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Le microbiote : un allié dans la lutte contre l'obésité?

L'épidémie mondiale d'obésité est souvent liée à une alimentation trop riche en sucre et en graisses, à un manque d'activité physique et à des facteurs génétiques. Un nouveau joueur s'impose maintenant dans l'équation complexe des maladies métaboliques : le microbiote intestinal.

Un texte de Marianne Desautels-Marissal d'après un reportage de Mario Masson

Dès 2006, les scientifiques transforment nos connaissances sur l'obésité : ils ont fait grossir des souris minces simplement en leur transplantant le microbiote intestinal de souris obèses.

À l'inverse, ils ont montré qu'en remplaçant le microbiote intestinal d'une souris obèse avec celui d'une souris mince, la souris obèse voyait son gain de poids freiné. Et ses risques de développer des maladies associées à l'obésité, comme le diabète de type deux, diminué.

Ces résultats pour le moins surprenants ont montré que les bactéries intestinales peuvent influencer la façon dont les graisses sont stockées par l'organisme.

Une question de diversité

Pour mieux comprendre ce phénomène, plusieurs chercheurs ont entrepris la comparaison des microbiotes intestinaux de personnes minces et de personnes vivant avec un excès de poids.

Résultat : dans la majorité des cas, les personnes obèses ont un microbiote moins diversifié. Elles ont autant de bactéries en nombre absolu, mais leur microbiote comporte moins d'espèces différentes.

Les personnes avec une diversité microbienne plus faible ont plus de risques de développer des maladies métaboliques, comme un excès de cholestérol ou le diabète, et sont aussi à risque de développer des maladies hépatiques ou cardiovasculaires.

Cependant, ces corrélations ne nous disent pas si les déséquilibres du microbiote causent l'obésité, ou s'ils apparaissent en réponse à une mauvaise alimentation, ou en présence de prédispositions génétiques. Et comme rien n'est simple, en regard des conditions comme l'obésité et les maladies métaboliques, tout porte à croire que ces facteurs peuvent agir les uns sur les autres, dans une cascade sophistiquée.

Une bactérie qui vous veut du bien

Malgré la complexité effarante de ce monde microbien, les progrès des dernières années sont prometteurs. Une des vedettes de l'heure est une bactérie qui se nomme Akkermansia muciniphila. Son nom vient du mot mucine, qui désigne une protéine que l'on retrouve dans le mucus.

Patrice Cani, chercheur en microbiologie à l'Université Catholique de Louvain en Belgique, connaît bien Akkermansia. Quand il la donne à des souris qui suivent une diète « fast food », riche en graisses et en sucres, elles prennent deux fois moins de poids que des souris qui n'ont pas reçu la bactérie.

Le lien avec le mucus? Akkermansia s'en nourrit, et il semblerait qu'elle envoie des signaux aux cellules de l'intestin pour en fabriquer davantage. La barrière de mucus est ainsi de meilleure qualité.

Le microbiote des personnes obèses et souffrant de diabète de type deux comporte moins d'Akkermansia muciniphila. « On a découvert que lors d'un régime riche en graisse, l'épaisseur de cette couche de mucus est diminuée », explique Patrice Cani. Le chercheur tente d'élaborer des formules bactériennes qui pourraient aider les personnes en surpoids à maigrir, mais aussi à limiter les dégâts métaboliques liés à leur condition, comme la résistance à l'insuline.

Mais comment favoriser la multiplication de cette bactérie bénéfique?

Petits fruits à la rescousse

André Marette, chercheur à la faculté de médecine de l'Université Laval et directeur scientifique de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), a obtenu des résultats convaincants avec de l'extrait de canneberges.

« Les animaux qui développent normalement de l'obésité suite à ce régime [riche en gras et en sucre], si on leur donne en même temps des extraits de canneberges pendant huit semaines, on prévient totalement l'effet obésogène de cette diète fast food  », explique-t-il.

André Marette utilise les petits fruits comme prébiotiques. Il pense que les polyphénols, des molécules antioxydantes contenues dans ces petits fruits, peuvent stimuler la multiplication de bactéries bénéfiques, comme Akkermansia Muciniphila.

Les premiers résultats des études avec des extraits de petits fruits qu'André Marette a réalisées sur des humains sont très prometteurs. Des individus obèses ayant été traités pendant six semaines avec un extrait de canneberges et de fraises ont obtenu une amélioration de leur sensibilité à l'insuline, par rapport à des personnes ayant reçu un placebo.

Encore une fois, les mécanismes précis de l'implication du microbiote doivent être mieux étudiés. Mais André Marette et Patrice Cani sont persuadés d'une chose : en plus des habitudes alimentaires, la composition du microbiote doit être prise en compte dans la prévention de l'obésité et des maladies qui en découlent.

Peut-on améliorer notre microbiote?

Telle une empreinte digitale, le microbiote constitue une signature toute personnelle, car il n'y a pas deux microbiotes identiques. C'est aussi pour cette raison qu'une recette unique pour améliorer le microbiote n'existe pas.

Comme avec les groupes sanguins, on peut classer les individus selon trois grands groupes : les entérotypes. Il s'agit d'un moyen pour les scientifiques de relier certains types de microbiotes à des habitudes alimentaires précises.

Pour voir la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici.

On sait qu'en administrant un régime riche en protéines, en fibres et en glucides complexes, à faible index glycémique, les personnes avec un microbiote « pauvre » voient leur diversité bactérienne bonifiée de 30 %.

Et le microbiote réagit vite : on observe des changements dans sa composition seulement quelques jours après le début d'un changement alimentaire. En contrepartie, cela implique que des habitudes saines doivent être maintenues, afin que le microbiote continue d'en bénéficier. « On ne peut pas dire qu'on va changer le microbiote du jour au lendemain et ne plus rien faire, il faut continuer à bien manger, à prendre soin de son microbiote », prescrit André Marette.

Place aux probiotiques

Autre façon d'aider le microbiote : l'utilisation des « probiotiques », des micro-organismes vivants, comme certaines souches de la bactérie lactobacillus casei, que l'on trouve dans les yogourts. Certains fabricants de yogourts aimeraient ajouter des appellations santé sur leurs produits, mais la méfiance s'impose.

Car tous les probiotiques ne sont pas égaux en qualité, malgré ce qu'en dit la publicité.

« Certains produits, donc certaines souches de probiotiques sont très bien documentées au niveau scientifique. Et puis d'autres produits apparaissent sur le marché sans nécessairement avoir une documentation scientifique robuste et essaient peut-être de profiter du fait que les probiotiques ont une reconnaissance globale et que le consommateur n'a pas cette vision fine sur la documentation scientifique qui permet d'étayer les effets "santé" », affirme Joël Doré, directeur de recherche INRA, en France.

Une question de biodiversité

Une constante revient : la diversité semble être la clé. Comme pour tout écosystème, la richesse de notre microbiote réside dans la variété de ses populations bactériennes. En attendant d'en savoir un peu plus à propos des bactéries qui nous habitent, les considérer comme une partie de notre identité est probablement une bonne façon... de se maintenir en santé!

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