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Le mouvement Nuit debout ne s'essouffle pas à Paris

Depuis le 31 mars, des Parisiens occupent chaque soir la place de la République, et le mouvement essaime ailleurs en France et en Europe. Mobilisés au départ contre un projet de loi remettant en cause plusieurs aspects du Code du travail, les « Nuit deboutistes » s'élèvent désormais pour un changement de société.

Un texte d'Alexis Gacon à Paris, collaboration spéciale

La foule massée sur le lieu de ralliement est hétéroclite et plutôt jeune. À la sortie du métro, devant des graffitis « Je lutte donc je suis », les flâneurs se mêlent aux « organisateurs » d'un mouvement sans porte-parole qui revendique sa différence. Un exemple? Ses membres ne comptent pas les jours selon le calendrier grégorien classique, puisque le 16 avril correspond pour eux au « 47 mars ».

Le 31 mars dernier, après une manifestation contre le projet de « loi travail », accordant, entre autres, plus de liberté aux entreprises en matière de licenciement, des manifestants étaient restés sur la place de la République. Depuis, des milliers de Parisiens l'occupent chaque soir.

Des consultations juridiques gratuites pour les passants

Nuit debout s'organise autour de deux piliers. Les commissions thématiques, qui débattent durant la journée et expriment des propositions lors des assemblées générales. Et d'autres cellules de réflexion, structurelles, qui assurent la logistique sur place.

De ces comités ont émergé des services gratuits : aux banques alimentaires comme « Falafel debout » s'ajoute un système de consultations juridiques gratuites, cofondé par Dominique, avocat de formation. « On a démarré avec trois bouts de ficelle, et nous sommes désormais 80 avocats et juristes à nous relayer », témoigne-t-il, souriant.

« Hollande a peur de la jeunesse »

Dans les commissions thématiques, les thèmes foisonnent : la commission constitution, chargée de définir un nouveau régime, est assise non loin de la cellule de réflexion antispéciste, qui lutte contre l'exploitation animale.

Les revendications sont multiples et un mot d'ordre s'impose, selon Quentin, responsable du pôle communication : « Une convergence des luttes, une volonté de changer les choses ensemble ».

Parmi les plus âgés, c'est le ras-le-bol envers le gouvernement en place qui domine. « Hollande a peur de la jeunesse, et ne fait rien pour elle », croit Nathalie, venue défendre le milieu hospitalier. Gérard, cinéaste de 66 ans, s'insurge quant à lui contre une classe politique « déconnectée, qui ne fait que des cadeaux aux entreprises, sans contrepartie pour les salariés ».

Entre ceux qui viennent ici pour porter un message politique se faufilent quelques fêtards, comme Emmanuel, 28 ans, employé d'une entreprise de production audiovisuelle. « C'est pour prendre l'apéro que je viens ici! » dit-il.

Un mouvement différent des Indignés de la Puerta del Sol

Devant ce mouvement horizontal sans chef, naissent les premières interrogations, exprimées ainsi dans le journal Le Monde : « Le mouvement doit-il trouver un débouché politique pour assurer son avenir? »

Sur fond de comparaison avec les Indignés espagnols qui avaient occupé la place de la Puerta del Sol à Madrid en 2011, ces suppositions sont pour l'instant balayées par Quentin. « On ne sait pas si cela débouchera sur un parti, comme Podemos, c'est trop tôt. L'important, c'est ce que l'on réalise déjà ».

Dans un débat retranscrit sur le site Politis, Frédéric Lordon, économiste et figure du mouvement parisien, pointe selon lui les différences entre le soulèvement de Nuit debout, et les Indignés espagnols, qui ont fait naître le parti Podemos. « Dans le cas de la France, tradition historique oblige, c'est la question salariale qui a mis le feu aux poudres. [...] Podemos est un contre-exemple. C'est la normalisation, un parti classique qui joue le jeu classique de l'élection. » 

La bataille de l'image

Avant d'envisager la suite, Nuit debout compose avec un quotidien mouvementé, dont certains débordements imprévus nuisent à la perception du soulèvement.

Le pôle « Accueil et sérénité » s'efforce de désamorcer les échauffourées, mais lorsque des heurts éclatent, comme le 9 avril dernier, le mouvement se déclare « pas responsable des initiatives individuelles », après avoir réaffirmé sa vocation pacifique.

Alors que de nouvelles dégradations ont eu lieu au cours de la nuit de vendredi à samedi, l'avenir de Nuit debout se joue aussi sur son image dans les médias, et sa capacité à contrôler les « Nuit deboutistes » les plus virulents.

Pour étendre son réseau, le mouvement a ses canaux propres,Télé debout et Radio debout, qui diffusent en ligne chaque soir en direct. En toile de fond, la place de la République, devenue, depuis les attentats de novembre, un imposant mausolée en hommage aux victimes, semble avoir repris des couleurs.

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