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Le Parlement européen décerne le prix Sakharov à Raif Badawi

Le blogueur saoudien Raif Badawi, dont la famille est à Sherbrooke, est le lauréat du prestigieux prix Sakharov pour la liberté de penser, décerné par le Parlement de l'Union européenne. La nouvelle a été dévoilée jeudi matin à Strasbourg, en France.

Un texte de Geneviève Proulx

« Le Parlement européen décerne le prix Sakharov à Raif Badawi, un blogueur de l'Arabie saoudite, pour sa lutte pour la liberté d'expression et des droits fondamentaux. Il fait face à une peine terrible, pratiquement une torture en permanence. Il est devenu certainement, pour beaucoup de gens, un héros dans notre monde numérique dans lequel il se bat », a déclaré le président du Parlement européen, Martin Schulz.

L'Assemblée a profité de l'occasion pour adresser un message politique et humanitaire aux autorités saoudiennes : « Nous avons demandé au Roi de gracier aujourd'hui M. Badawi, de le laisser sortir de prison pour qu'il puisse retrouver sa famille et qu'il puisse venir recevoir ce prix lors de notre session de décembre, ici à Strasbourg », a ajouté M. Schulz.

L'annonce a été accueillie par une ovation de l'Assemblée.

Raif Badawi était en nomination aux côtés du mouvement d'opposition politique du Venezuela, Mesa de la Unidad Democratica, et de l'opposant russe Boris Nemtsov, dans son cas à titre posthume. 

Parmi les lauréats précédents figurent l'ex-président sud-africain Nelson Mandela, la dissidente birmane Aung San Suu Kyi et la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai.

Pour avoir critiqué le régime saoudien et l'islam, Raif Badawi doit purger une peine de 10 ans de prison et recevoir 1000 coups de fouet. Il lui sera ensuite interdit de sortir du pays pendant 10 ans, et il devra payer une amende. Arrêté en juin 2012, puis condamné, le blogueur a soulevé la compassion internationale. Pusieurs manifestations pour exiger sa libération se sont tenues au Québec, ainsi qu'en Europe. Amnistie internationale s'est aussi impliquée dans ce dossier.

Ensaf Haidar, son épouse qui habite Sherbrooke, s'est dite très heureuse, mais elle espère aussi que cet honneur aidera à faire cheminer le dossier. « Le prix Sakharov, ce n'est pas seulement pour Raif, c'est pour tout le monde qui travaille pour lui. Tout le monde l'attend comme nous. J'espère que c'est une première étape vers la liberté de Raif. »

Pour la division estrienne d'Amnistie internationale, ce prix ne peut qu'être positif. « L'impact de visibilité est très présent. On continue à en parler en Europe, entre autres, où on en parlait un peu moins au cours des derniers mois », soutient la porte-parole, Mireille Elchacar. 

Dossier à l'ordre du jour

À Québec, les libéraux comme les péquistes ont bon espoir de voir le dossier de Raif Badawi prendre une nouvelle direction dès l'entrée au pouvoir du Cabinet du premier ministre désigné, Justin Trudeau. Mercredi, la ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre, a affirmé que le dossier du blogueur saoudien sera le « premier à l'ordre du jour », dès sa rencontre avec son nouvel homologue fédéral.

La conjointe de Raif Badawi, Ensaf Haidar, s'est dite inquiète mardi qu'une séance de flagellation ait lieu vendredi. Une source lui aurait confirmé que les coups de fouet reprendraient en prison, la même source qui lui avait appris que son mari serait fouetté pour la première fois le 9 janvier. Il n'y a pas eu d'autre séance de flagellation depuis ce jour.

Selon la coordonnatrice régionale d'Amnistie internationale en Estrie, Mireille Elchacar, des vérifications restent cependant à faire. « Nous en sommes à vérifier le tout chez Amnistie. Comme la peine de flagellation n'est pas annulée et, surtout, le climat de répression va en augmentant en Arabie, nous sommes sur le qui-vive », a-t-elle précisé.

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