autre raison. « On a appris de la commission Charbonneau », a-t-il affirmé.

Mme Hivon trouve que le mandat de la commission est conforme aux attentes, mais elle aurait aimé que le travail journalistique dans sa globalité, en dehors de la notion de la protection des sources, soit inclus dans le mandat pour s’assurer de sa protection.

La députée de Joliette a jugé par ailleurs trop longue la durée du travail de la commission, qui est de 18 mois. Selon elle, si le mandat est prolongé, le rapport pourrait être rendu public après les élections provinciales de 2018.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, a également soulevé ce point, estimant que « le délai octroyé à cette commission » est « démesurément prolongé », alors que « nous avons besoin de réponses très rapidement ».

Il craint que les chefs du SPVM et de la SQ, en attendant les recommandations de la commission, recourent à nouveau à la surveillance de journalistes. « Et ça, ce n’est inacceptable! »

M. Khadir a mis en garde enfin la commission sur le choix des enquêteurs. « Nous recommandons la plus grande prudence de la part des trois commissaires, parce qu’il ne faudrait pas voir les policiers, encore, enquêter sur des policiers », a-t-il indiqué.

« Pas de dents, pas de mordant, pas de dentier »

Pour le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière de justice, Simon Jolin-Barrette, c’est « une commission qui n’a pas de dents, pas de mordant, pas de dentier ».

Il regrette que les trois commissaires ne puissent pas faire de blâme, mais les invitent à interpréter « largement » leur mandat « pour savoir quelles sont les relations du politique avec le policier, notamment dans le cas des sources journalistiques ».

Simon Jolin-Barrette a relevé aussi que « la commission d’enquête ne remonte pas suffisamment dans le temps » et aurait aimé que son mandat puisse couvrir des gestes révélés et antérieurs à 2010.

Sept journalistes espionnés

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a annoncé la tenue d’une enquête publique après que la Sûreté du Québec eut révélé que six journalistes avaient été ciblés en 2013 par des mandats de surveillance.

Cette procédure a permis aux policiers d'obtenir le registre des appels entrants et sortants de leurs téléphones pour des périodes pouvant remonter jusqu'à 1998.

Quelques jours plus tôt, La Presse avait révélé que son chroniqueur Patrick Lagacé avait été espionné par le Service de police de la Ville de Montréal dans le cadre d'une enquête interne sur des policiers.

Ces affaires ont soulevé une vague d’indignation dans les grandes salles de presse du Québec, où la protection des sources journalistiques constitue une valeur sacrée.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?