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Le mystérieux lanceur d'alerte des Panama Papers s'explique dans un manifeste

Il écrit dans un anglais soigné et possède un sens critique acéré : le lanceur d'alerte à l'origine de la fuite monumentale des Panama Papers ne dévoile guère d'informations sur lui-même dans le manifeste qu'il vient de publier. Mais pour que le scandale serve à quelque chose, et pour que cessent les violations d'une myriade de lois en matière de fiscalité, il se dit prêt à collaborer avec les autorités, à la condition qu'on lui assure l'immunité.

Car il ne veut pas subir le sort des Edward Snowden, Bradley Birkenfeld et Antoine Deltour. Ces lanceurs d'alerte « ont vu leur vie détruite par les circonstances dans lesquelles ils se sont trouvés après avoir révélé d'incontournables malversations », dénonce-t-il dans le manifeste qu'il a confié au Süddeutsche Zeitung et qu'il a intitulé « La révolution sera numérique ».

Le lanceur d'alerte a utilisé le pseudonyme John Doe dans des communications sécurisées, ce qui fait dire aux journalistes du quotidien munichois qu'il s'agit bien de la personne ayant fourni les 11,5 millions de documents confidentiels constituant les Panama Papers. Une fuite qui a, rappelons-le, secoué la planète et révélé l'utilisation de paradis fiscaux par des chefs d'État, des athlètes professionnels, des milliardaires et des narcotrafiquants.

Quant aux raisons pour lesquelles il émerge maintenant, John Doe les étaye dans son texte couvrant quatre pages et par lequel il appelle à la mobilisation collective contre « l'inégalité dans les revenus, l'un des enjeux essentiels de notre ère ».

Une soif de justice

John Doe affirme d'entrée de jeu ne jamais avoir travaillé pour quelque gouvernement ou service de renseignement que ce soit, ni directement, ni à titre de sous-traitant.

Ce ne sont pas des motivations politiques qui ont poussé l'auteur du manifeste à remettre, le mois dernier, les fichiers provenant des archives du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca au Süddeutsche Zeitung, qui les a ensuite partagés avec le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et ses partenaires médias tels que CBC/Radio-Canada. Plutôt, John Doe explique que les compagnies écrans, en elles-mêmes légales, « entraînent [par leurs actions] un large éventail de crimes graves » .

Mossack Fonseca, l'un des plus importants fournisseurs de sociétés-écrans au monde, n'était pas qu'un « simple rouage dans la machine de "gestion du patrimoine" », écrit John Doe. « Mossack Fonseca a utilisé son influence pour écrire et contourner des lois partout dans le monde afin de servir les intérêts de criminels pendant des décennies ».

De l'importance de protéger les lanceurs d'alerte

D'ici à ce que les gouvernements légifèrent pour protéger les lanceurs d'alertes, les organismes chargés de mettre les lois en application devront se contenter de leurs propres ressources pour mettre le grappin sur des documents comme les Panama Papers, explique en substance John Doe. Ou, alors, ils devront s'abreuver à même les comptes rendus des médias.

Des médias par ailleurs que le lanceur d'alerte n'épargne pas, particulièrement ceux qui auraient choisi de ne rien publier sur les Panama Papers, en dépit du fait qu'ils avaient obtenu les documents incriminants. Parmi ces derniers figure WikiLeaks, affirme John Doe; pourtant, l'organisation de Julian Assange avait critiqué la manière dont l'ICIJ avait diffusé les Panama Papers, affirmant qu'elle les aurait publiés intégralement si elle avait pu les avoir en sa possession.

Égratignant au passage le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande pour leur manque de transparence relativement à leurs territoires insulaires abritant des paradis fiscaux, John Doe décrie aussi le fait que quantité d'élus, aux États-Unis, passent la majeure partie de leur temps en collectes de fonds. « L'évasion fiscale ne peut en aucun cas être éradiquée lorsque les élus sollicitent financièrement ces mêmes élites qui, au sein de la population, sont les plus en mesure de ne pas payer d'impôt », dit-il.

Des avocats « profondément corrompus »

John Doe réserve ses plus dures critiques aux avocats qui ont collectivement « échoué », dit-il. La gouvernance démocratique repose sur les épaules d'individus responsables qui utilisent leur compréhension de la loi pour la défendre, et non pour l'exploiter, raille-t-il.

La démocratie mise à mal

De conclure John Doe : ça va vraiment mal quand il faut un lanceur d'alerte pour exposer au grand jour « l'horrifiante magnitude » des torts subis par les populations dans un système appelé capitalisme, mais qui s'apparente davantage à de « l'esclavage économique ». C'est dire alors que les mécanismes régulateurs de la démocratie ne fonctionnent pas, que la crise est systémique et qu'une profonde instabilité peut s'installer à tout moment.

Il fallait naguère des armées pour contenir les populations qui se soulevaient contre l'injustice engendrée par l'abus de pouvoir et la taxation, rappelle John Doe. Désormais, il suffit de bloquer l'accès à l'information pour exercer le même contrôle.

Mais l'espoir réside dans le stockage numérique, peu coûteux et à l'infini, et dans ces connexions Internet rapides qui transcendent les frontières. Grâce à la distribution médiatique globale, la prochaine révolution sera numérique, prophétise John Doe qui conclut en disant que « peut-être est-elle déjà commencée ».

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