Avec seulement deux députés sortants et des sondages encore plus bas qu'en 2011, le Bloc québécois est menacé de disparaître. Son chef, Gilles Duceppe, parcourt les routes de la province pour convaincre les Québécois que le vote stratégique sera d'envoyer le plus de députés souverainistes à Ottawa afin de défendre leurs intérêts. Réussira-t-il son pari?

Un reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Vendredi matin 25 septembre. Au lendemain du 16e débat des chefs de sa carrière, Gilles Duceppe est accueilli en héros par 80 militants à Trois-Rivières, où il leur répète qu'il est revenu au Bloc par conviction.

« On a commencé le vent dans la face, on va finir le vent dans le dos! [...] Vous pouvez compter sur moi. Et moi, je sais que je peux compter sur vous », lance-t-il avant d'être ovationné.

Le chef du Bloc dit constater que le vent est en train de tourner. Déterminé, convaincu, il monte à bord de son autobus, direction Québec. À bord, seuls Radio-Canada et La Presse Canadienne suivent sa campagne à temps plein ce jour-là.

Au fond de l'autobus, Gilles Duceppe travaille beaucoup. Il est accompagné de sa femme Yolande et de ses conseillers. Après une courte rencontre avec le maire Labeaume, il enchaîne les entrevues dans les médias locaux et visite les bureaux de deux de ses candidats.

« Moi, je suis optimiste. Il faut travailler, travailler, travailler. Prendre le temps de parler aux gens », dit-il. Voilà le message qu'il adresse à ses militants. Parler aux gens, ça, il connaît. Gilles Duceppe est le chef qui prend le plus de temps pour rencontrer les citoyens. Un peu partout, quel que soit leur âge, les Québécois le saluent dans la rue, prennent des égoportraits avec lui. Ils semblent l'apprécier.

Manque de ferveur des partisans

On croise un militant de longue date, Raymond Mathieu. Il se tient près de sa voiture décorée d'affiches du Bloc et de drapeaux du Québec.  « Je suis content parce qu'il est là! Il devrait aller chercher des circonscriptions », dit-il, admettant toutefois ne pas sentir de ferveur jusqu'ici dans cette campagne bloquiste.

Ce qui amène à poser la grande question : cet intérêt, voire cette affection pour Gilles Duceppe, se traduiront-il par des votes le 19 octobre prochain? Jusqu'ici, les sondages ne semblent pas le démontrer.

« J'ai beaucoup de sympathie pour M. Duceppe, mais en même temps, il y a des considérations d'un autre niveau qui vont entrer en jeu au moment de voter malheureusement », explique une électrice souverainiste rencontrée sur le Plateau Mont-Royal.

« On veut que nos choix aient un impact [...], élire un gouvernement qui peut changer les choses, mais vraiment à l'ensemble du pays », dit cette autre électrice rencontrée dans un verger de l'Assomption.

Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe fait un arrêt dans une école pour adultes mardi, 29 septembre, à Montréal. Photo : PC/Ryan Remiorz

Le vote stratégique, l'ennemi de Duceppe

Questionnement quant à l'utilité réelle du Bloc québécois à Ottawa et quant au vote stratégique pour changer de gouvernement. Voilà deux obstacles majeurs pour les troupes de Gilles Duceppe. Même la question du niqab, où le Bloc est au même diapason que l'opinion d'une large majorité de Québécois, est en voie de profiter davantage aux conservateurs.

Le chef se l'est fait rappeler lors d'une entrevue sur les ondes d'une radio de Québec, ville où les troupes de Stephen Harper espèrent faire des gains.

Chaque fois, Gilles Duceppe martèle le même message : voter stratégique serait de donner le plus de sièges possibles à Ottawa à ceux qui défendent le mieux les intérêts du Québec. Et pour lui, c'est le Bloc, cela va de soi.

Sur toutes les tribunes, il critique donc le Nouveau Parti démocratique (NPD), s'attaque à Thomas Mulcair et répète que le chef néo-démocrate tient deux discours : celui de Thomas au Québec et celui de Tom dans le reste du Canada.

« On s'adresse aux gens, à l'intelligence, au coeur des gens sur des enjeux et démontrer comment nos réponses diffèrent de beaucoup des autres partis », souligne Gilles Duceppe.

En guise d'exemple, Gilles Duceppe participait samedi à Mascouche à une manifestation contre le projet d'oléoduc de TransCanada, qui doit passer par la région. Il a répété que le NPD et les libéraux étaient favorables au projet.

« Ce n'est pas à Ottawa, Toronto ou Calgary de décider ce qui passe sur notre territoire », a-t-il lancé avant d'être chaudement applaudi. Puis il est reparti, espérant que les centaines d'électeurs présents s'en souviendront.

Le lendemain, comme c'est le cas une fois par semaine, il a fait du porte-à-porte dans sa circonscription montréalaise de Laurier-Sainte-Marie, où il a perdu par plus de 5000 voix il y a quatre ans. Là encore, il a conversé, essayé de convaincre.

S'il ne réussit pas, regrettera-t-il sa décision d'être revenu en politique le 19 octobre au soir? Gilles Duceppe ne veut même pas y penser. « Moi, je suis convaincu qu'on va être là et qu'on va gagner », conclut-il avant de repartir pour un autre événement.

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