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Le Nouveau-Brunswick maintient son moratoire sur la fracturation hydraulique

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonce qu'il maintient « indéfiniment » son moratoire sur la fracturation hydraulique dans la province parce que les conditions pour le lever ne sont pas réunies. La décision déçoit l'industrie et réjouit ses opposants.

Le ministre de l'Énergie et des Mines, Donald Arseneault, explique que l'industrie n'a pas réuni les conditions imposées par son gouvernement. Il ajoute qu'il est peu probable qu'elle le fasse à court ou à moyen terme étant donné la chute des prix du gaz naturel.

Encore du chemin à faire avant une possible levée du moratoire

« On doit continuer de travailler sur ces cinq principes avant qu'on puisse même penser à lever le moratoire, que ce soit l'acceptabilité sociale, les consultations ou le développement des relations avec les Premières Nations, par exemple. On parle souvent des eaux usées qui sont utilisées dans la fracturation. Il n'y a aucune façon aujourd'hui qu'on peut traiter ces eaux-là dans la province du Nouveau-Brunswick. Ce sont toutes des choses, et ce n'est pas seulement le gouvernement par contre, c'est aussi l'industrie et les communautés qui doivent jouer un rôle également. La Commission, comme je l'ai mentionné, a aussi identifié d'autres pistes que si on était pour aller de l'avant, ce serait important qu'on travaille sur ces endroits-là, tels qu'avoir un régulateur indépendant qu'on accepte », explique Donald Arseneault.

Le ministre Arseneault a répondu vendredi matin au travail de la Commission du Nouveau-Brunswick sur la fracturation hydraulique, responsable d'étudier les conditions nécessaires à la levée du moratoire sur le gaz de schiste. Son gouvernement doit encore donner une suite aux recommandations de la Commission avant de pouvoir déterminer si un projet de fracturation hydraulique réunit les cinq conditions.

Donald Arsenault souligne notamment qu'il faut améliorer les relations du gouvernement avec les communautés autochtones et régler la question du traitement des eaux usées découlant de la fracturation hydraulique. 

Le 26 février dernier, après 11 mois de travail, la Commission du Nouveau-Brunswick sur la fracturation hydraulique a déposé un imposant rapport en trois volumes. Elle concluait qu'une liste de conditions devaient être réunies avant que le Nouveau-Brunswick ne lève son moratoire sur le gaz de schiste.

Elle recommandait notamment au gouvernement de mettre en place un processus de réglementation indépendant et transparent. Le rapport mettait aussi l'accent sur l'importance d'améliorer les relations avec les Premières Nations, des relations mises à mal lors de l'émeute de Rexton à l'automne 2013.

Les commissaires disaient qu'il fallait encore trouver une solution pour les eaux usées de la fracturation hydraulique. Ils recommandaient aussi au gouvernement libéral de prendre le temps d'étudier leurs recommandations d'autant plus qu'il y a abondance de gaz naturel actuellement sur le marché.

Une décision malheureuse, selon l'industrie

Joel Richardson, vice-président au Nouveau-Brunswick de l'organisme Manufacturiers et Exportateurs du Canada, affirme que la décision du gouvernement de maintenir le moratoire revient à bannir l'industrie. Selon lui, le moment est pourtant approprié pour donner le feu vert à des projets industriels parce que de nombreux travailleurs cherchent de l'emploi.

« Nous avons des travailleurs et des ressources prêtes et disposées à faire le travail dans notre province et notre gouvernement provincial dit non au moment où le Nouveau-Brunswick a réellement besoin d'emplois et où le le gouvernement provincial cherche désespérément des occasions de revenus fiscaux pour payer les services publics », déplore M. Richardson.

Le député progressiste-conservateur Bruce Fitch, chef intérimaire de l'opposition, reproche pour sa part aux libéraux de dire que l'industrie n'a pas réuni les conditions nécessaires. Il affirme que les libéraux ont tué l'industrie et qu'il jettent maintenant un blâme sur son cadavre.

Selon M. Fitch, le maintien du moratoire retarde la possibilité pour les entreprises du domaine de réunir le financement nécessaire pour développer à long terme l'industrie dans la province.

Pour sa part, la Chambre de commerce de l'Atlantique a exprimé toute sa déception par rapport à la décision du gouvernement.

« La décision du gouvernement de prolonger le moratoire ne démontre pas une reconnaissance complète des avantages potentiels énormes pour l'économie provinciale qui peine à croître », a déclaré la chef de la direction de la Chambre de commerce, Valerie Roy, par voie de communiqué.

Les opposants jubilent

La décision du gouvernement réjouit le député David Coon, chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick. Il souhaite que le gouvernement appuie plutôt la création d'emplois dans le secteur des ressources renouvelables.

Denise Melanson, porte-parole de l'Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick, s'attendait à cette décision.

« C'est une bonne nouvelle. C'est la nouvelle finalement qu'on attendait. On était conscient que les conditions imposées au début du moratoire n'étaient vraiment pas [réunies], même pas débutées, d'après ce qu'on peut voir », affirme Denise Melanson.

La principale préoccupation des opposants, ajoute Mme Melanson, est de savoir si la fracturation hydraulique est risquée ou non. La question se pose toujours, selon elle. « Prouvez-nous que vous pouvez faire ça sans détruire l'environnement et rendre la population malade », demande-t-elle.

Les chefs micmacs du Nouveau-Brunswick accueillent favorablement le maintien du moratoire. Ils soulignent toutefois que le gouvernement Gallant attribue à l'ancien gouvernement de David Alward le mauvais état des relations entre Fredericton et les Autochtones. Ils estiment que ce geste est déplacé parce que le gouvernement actuel ne les a toujours pas consultés au sujet des projets de la mine Sisson et de l'oléoduc Énergie Est.

Avec des informations de Michel Corriveau et de Marie-Hélène Lange

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