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Le Liban ne doit pas être « un lieu de conflits par procuration », prévient le chef de la diplomatie américaine

Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, ont témoigné vendredi de l'inquiétude qui les gagne face à la situation politique qui prévaut au Liban, dans la foulée de la démission surprise du premier ministre Saad Hariri, annoncée samedi depuis l'Arabie saoudite.

Dans un communiqué, le numéro un de la diplomatie américaine a mis en garde contre toute « utilisation du Liban comme un lieu de conflits par procuration », dans une évidente référence aux intérêts saoudiens et iraniens qui s'affrontent dans le pays.

« Les États-Unis exhortent toutes les parties, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Liban, à respecter l'intégrité et l'indépendance des institutions nationales légitimes du Liban », a ajouté M. Tillerson. « À cet égard, nous respectons le premier ministre libanais Saad Hariri en tant que partenaire solide des États-Unis. »

Un peu plus tôt, le secrétaire général de l'ONU a fait part de la « grande inquiétude » qu'il éprouve à l'égard de la situation politique au Liban, un pays qui a été déchiré par une guerre civile entre 1975 et 1990, et qui s'est retrouvé au coeur d'un conflit avec son voisin israélien pendant l'été 2006.

« J'ai été en contact étroit au niveau politique et diplomatique avec l'Arabie saoudite, le Liban et plusieurs pays », a déclaré M. Gutteres à des journalistes, au siège de l'ONU, à New York, sans préciser la teneur de ces entretiens.

« Ce que nous voulons c'est que la paix soit préservée au Liban », a-t-il ajouté. « Il est essentiel qu'aucun nouveau conflit ne survienne dans la région qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices. Dans le même temps, il est important de préserver l'unité, la stabilité du Liban et le fonctionnement des institutions libanaises. »

Dans une allocution télévisée enregistrée dans la capitale saoudienne, Saad Hariri, fils de l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, assassiné en 2005, a annoncé samedi qu’il démissionnait de son poste, affirmant que sa vie était menacée et accusant l’Iran de semer la zizanie au Liban par l’entremise du mouvement chiite Hezbollah.

Il n’a pas fait la moindre apparition publique ni la moindre déclaration depuis. Il s’est toutefois rendu mercredi à Abou Dhabi, dans les Émirats arabes unis, avant de revenir à Riyad, et il a rencontré jeudi de multiples ambassadeurs étrangers, dont celui de la France.

Hariri est libre de ses mouvements, selon Paris

Plus tôt dans la journée, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dit croire que Saad Hariri « est libre de ses mouvements », contredisant les propos de plusieurs politiciens libanais, qui estiment plutôt qu'il est retenu contre son gré par la monarchie saoudienne.

Les propos de M. Le Drian a tenu ses propos quelques heures après que le président français eut effectué une visite surprise à Riyad pour rencontrer le nouvel homme fort du régime saoudien, le prince héritier Mohamed ben Salmane. Jeudi, le président libanais Michel Aoun avait aussi rencontré jeudi l’ambassadeur français au Liban.

La diplomatie française, qui a toujours entretenu des liens étroits avec son ancienne colonie, se trouve ainsi dans une situation unique, et les propos du ministre Le Drian offrent un premier éclairage sur le sujet.

Saad Hariri « s'est rendu à Abou Dhabi la veille du passage du président Macron, donc on pense qu'il est libre de ses mouvements », a commenté le chef de la diplomatie française sur les ondes de la radio Europe1.

M. Le Drian a tout de même convenu que « la situation libanaise est le sujet le plus préoccupant du moment ». Le Liban « s'orientait vers une solution nouvelle, avec une nouvelle Constitution, des élections à venir. Le départ du premier ministre Hariri remet une période d'incertitude », a-t-il regretté.

