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Le Nobel remis à Bob Dylan ravit les uns et scandalise les autres

« Félicitations à l'un de mes poètes favoris, Bob Dylan, pour un prix Nobel bien mérité. » Ces mots de Barack Obama résument l'enthousiasme de quantité de gens qui applaudissent l'attribution du prestigieux Nobel de littérature à l'artiste américain.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Toutefois, le choix surprenant du jury suédois suscite aussi la polémique : « Je suis un fan de Dylan, mais ce choix empreint de nostalgie a été arraché de la prostate rance de hippies séniles et baragouinant », a raillé sur Twitter le romancier écossais Irvine Welsh.

Créé il y a 115 ans, jamais le Nobel n'avait-il été attribué à un musicien. Dans l'esprit du jury, Dylan a « créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique », comme l'a résumé la secrétaire générale de l'Académie, Sara Danius, jeudi à Stockholm.

Dépoussiérer et décloisonner la littérature, enfin!

Dans une entrevue accordée à Pas de midi sans info, sur ICI Radio-Canada Première, le journaliste français Serge Kaganski se réjouit du choix de Dylan, dont le corpus de chansons est, dit-il, l'un des « plus importants, les plus vastes, les plus divers qu'on puisse trouver dans la chanson et dans le rock ».

Dans le magazine Les Inrocks, M. Kaganski a écrit que Dylan a « accordé un cerveau et un verbe au corps et aux tripes du rock ». Et pour récompenser cela, dit-il, le jury du Nobel a consenti à « dépoussiérer » son prix. « Ça brouille les étiquettes », explique le journaliste qui trouve salutaire ce décloisonnement de la littérature.

Et le journaliste des Inrocks d'ajouter  : « La littérature, c'est des mots, le verbe, la langue. Et qui peut dire que Dylan n'a pas inventé la langue, n'a pas joué avec le verbe, n'a pas une parole très forte? »

Une parole d'ailleurs qui a pu être politique, poétique et enracinée dans le rock et le folk américain : « Au départ, la chanson folk raconte des histoires de la vie courante, des faits divers, rappelle M. Kaganski. La chanson remplaçait la radio quand la radio n'existait pas. C'était les nouvelles. Et Dylan puise dans cette tradition aussi. »

Et le Nobel de chimie va à...

Mais d'autres chantent une autre chanson : « C'est méprisant pour les écrivains », assène l'écrivain Pierre Assouline, membre de l'Académie du prix Goncourt. 

Sur Twitter, on retrouve des commentaires ironiques du type : « Le prix Nobel de chimie va à Keith Richards. » 

« Un monde qui donne à Bob Dylan le prix Nobel est un monde qui désigne Trump comme président », dit Tim Stanley dans le quotidien britannique The Telegraph.

Pendant ce temps, Dylan se tait

« C'est joli, c'est tout », affirme pour sa part dans le quotidien The Globe and Mail l'écrivain canadien Russell Smith à propos de l'oeuvre poétique de Dylan.

Il est à noter qu'au milieu de tout ce brouhaha, le principal intéressé n'a pas commenté l'honneur qui lui a été fait. « Je voudrais que, juste pour une fois, tu puisses être à ma place », chantait-il dans Positively 4th Street. 

Laissant aux uns et aux autres le soin d'expliquer comment son oeuvre a pu être nobélisée, Dylan poursuit son chemin « Like a Rolling Stone ».

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