M. Macron n’a pas commenté ses échanges avec le nouveau prince héritier du royaume wahhabite. L’Élysée s’est contenté de déclarer dans un communiqué que les deux hommes « ont échangé longuement sur l'importance de préserver la stabilité de la région, lutter contre le terrorisme et surtout travailler à la paix ».

Avant de s’envoler pour Riyad, le président français avait déclaré qu’il profiterait de l’occasion pour rappeler « toute l'importance qu'a la stabilité et l'intégrité du Liban ». Il a aussi indiqué que « des positions très dures » exprimées par l'Arabie saoudite « vis-à-vis de l'Iran […] ne sont pas conformes à ce que je pense ».

Le président Aoun demande le retour d'Hariri

Au Liban, le président Aoun a poursuivi vendredi le marathon de discussions qu’il mène depuis la démission surprise du premier ministre Hariri. Il a notamment rencontré vendredi le chargé d'affaires saoudien au Liban, Walid Al-Bukhari.

Selon la plateforme Al Djahid et une source d’Associated Press, le chef de l’État lui a dit qu’il jugeait « inacceptables » les conditions dans lesquelles M. Hariri a remis sa démission, et a demandé à ce qu’il rentre au Liban.

« Après une semaine d'assignation à résidence, volontaire ou non, il est grand temps que cheikh Saad [Hariri], avec lequel nous sommes d'accord pour poursuivre le processus de construction et de stabilité de l'État, revienne », a pour sa part déclaré le leader druze libanais Walid Joumblatt sur son compte Twitter. « Il n'y pas d'alternative », a-t-il ajouté.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui s'était exprimé dimanche sur le sujet, a réitéré vendredi dans une allocution télévisée que M. Hariri « est détenu en Arabie saoudite » et qu'on lui « interdit » de rentrer au Liban. « Il est assigné à résidence », a-t-il assuré, avant de demander à l'Arabie saoudite de la « libérer ». Il a aussi accusé Riyad d'avoir demandé à Israël de « frapper le Liban ».

Le président Aoun et le président du Parlement Nabih Berri ont déjà fait savoir qu’ils ne pouvaient reconnaître une démission faite depuis l’étranger. Dans les circonstances, le gouvernement dirigé par M. Hariri, qui comprend des membres du Hezbollah, est toujours considéré en fonction.

La démission de M. Hariri est en outre survenue le jour même où la monarchie saoudienne a annoncé avoir procédé à une spectaculaire purge anticorruption qui s’est soldée par l’arrestation de plus de 200 personnes, dont des princes et des ministres, selon des chiffres publiés jeudi.

Personne ne sait avec certitude si cette purge a un lien avec la démission de M. Hariri, mais la coïncidence entre les deux événements alimente les rumeurs. En plus d’être premier ministre du Liban, Saad Hariri dirige Saudi Oger, une entreprise de construction saoudienne jadis très puissante, mais aujourd’hui en faillite.

La démission de Saad Hariri s’inscrit par ailleurs dans un contexte de tensions croissantes entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, qui ont rompu tout lien diplomatique en janvier 2016 et qui n’hésitent pas à se menacer ouvertement.

Cette rivalité est exacerbée par les conflits armés au Yémen et en Syrie, où l’Arabie saoudite et l’Iran appuient des factions opposées.

Le Liban constitue aussi une caisse de résonance de ce conflit. Alors que l’Arabie saoudite est un soutien de M. Hariri, l’Iran est le parrain du mouvement chiite Hezbollah, qui est à la fois une milice armée et un parti politique.

L'Arabie saoudite et certains de ses alliés le Koweït, Bahreïn et les Émirats arabes unis, ont appelé jeudi leurs ressortissants à quitter le Liban, agitant ainsi le spectre que le pays ne replonge dans un nouveau conflit armé.

Des dizaines de ressortissants de ces pays quittaient bel et bien le Liban lundi, selon ce qu’a constaté Associated Press à l’aéroport international de Beyrouth, qui porte le nom de Rafic Hariri.

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